Explicationde texte, Ămile Durkheim, sujet national, juin 2021 ĂnoncĂ© Explication de texte « Chaque peuple a sa morale, qui est dĂ©terminĂ©e par les conditions dans lesquelles il vit.
Commentaire de texte Emile DURKHEIM 18581917, De la division Commentaire de texte Emile DURKHEIM 1858Â1917, De la division du travail social Si l'intĂ©rĂȘt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; il ne peut crĂ©er entre eux qu'un lien extĂ©rieur. Dans le fait de l'Ă©change, les divers agents restent en dehors les uns des autres et, l'opĂ©ration terminĂ©e, chacun se retrouve et se reprend1 tout entier. Les consciences ne sont que superficiellement en contact ; ni elles ne se pĂ©nĂštrent, ni elles n'adhĂšrent fortement les unes aux autres. Si mĂȘme on regarde au fond des choses, on verra que toute harmonie d'intĂ©rĂȘts recĂšle un conflit latent ou simplement ajournĂ©. Car, lĂ oĂč l'intĂ©rĂȘt rĂšgne seul, comme rien ne vient rĂ©frĂ©ner les Ă©goĂŻsmes en prĂ©sence, chaque moi se trouve visÂĂ Âvis de l'autre sur le pied de guerre et toute trĂȘve Ă cet Ă©ternel antagonisme2 ne saurait ĂȘtre de longue durĂ©e. L'intĂ©rĂȘt est en effet ce qu'il y a de moins constant au monde. Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir Ă vous ; demain, la mĂȘme raison fera de moi votre ennemi. Une telle cause ne peut donc donner naissance qu'Ă des rapprochements passagers et Ă des associations d'un jour. » 1 Se reprend retrouve sa libertĂ© 2 Antagonisme forte contradiction 1. Quelle est l'idĂ©e gĂ©nĂ©rale du texte et quelles sont les Ă©tapes de l'argumentation ? RAPPEL DE METHODE pour rĂ©pondre Ă cette premiĂšre question, commencez toujours par exposer et explorer en dĂ©tail la structure du texte Ex Le texte de Durkheim semble se diviser en trois parties bien distinctes... ». On prĂ©sentera alors le dĂ©tail du texte de façon suffisamment complĂšte pour que le lecteur non averti puisse comprendre le contenu et l'enchaĂźnement des analyses. A la suite de cette prĂ©sentation comprĂ©hensive, on peut aller une derniĂšre fois Ă la ligne et rĂ©diger le dernier paragraphe sous la forme L'idĂ©e gĂ©nĂ©rale qui se dĂ©gage de ce texte semble donc, etc. » Ainsi cette rĂ©ponse » Ă la question posĂ©e se prĂ©senteÂtÂelle sous une forme argumentĂ©e, l'idĂ©e principale se dĂ©duisant d'une premiĂšre Ă©tude ordonnĂ©e du texte. Rappelons Ă©galement que les questions suivantes indiquent souvent la structure du texte, en invitant Ă expliquer les formules les plus marquantes, celles autour desquelles, souvent, s'organisent les parties. Une premiĂšre partie s'organise autour de l'affirmation du caractĂšre 1 Ă©phĂ©mĂšre pour quelques instants » ; l'opĂ©ration terminĂ©e, chacun se retrouve et se reprend » et 2 superficiel un lien extĂ©rieur »... les consciences ne sont que superficiellement en contact... » de l'Ă©change, ou plutĂŽt du lien que l'Ă©change Ă©tablit, lorsque cet Ă©change a pour mobile essentiel l'intĂ©rĂȘt. La deuxiĂšme partie s'ouvre sur si on regarde au fond des choses ». La thĂšse est toute harmonie d'intĂ©rĂȘts recĂšle un conflit latent ou simplement ajournĂ© ». Le car » introduit un argument qui justifie cette thĂšse. C'est sans doute la partie la plus difficile Ă expliquer, car Durkheim y affirme que le rĂšgne de l'intĂ©rĂȘt est Ă©quivalent Ă un Ă©tat de guerre, Ă©ternel antagonisme » oĂč n'alternent que les conflits et les trĂȘves de courte durĂ©e. On peut considĂ©rer comme une troisiĂšme partie ce qui commence Ă la puisque Durkheim y Ă©tablit le lien entre cette analyse de l'intĂ©rĂȘt et le diagnostic » de la premiĂšre partie. Il insiste sur l'inconstance de l'intĂ©rĂȘt, qui prend tour Ă tour la forme de la lutte ou de l'accord, ce qui explique elleÂmĂȘme le caractĂšre passager » des rapprochements Ă©voquĂ©s au dĂ©but. 2. Pourquoi peutÂon dire que dans un Ă©change les consciences ne sont que superficiellement en contact » ? On peut d'abord remarquer que le texte ne dit pas que dans un Ă©change », les consciences, etc. Cela est vrai dans un Ă©change dirigĂ© par l'intĂ©rĂȘt. Il faudrait alors rĂ©flĂ©chir sur les conditions d'un vĂ©ritable Ă©change, celui dans lequel les consciences ne sont pas superficiellement » en contact, et se demander dans quelle mesure on peut penser que le dĂ©sintĂ©ressement en est la condition nĂ©cessaire. 3. Expliquez Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir Ă vous ; demain, la mĂȘme raison fera de moi votre ennemi. » Il faut repĂ©rer l'importance de cette phrase dans le texte. Ce que dit Durkheim, c'est que c'est une seule et mĂȘme raison qui produit l'affrontement et la trĂȘve. Il n'y a donc ni rĂ©el dĂ©sir d'affrontement, ni rĂ©el dĂ©sir de paix. 4. Le lien social ne peutÂil reposer que sur l'intĂ©rĂȘt ? Introduction A la lecture de ce texte, il semble qu'on pourrait considĂ©rer que si le lien social reposait sur le seul intĂ©rĂȘt, il serait superficiel, et consisterait essentiellement en un jeu complexe d'antagonismes. Alain parlait ainsi de la solitude des ĂȘtres que la sociĂ©tĂ© accomplit » Libres Propos, 1927. SeraitÂil Ă©phĂ©mĂšre » ? Pas nĂ©cessairement. La trĂȘve utile se transmet sans cesse de personne Ă personne, et on peut penser un Ă©quilibre perpĂ©tuel des antagonismes, qui ne rendrait pas les crises surprenantes, mais n'impliquerait pas l'Ă©tat de guerre permanent entre tous. En revanche ce lien serait superficiel. On peut alors s'interroger sur ce qui rend le lien social plus essentiel », comme d'ailleurs sur ce qu'on entend par lien social ». Essai de rĂ©daction 1. Quelle est l'idĂ©e gĂ©nĂ©rale du texte et quelles sont les Ă©tapes de l'argumentation ? Le texte de Durkheim semble s'organiser en trois parties nettement dĂ©limitĂ©es. Dans la premiĂšre ll. 1 Ă 7, Durkheim analyse le lien créé par un Ă©change qui n'obĂ©irait qu'Ă l'intĂ©rĂȘt. Il relĂšve le caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre et superficiel de ce lien Ă©phĂ©mĂšre, car ce n'est jamais que pour quelques instants » et que l'opĂ©ration terminĂ©e, chacun se retrouve et se reprend tout entier ». Superficiel, parce que les divers agents restent en dehors les uns des autres ». L'Ă©change ne crĂ©e alors qu'un lien extĂ©rieur », dans lequel les consciences ne sont que superficiellement en contact ». La fin de cette premiĂšre partie ajoute l'idĂ©e de fragilitĂ© d'un tel lien car les consciences ni ... ne se pĂ©nĂštrent, ni ... n'adhĂšrent fortement les unes aux autres ». FugacitĂ©, superficialitĂ© et fragilitĂ© seraient donc les trois caractĂšres du lien entre les hommes que l'Ă©change guidĂ© par l'intĂ©rĂȘt peut Ă©tablir entre les hommes. La seconde partie se prĂ©sente comme plus fondamentale si on regarde au fond des choses ». C'est une analyse de l'harmonie d'intĂ©rĂȘts » ou d'un monde oĂč l'intĂ©rĂȘt rĂšgnerait seul. L'idĂ©e semble ĂȘtre que le rĂšgne du seul intĂ©rĂȘt est le rĂšgne de l'antagonisme ». Durkheim appelle ainsi un Ă©tat de guerre » qui ne prend pas nĂ©cessairement la forme de l'affrontement, mais constitue la nĂ©gation de la paix ou de la concorde. Dans un Ă©tat de guerre, on s'affronte ou on mĂ©nage des trĂȘves, mais la trĂȘve mĂȘme continue la logique de guerre et d'affrontement. La troisiĂšme partie revient sur le diagnostic initial en l'Ă©clairant par cette analyse de l'intĂ©rĂȘt. C'est parce que la recherche de l'intĂ©rĂȘt peut revĂȘtir indiffĂ©remment la forme de la trĂȘve ou de l'affrontement que les rapprochements » qu'il suscite sont Ă©phĂ©mĂšres. Durkheim a insistĂ© sur le fait que la forme la plus frĂ©quente de la poursuite des intĂ©rĂȘts Ă©tait prĂ©cisĂ©ment l'affrontement. Ce sera donc celle qui l'emportera le plus souvent. L'idĂ©e gĂ©nĂ©rale du texte consiste donc Ă affirmer que lorsque l'intĂ©rĂȘt tisse un lien entre les hommes, ce lien est par nature Ă©phĂ©mĂšre, superficiel et fragile, l'essentiel en chacun Ă©tant de continuer Ă poursuivre son intĂ©rĂȘt propre, intĂ©rĂȘt qui se dĂ©finit fondamentalement contre la poursuite de son intĂ©rĂȘt par chacun des autres. Autrement dit, le rĂšgne de l'intĂ©rĂȘt, s'il ne se traduit pas par un affrontement permanent, constitue nĂ©anmoins un Ă©tat de guerre permanent, ou un Ă©ternel antagonisme » qui ne laisse espĂ©rer que de fragiles pĂ©riodes d'accalmie. 2. Pourquoi peutÂon dire que dans un Ă©change les consciences ne sont que superficiellement en contact » ? On peut d'abord remarquer que le texte ne dit pas que dans un Ă©change », les consciences ne sont que superficiellement en contact. Cela n'est vrai que de l'Ă©change dirigĂ© par l'intĂ©rĂȘt. Dans un tel Ă©change, l'autre n'a de valeur pour moi qu'Ă raison de l'intĂ©rĂȘt que j'espĂšre trouver dans la transaction. Je ne m'intĂ©resse en lui qu'Ă ce qu'il a d'utile pour moi. Rien ne m'interdit de lui prĂȘter attention par ailleurs, mais ce sera alors indĂ©pendamment de l'intĂ©rĂȘt que je trouve Ă l'Ă©change. Encore le sens du mot Ă©change » sembleÂtÂil rĂ©duit ici. Dans un dialogue, il peut y avoir une part d'intĂ©rĂȘt, et un danger de passer Ă cĂŽtĂ© » de l'autre, mais il peut y avoir aussi un contact » plus profond des consciences, et cela peut mĂȘme ĂȘtre le but de l'Ă©change. On peut mĂȘme dire qu'il n'y a vĂ©ritablement Ă©change », en un sens, que si les consciences cessent d'ĂȘtre en contact superficiel ». Echange ne signifierait plus alors transaction », comme c'est peutÂĂȘtre le cas dans le texte. Il faudrait alors rĂ©flĂ©chir sur les conditions d'un vĂ©ritable Ă©change, celui dans lequel les consciences ne sont pas superficiellement » en contact, et se demander dans quelle mesure on peut penser que le dĂ©sintĂ©ressement en est la condition nĂ©cessaire. 3. Expliquez Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir Ă vous ; demain, la mĂȘme raison fera de moi votre ennemi. » Cette phrase prend place vers la fin du texte. L'important semble ĂȘtre l'expression la mĂȘme raison ». ce qui est important c'est que trĂȘves et affrontements ont une cause unique, et que cette cause unique la poursuite de l'intĂ©rĂȘt engendre plutĂŽt l'affrontement que la trĂȘve. La politique, disait Clausewitz, c'est la continuation de la guerre par d'autres moyens. Il n'y a donc ni rĂ©el dĂ©sir d'affrontement, ni rĂ©el dĂ©sir de paix, mais la guerre l'emportera toujours, ou plutĂŽt nous serons toujours dans une logique de guerre, oĂč les alliances n'ont pas mĂȘme la parole donnĂ©e pour garantie. On ne peut dĂ©noncer un retournement d'alliance si on a conscience d'avoir conclu cette alliance par intĂ©rĂȘt. Si l'intĂ©rĂȘt change, je ne suis plus tenu Ă rien, et l'autre non plus envers moi. Au fond c'est un monde dans lequel personne n'est tenu Ă rien envers personne, et dans lequel personne n'a de valeur pour personne en tant que tel, mais uniquement au regard de l'intĂ©rĂȘt que l'autre trouve Ă me respecter.
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ĐžÏа áźŐ«Ö 3Ămile Durkheim, De la division du travail [1893], Paris, P.U.F., 1973. Il sâagit du chapitre II du ; 4 Ibid., p. 369.; 5 Ibid., p. 368.; 2 Durkheim nâest pas, Ă lâĂ©vidence, un sociologue de la stratification sociale. Dans La division du travail social, le thĂšme de lâinĂ©galitĂ© sociale occupe cependant une place privilĂ©giĂ©e dans le traitement dâune de ses problĂ©matiques
France mĂ©tropolitaine âą Juin 2021Durkheim, De la division du travail socialexplication de texte 4 heures20 pointsIntĂ©rĂȘt du sujet âą La morale dĂ©signe un ensemble de rĂšgles communes visant Ă nous faire bien agir. Mais quand un pays commerce avec un autre, est-ce la morale qui doit guider sa conduite ? Si la poursuite de la richesse ne fait l'objet d'aucun impĂ©ratif moral, si elle peut mĂȘme ĂȘtre moralement condamnĂ©e, un pays doit-il pour autant s'en dĂ©tourner ? Expliquez le texte suivant Chaque peuple a sa morale qui est dĂ©terminĂ©e par les conditions dans lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si Ă©levĂ©e qu'elle soit, sans le dĂ©sorganiser, et de tels troubles ne peuvent pas ne pas ĂȘtre douloureusement ressentis par les particuliers. Mais la morale de chaque sociĂ©tĂ©, prise en elle-mĂȘme, ne comporte-t-elle pas un dĂ©veloppement indĂ©fini des vertus qu'elle recommande ? Nullement. Agir moralement, c'est faire son devoir, et tout devoir est fini. Il est limitĂ© par les autres devoirs ; on ne peut se donner trop complĂštement Ă autrui sans s'abandonner soi-mĂȘme ; on ne peut dĂ©velopper Ă l'excĂšs sa personnalitĂ© sans tomber dans l'Ă©goĂŻsme. D'autre part, l'ensemble de nos devoirs est lui-mĂȘme limitĂ© par les autres exigences de notre nature. S'il est nĂ©cessaire que certaines formes de la conduite soient soumises Ă cette rĂ©glementation impĂ©rative qui est caractĂ©ristique de la moralitĂ©, il en est d'autres, au contraire, qui y sont naturellement rĂ©fractaires et qui pourtant sont essentielles. La morale ne peut rĂ©genter outre mesure les fonctions industrielles, commerciales, etc., sans les paralyser, et cependant elles sont vitales ; ainsi, considĂ©rer la richesse comme immorale n'est pas une erreur moins funeste que de voir dans la richesse le bien par excellence. Il peut donc y avoir des excĂšs de morale, dont la morale, d'ailleurs, est la premiĂšre Ă souffrir ; car, comme elle a pour objet immĂ©diat de rĂ©gler notre vie temporelle, elle ne peut nous en dĂ©tourner sans tarir elle-mĂȘme la matiĂšre Ă laquelle elle s' Durkheim, De la division du travail social, connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la comprĂ©hension prĂ©cise du texte, du problĂšme dont il est question. Les clĂ©s du sujetRepĂ©rer le thĂšme et la thĂšseDans ce texte, Durkheim se demande quel doit ĂȘtre notre rapport Ă la morale. Faut-il penser la morale comme un discours fait de rĂšgles absolues qui rĂ©giraient tous les aspects de notre vie ?Il dĂ©montre que la morale est avant tout une production humaine qui nous permet de vivre ensemble. Aussi ses rĂšgles doivent-elles ĂȘtre conçues comme relatives, limitĂ©es et circonscrites Ă certains domaines d' la problĂ©matiqueRepĂ©rer les Ă©tapes de l'argumentationLes titres en couleurs et les indications entre crochets servent Ă guider la lecture mais ne doivent en aucun cas figurer sur la abordĂ©e] Dans cet extrait de La division du travail social, Durkheim se demande quel doit ĂȘtre notre rapport Ă la morale. A priori, on pourrait penser que la morale est faite pour rĂ©gler de façon absolue l'ensemble de nos actions il nous faudrait bien agir en toutes circonstances. Mais ne serait-ce pas oublier la vĂ©ritable raison d'ĂȘtre de la morale ? [ThĂšse] Durkheim dĂ©montre ici que la morale est avant tout une production humaine nĂ©cessaire Ă la vie sociale et donc que ses rĂšgles doivent ĂȘtre Ă la fois relatives, limitĂ©es et circonscrites Ă certains domaines d'action. [ProblĂ©matique et annonce du plan] Pour dĂ©montrer cela, Durkheim Ă©tablit d'abord le caractĂšre relatif de la morale une morale est toujours produite par un peuple. De plus, notre obĂ©issance Ă nos devoirs est elle-mĂȘme relative, puisque ceux-ci se limitent mutuellement. Mais la morale ne doit-elle pas porter sur l'ensemble de nos actions et, en ce sens, n'est-elle pas absolue ? Dans un deuxiĂšme temps, Durkheim montre que la morale doit en rĂ©alitĂ© se limiter Ă certains domaines une morale qui se donnerait pour absolue ruinerait la vie sociale qu'elle a pourtant pour but de rendre Nos obligations morales sont relativesA. La morale est une production socialeDans un premier temps de sa dĂ©monstration, Durkheim dĂ©montre le caractĂšre nĂ©cessairement relatif des rĂšgles morales. La morale est le discours qui porte sur le domaine de nos actions, le domaine pratique, et entend proposer des principes susceptibles de guider notre conduite en rĂ©pondant aux questions que devons-nous faire ? comment devons-nous nous conduire ? On pourrait penser que ces rĂšgles sont les mĂȘmes pour tous les hommes, ce qu'affirme par exemple la morale religieuse, qui repose sur des commandements universels. Mais Durkheim part d'une observation qui remet en cause cette nĂ©cessitĂ© d'un caractĂšre absolu de la morale chaque peuple a sa morale, qui est dĂ©terminĂ©e par les conditions dans lesquelles il vit ». Autrement dit, chaque morale est avant tout une production sociale et diffĂšre des autres selon le mode de vie et les besoins du peuple qui la produit. Comme l'indique son Ă©tymologie de mores, qui signifie les mĆurs », la morale dĂ©signe avant tout les coutumes, les rĂšgles de vie communes qui valent dans une sociĂ©tĂ© donnĂ©e Ă une Ă©poque qui est absolu de ab-solutus, qui signifie sĂ©parĂ© de » ne dĂ©pend d'aucune qui est relatif est en relation avec un certain contexte et donc rĂšgles, dit-il, sont celles qui conviennent Ă ce peuple prĂ©cis aussi ne peut-on imposer une nouvelle morale Ă un peuple sans dommages, tant collectifs qu'individuels. Dans la mesure oĂč un systĂšme moral naĂźt du besoin particulier de chaque peuple, besoin issu de son environnement et de ses caractĂ©ristiques propres, lui imposer une autre morale serait faire violence Ă l'individu comme Ă la sociĂ©tĂ© Ă laquelle il appartient. Mais si chaque morale est relative Ă chaque peuple, les impĂ©ratifs moraux ne s'imposent-ils pas de façon absolue Ă tous les membres de ce peuple ?B. Au sein d'une morale, chaque devoir constitue la limite d'un autreCertes la morale est relative et variable, mais l'individu n'est-il pas absolument tenu d'ĂȘtre vertueux, quel que soit le contexte ? Durkheim formule lui-mĂȘme l'objection, Ă laquelle il entreprend de rĂ©pondre en mettant en Ă©vidence le caractĂšre limitĂ© de chaque devoir. De fait, la morale sociale nous prescrit un certain nombre de devoirs, c'est-Ă -dire d'obligations morales, et il convient de s'y conformer. Mais, observe Durkheim, la premiĂšre limite posĂ©e Ă ces obligations rĂ©side en rĂ©alitĂ© dans les autres devoirs propres Ă cette obligation de ob-ligare, qui signifie lier par contrat » dĂ©signe un devoir, prescrit par une loi Ă laquelle nous obĂ©issons contrainte dĂ©signe en revanche ce qui fait obstacle Ă notre s'appuie alors sur deux exemples. Si j'agis conformĂ©ment Ă l'obligation qui m'est faite d'aider les autres ou de les aimer, ce qui va limiter mon action en ce sens sera l'obligation de ne pas me nĂ©gliger, de ne pas me perdre dans ma conduite altruiste. De la mĂȘme façon, l'obligation que j'ai de m'affirmer, de faire valoir mes dĂ©sirs, va se heurter Ă l'obligation contraire qui me pousse Ă ne pas ĂȘtre ces deux exemples, Durkheim met en Ă©vidence l'existence d'une sorte de rĂ©gulation de ma conduite, par le fait que coexistent dans une mĂȘme morale des devoirs qui pourraient entrer en contradiction si je les cultivais excessivement. De fait, si je me dĂ©voue aux autres, j'agis moralement, mais si ce dĂ©vouement me pousse Ă me nĂ©gliger, Ă en oublier ma propre vie, alors cette action, entrant en contradiction avec le devoir que j'ai de me soucier de moi-mĂȘme, perdra son caractĂšre moral.[Transition] Mais si nos actions morales sont ainsi rĂ©gulĂ©es, tempĂ©rĂ©es par le fait que nous nous trouvons toujours placĂ©s entre plusieurs devoirs, la morale n'est-elle pas absolue au sens oĂč elle porte sur l'ensemble de nos actions ?2. Nos devoirs se limitent Ă certains domainesA. La morale ne doit pas rĂ©gir la vie Ă©conomiqueDans un deuxiĂšme temps de sa dĂ©monstration, Durkheim met en Ă©vidence une seconde limite posĂ©e Ă notre attitude vertueuse. Si la morale propre Ă notre sociĂ©tĂ© est bien faite de devoirs, notre effort pour nous y conformer ne se heurte pas seulement Ă notre obligation de respecter les autres devoirs il rencontre Ă©galement un certain nombre d'impĂ©ratifs propres Ă la vie distingue alors certaines conduites soumises Ă cette rĂ©glementation impĂ©rative qui est caractĂ©ristique de la moralitĂ© » d'autres qui y seraient naturellement rĂ©fractaires ». Mais quels seraient ces domaines d'action qui devraient par nature Ă©chapper Ă la morale et dans lesquels mes obligations morales pourraient lĂ©gitimement m'apparaĂźtre secondaires ? L'auteur en donne deux exemples les fonctions industrielles, commerciales » doivent Ă©chapper Ă la morale puisqu'elles sont des fonctions essentielles », vitales » desquelles dĂ©pend la satisfaction des besoins d'une sociĂ©tĂ©. En d'autres termes, dans ces domaines nĂ©cessaires Ă la vie d'une sociĂ©tĂ©, ce n'est pas la morale qui doit orienter nos qui est essentiel, c'est ce qui dĂ©finit une chose, ce sans quoi elle ne pourrait pas ĂȘtre contraire, ce qui est accidentel est ce qui ne relĂšve pas de l'essence de cette Les impĂ©ratifs moraux sont limitĂ©s par la nĂ©cessitĂ© vitaleS'agit-il pour autant de dire que quand je fais du commerce, par exemple, il est lĂ©gitime que je me conduise de maniĂšre immorale ? Durkheim prĂ©cise alors son propos en s'appuyant sur l'exemple de la richesse. Dans une perspective morale, il est en effet possible de condamner la richesse. Le dĂ©sir de richesse est ainsi considĂ©rĂ© par Ăpicure comme un dĂ©sir vide », c'est-Ă -dire un dĂ©sir produit par l'influence sociale et qui, n'existant pas naturellement en l'homme, ne sera source d'aucun plaisir et nous livrera aux souffrances d'une quĂȘte sans noterDans la Lettre Ă MĂ©nĂ©cĂ©e, Ăpicure explique que pour accĂ©der au bonheur nous devons nous dĂ©tourner des conduites excessives. Il Ă©tablit que, par essence, le dĂ©sir de richesse est un dĂ©sir sans observe Durkheim, dire que la morale ne doit pas porter sur la fonction commerciale d'une sociĂ©tĂ©, ce n'est pas dire qu'il faille s'adonner sans limite au dĂ©sir de richesse. ConsidĂ©rer la richesse comme immorale n'est pas une erreur moins funeste que de voir dans la richesse le bien par excellence », dit-il, renvoyant dos Ă dos deux principes d'action contraires selon lesquels il faudrait en toutes circonstances fuir la richesse ou, au contraire, obtenir Ă tout prix la richesse. De fait, une sociĂ©tĂ© doit se prĂ©occuper de la satisfaction des besoins des individus, elle doit par exemple se livrer au commerce et l'objectif du commerce est bien l'enrichissement. Cette nĂ©cessitĂ© limite donc le domaine d'action de la morale. L'espace du commerce n'est pas exemptĂ© de toute morale, ce qui y prĂ©vaut n'est pas le vice cependant, nos devoirs se trouvent, en ce domaine, limitĂ©s et lĂ encore rĂ©gulĂ©s par la nĂ©cessitĂ© Le but de la morale est de faciliter la vie socialeDurkheim conclut sa dĂ©monstration en prĂ©cisant le but de la morale elle a pour objet immĂ©diat de rĂ©gler notre vie temporelle ». En d'autres termes, la raison d'ĂȘtre de la morale n'est pas la vie spirituelle mais la vie temporelle, c'est-Ă -dire que la morale est faite pour rĂ©pondre au mieux Ă nos intĂ©rĂȘts, Ă nos besoins fait, nous sommes des ĂȘtres sociaux, notre nature rĂ©clame une organisation sociale, mais nous sommes aussi immĂ©diatement guidĂ©s par la recherche de notre satisfaction individuelle, ce qui produit des heurts. Pour qu'une vie sociale soit possible, il est nĂ©cessaire non seulement d'Ă©tablir des lois juridiques, mais aussi une morale qui saura limiter la poursuite individuelle de nos intĂ©rĂȘts par une intĂ©riorisation de nos devoirs. Dans Le Malaise dans la culture, Freud souligne ainsi la nĂ©cessitĂ© des impĂ©ratifs moraux, par exemple du devoir d'aimer les autres, en expliquant que sa justification vĂ©ritable est prĂ©cisĂ©ment que rien n'est plus contraire Ă la nature humaine primitive », fondamentalement Durkheim nous met-il en garde contre les excĂšs de morale », c'est-Ă -dire contre une façon de se rapporter aux devoirs moraux sans tenir compte des limites que reprĂ©sentent les autres impĂ©ratifs moraux, mais aussi les impĂ©ratifs vitaux pour la sociĂ©tĂ©. Tout envisager dans une perspective morale, c'est oublier que la morale est un discours qui porte sur nos actions et dont le but premier est de nous aider Ă vivre dĂ©finitive, non seulement la morale est relative, mais nos obligations morales sont limitĂ©es et ne doivent nous guider que dans certains domaines. Indispensable Ă la vie sociale, la morale doit rester conforme Ă son but, qui est de rĂ©frĂ©ner l'aspiration individuelle Ă satisfaire exclusivement ses intĂ©rĂȘts, afin de rendre possible la coopĂ©ration. Ainsi, une morale qui prĂ©tendrait imposer des obligations absolues et valoir dans tous les domaines de la vie entrerait finalement en contradiction avec sa raison d'ĂȘtre.
CorrigéBac Philo série générale : Explication de texte. Corrigé Explication de texte : DURKHEIM, De la Division du travail social (1893) Le ressenti du correcteur : Le
0 durchschnittliche Bewertung âą Inhaltsangabe Ăber diesen Titel 416pages. 18x13x2cm. BrochĂ©. Die Inhaltsangabe kann sich auf eine andere Ausgabe dieses Titels beziehen. Reseña del editor " Nous insistons Ă plusieurs reprises, au cours de ce livre, sur l'Ă©tat d'anomie juridique et morale oĂč se trouve actuellement la vie Ă©conomique... C'est Ă cet Ă©tat d'anomie que doivent ĂȘtre attribuĂ©e, comme nous le montrerons, les conflits sans cesse renaissants et les dĂ©sordres de toute sortes dont le monde Ă©conomique nous donne le triste spectacle... Depuis que, non dans raison, le siĂšcle dernier a supprimĂ© les anciennes corporations, et n'a guĂšre Ă©tĂ© fait que des tentatives fragmentaires et incomplĂštes pour les reconstituer sur des bases nouvelles. " Durkheim analyse, dans son premier ouvrage, " le rĂŽle que les groupements professionnels sont destinĂ©s Ă remplir dans l'organisation sociale des peuples contemporains ". Constatant le dĂ©veloppement des fonctions Ă©conomiques dans la sociĂ©tĂ©, il plaide pour une moralisation et une normalisation des relations entre les diffĂ©rents acteurs de la vie Ă©conomique. Son analyse est encore, de nos jours, d'une pertinence confondante. Fondateur de la revue L'AnnĂ©e sociologique en 1896, Emile Durkheim 1858-1917 Ă©tait professeur de pĂ©dagogie et de sciences sociales Ă l'UniversitĂ© de la Sorbonne et inaugura la chaire de sociologie en 1913. Il contribua largement Ă la crĂ©ation d'une Ă©cole française de sociologie dont les reprĂ©sentants Ă©taient ses Ă©lĂšves et sont encore de nos jours, pour certains, ses hĂ©ritiers. Il s'attacha Ă faire de la sociologie une discipline scientifique ayant un objet et des mĂ©thodes propres. La plupart de ses ouvrages sont publiĂ©s dans la collection Quadrige. âĂber diesen Titelâ kann sich auf eine andere Ausgabe dieses Titels beziehen. Keine Angebote verfĂŒgbar Detailsuche ZVAB Homepage Buch Finden Kaufgesuch aufgebenSie kennen Autor und Titel des Buches und finden es trotzdem nicht auf ZVAB? Dann geben Sie einen Suchauftrag auf und wir informieren Sie automatisch, sobald das Buch verfĂŒgbar ist! Kaufgesuch aufgeben Weitere beliebte Ausgaben desselben Titels
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Plan Texte Notes Citation Auteur Texte intĂ©gral 1 Philippe Besnard, Les pathologies des sociĂ©tĂ©s modernes », in Ph. Besnard, M. Borlandi et P. Vogt... Durkheim nâest visiblement pas Ă lâaise dans cette partie finale de son livre [le Livre III de La division du travail social], trĂšs courte par rapport aux deux prĂ©cĂ©dentes et aussi bien moins Ă©laborĂ©e [âŠ]. De lĂ , sans doute, un certain manque de clartĂ© dans la construction de cette derniĂšre partie du livre et mĂȘme dans lâidentification des pathologies de la sociĂ©tĂ© moderne. »1 2 Le texte qui suit est partiellement repris et adaptĂ© de Charles-Henry Cuin, Durkheim et lâinĂ©gali ... 1Une question centrale de la sociologie durkheimienne est celle des conditions de lâordre et de lâintĂ©gration dans un type de sociĂ©tĂ© caractĂ©risĂ©, dâune part, par un systĂšme de valeurs dĂ©mocratique et, dâautre part, par la croissance de lâinĂ©galitĂ© sociale sous lâeffet du progrĂšs inĂ©luctable de la division du travail. Dans ses ouvrages de jeunesse, Durkheim croit trouver une rĂ©ponse satisfaisante dans ce poncif classique de lâidĂ©ologie dĂ©mocratique quâest lâĂ©galitĂ© des chances. Pourtant, au lieu de chercher Ă approfondir les conditions de rĂ©alisation de ce quâil nomme lui-mĂȘme lâ absolue Ă©galitĂ© dans les conditions extĂ©rieures de la lutte », il va prĂ©fĂ©rer sâorienter vers une analyse des conditions non plus socio-Ă©conomiques mais socio-culturelles de lâacceptation de lâordre social par les acteurs. En tĂ©moigne la place centrale accordĂ©e Ă lâĂ©ducation et, plus largement, Ă la socialisation dans les Ćuvres de maturitĂ©2. I. LâĂ©galitĂ© des chances contre lâĂ©galitĂ© des conditions 3 Ămile Durkheim, De la division du travail [1893], Paris, 1973. Il sâagit du chapitre II du ... 4 Ibid., p. 369. 5 Ibid., p. 368. 2Durkheim nâest pas, Ă lâĂ©vidence, un sociologue de la stratification sociale. Dans La division du travail social, le thĂšme de lâinĂ©galitĂ© sociale occupe cependant une place privilĂ©giĂ©e dans le traitement dâune de ses problĂ©matiques centrales â celle de la rĂ©alisation et du maintien de lâordre social. Les guerres de classes » et autres conflits sociaux qui agitent les sociĂ©tĂ©s industrielles nây sont pas seulement interprĂ©tĂ©s comme une consĂ©quence de lâanomie chronique qui y rĂšgne, mais aussi comme un effet du caractĂšre contraint » de la division du travail3. Par lĂ , il faut entendre que le processus de la distribution des individus dans la structure des positions sociales ne respecte pas, ou pas assez, ni les capacitĂ©s propres des intĂ©ressĂ©s leurs aptitudes et compĂ©tences ni leurs dĂ©sirs leurs goĂ»ts et aspirations. Une telle harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales »4 serait en effet une condition nĂ©cessaire pour que la satisfaction que chacun trouve dans lâaccomplissement de son rĂŽle social â et donc de la place quâil occupe dans la sociĂ©tĂ© â lâempĂȘche dâen dĂ©sirer un autre et de mettre ainsi en cause lâordre social Ă©tabli Sans doute ne sommes-nous pas, dĂšs notre naissance, prĂ©destinĂ©s Ă tel emploi social; nous avons cependant des goĂ»ts et des aptitudes qui limitent notre choix. Sâil nâen est pas tenu compte, sâils sont sans cesse froissĂ©s par nos occupations quotidiennes, nous souffrons et nous cherchons un moyen de mettre un terme Ă nos souffrances. Or, il nâen est pas dâautre que de changer lâordre Ă©tabli et dâen refaire un nouveau. »5 6 Ibid., p. 370. 7 Voir Philippe Besnard, LâAnomie; ses usages et ses fonctions dans la discipline sociologique depu ... 8 Ibid., p. 356. 9 Ibid., p. 369. 10 Ibid., p. 369. 3Durkheim est ainsi conduit Ă opposer Ă une forme contrainte » de la division du travail en fait du processus de la distribution des individus dans la structure sociale une forme spontanĂ©e » qui peut seule produire la solidaritĂ© sociale et prĂ©venir les conflits sociaux. Cette spontanĂ©itĂ©, prĂ©cise-t-il, suppose non seulement que les individus ne sont pas relĂ©guĂ©s par la force dans des fonctions dĂ©terminĂ©es, mais encore quâaucun obstacle, de nature quelconque, ne les empĂȘche dâoccuper dans les cadres sociaux la place qui est en rapport avec leurs facultĂ©s »6. Autant, dans le domaine des relations et des rapports sociaux, la sociĂ©tĂ© rĂ©clame une rĂ©glementation sans laquelle elle est menacĂ©e dâanomie7, autant le processus de la distribution sociale doit demeurer exempt de toute contrainte. Alors que, quelques pages plus tĂŽt, Durkheim se faisait le chantre dâune rĂ©glementation suffisamment dĂ©veloppĂ©e qui dĂ©termine les rapports mutuels des fonctions »8, il estime que câest la plus totale libertĂ© qui doit rĂ©gir lâaccĂšs Ă ces fonctions et que rien ne doit gĂȘner les initiatives des individus »9. Une fois la sociĂ©tĂ© organisĂ©e selon des rĂšgles propres Ă assurer lâharmonie des rapports sociaux nĂ©s de la division du travail, les destins individuels peuvent â et doivent â se dĂ©ployer librement dans un espace social dĂ©sormais contrĂŽlĂ©. La maniĂšre durkheimienne de rĂ©soudre lâantithĂšse classique entre individu et sociĂ©tĂ© est ici parfaitement balancĂ©e au premier est due la libertĂ© de se mouvoir dans une structure sociale convenablement organisĂ©e et dây rĂ©aliser ses aptitudes et ses goĂ»ts, Ă la seconde revient lâobligation dâassurer la coordination et la complĂ©mentaritĂ© des fonctions sociales et de dĂ©terminer non pas qui doit les occuper mais comment elles doivent ĂȘtre remplies. La solution retenue est donc Ă mi-chemin entre collectivisme et individualisme. Elle propose le modĂšle dâun individu libre dans une sociĂ©tĂ© forte, pour le plus grand profit des deux câest ce que Durkheim appelle le socialisme ». Ă cette condition, en effet, lâharmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales ne peut manquer de se produire, du moins dans la moyenne des cas. Car, si rien nâentrave ou ne favorise indĂ»ment les concurrents qui se disputent les tĂąches, il est inĂ©vitable que ceux-lĂ seuls qui sont les plus aptes Ă chaque genre dâactivitĂ© y parviennent [âŠ]. Ainsi se rĂ©alise de soi-mĂȘme lâharmonie entre la constitution de chaque individu et sa condition. »10 11 Ămile Durkheim, La Science sociale et lâaction, Textes rĂ©unis et prĂ©sentĂ©s par Jean-Claude Filloux, ... 4Mais en quoi une telle procĂ©dure de distribution sociale, si visiblement favorable Ă la collectivitĂ©, lâest-elle Ă©galement Ă lâindividu ? La rĂ©ponse de Durkheim est, ici, aussi lapidaire que pĂ©remptoire Normalement, lâhomme trouve le bonheur Ă accomplir sa nature; ses besoins sont en rapport avec ses moyens ». Entendons par lĂ que, si les mĂ©rites individuels sont justement rĂ©compensĂ©s, les besoins sont satisfaits du mĂȘme coup puisque les besoins correspondent aux moyens qui ont permis de rĂ©aliser les accomplissements que la sociĂ©tĂ© Ă©galitaire sait reconnaĂźtre et rĂ©compenser. Bref, comme lâexprime Ă©lĂ©gamment Filloux, On a les besoins que lâon mĂ©rite ! »11 12 Au mĂȘme moment, dans la premiĂšre tradition sociologique nord-amĂ©ricaine, ces deux options opposĂ©es ... 13 Ămile Durkheim, De la division du travail, Op. cit., p. 371. 5La problĂ©matique durkheimienne est donc claire comment faire en sorte que sâĂ©tablisse cette harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales » jugĂ©e nĂ©cessaire Ă la satisfaction des individus et, par effet, Ă lâintĂ©gration de la sociĂ©tĂ© ? En thĂ©orie, deux solutions distinctes se prĂ©sentent. La premiĂšre est celle dâun libĂ©ralisme social absolu laissant libre cours Ă la concurrence dans laquelle les individus sâengagent pour la conquĂȘte des diffĂ©rentes positions sociales. La seconde est, Ă lâinverse, celle dâun interventionnisme tout aussi absolu garantissant que la distribution sociale sâeffectue de telle maniĂšre que les diffĂ©rentes positions sociales soient allouĂ©es aux individus les plus aptes Ă les occuper12. Le dilemme est classique rĂ©ussissent soit les plus forts soit les plus aptes. On ne saurait mieux qualifier la solution durkheimienne de ce dilemme que de sociale-dĂ©mocrate ». Cette solution est en effet celle de lâĂ©galitĂ© des chances que Durkheim, en termes fleurant leur nĂ©o-darwinisme, dĂ©finit comme une absolue Ă©galitĂ© dans les conditions extĂ©rieures de la lutte »13. En dâautres termes, la salutaire compĂ©tition des individus les uns avec les autres dans la course pour lâaccĂšs aux positions sociales doit pouvoir se livrer sans quâaucun des concurrents ne jouisse de quelque avantage que ce soit sur les autres. Ă ce compte, non seulement chacun est rĂ©compensĂ© selon ses seuls mĂ©rites propres mais, encore et surtout, par la grĂące du caractĂšre dĂ©mocratique du processus par lequel elle sâopĂšre, le rĂ©sultat de la distribution sociale se voit investi dâune forte lĂ©gitimitĂ©. Non seulement lâĂ©galitĂ© des chances permet de prĂ©server et de rationaliser le caractĂšre fonctionnel de lâinĂ©galitĂ© des conditions, mais elle rend celle-ci lĂ©gitime. Elle a donc un double mĂ©rite dâune part elle fait coĂŻncider aptitudes et fonctions, dâautre part elle confĂšre Ă lâordre ainsi constituĂ© une valeur non plus seulement fonctionnelle mais Ă©galement morale ». 6Et câest bien cette lĂ©gitimitĂ© â plus que le bonheur Ă accomplir sa nature » ! â qui confĂšre Ă lâĂ©galitĂ© des chances son efficacitĂ© intĂ©gratrice. De fait, lorsquâelle est rĂ©alisĂ©e dans un contexte de chances Ă©gales, lâinĂ©galitĂ© des conditions se voit Ă la fois lĂ©gitimĂ©e et valorisĂ©e lĂ©gitimĂ©e car elle rĂ©sulte alors de la mise en Ćuvre dâun idĂ©al de justice en lâoccurrence de justice distributive, valorisĂ©e car elle rĂ©compense les mĂ©rites des uns et sanctionne nĂ©gativement lâabsence de mĂ©rite des autres. 14 [âŠ] les progĂšs de la division du travail impliquent [âŠ] une inĂ©galitĂ© toujours croissante [âŠ] », ... 15 Ibid., p. 370. 7La dĂ©monstration durkheimienne semble donc avoir atteint son but. Ce nâest pas lâinĂ©galitĂ© sociale en elle-mĂȘme qui est tenue pour responsable des ruptures de la solidaritĂ© sociale et, partant, des conflits sociaux mais le fait que les inĂ©galitĂ©s sociales ne soient pas congruentes avec les inĂ©galitĂ©s naturelles ». LâinĂ©galitĂ© est en effet inscrite, comme consĂ©quence normale de la division du travail, dans la nature mĂȘme des sociĂ©tĂ©s polysegmentaires14. Elle est traitĂ©e par Durkheim comme une donnĂ©e non problĂ©matique. Les classes sociales â les castes mĂȘmes â sont des modes dâorganisation de la division du travail qui sont parfaitement lĂ©gitimes tant quâils demeurent fondĂ©[s] dans la nature de la sociĂ©tĂ© », câest-Ă -dire lorsque les rĂšgles de la distribution sociale ne font que structurer socialement les inĂ©galitĂ©s naturelles La contrainte ne commence que quand la rĂ©glementation, ne correspondant plus Ă la nature vraie des choses et, par suite, nâayant plus de base dans les mĆurs, ne se soutient que par la force »15. Non, la thĂšse durkheimienne est bien que ce nâest pas lâinĂ©galitĂ© des conditions qui menace la solidaritĂ© organique mais bien les conditions dans lesquelles cette inĂ©galitĂ© dâune part se constitue et, dâautre part, se maintient. Et lâĂ©galitĂ© des chances est lâinstrument par lequel peut se rĂ©aliser cette adĂ©quation entre ce que les hommes sont naturellement » et ce quâils deviennent socialement ». 16 Ibid., pp. 371-372. 8On sâattendrait donc Ă ce que Durkheim dĂ©veloppe et approfondisse une analyse des conditions de rĂ©alisation de cette providentielle Ă©galitĂ© des chances. Celui-ci nâidentifie pourtant comme seul et unique obstacle Ă cette rĂ©alisation que lâinstitution de lâhĂ©ritage â plus prĂ©cisĂ©ment de lâhĂ©ritage patrimonial [âŠ] alors mĂȘme quâil ne reste, pour ainsi dire, plus de trace de tous ces vestiges du passĂ©, la transmission hĂ©rĂ©ditaire de la richesse suffit Ă rendre trĂšs inĂ©gales les conditions extĂ©rieures dans laquelle la lutte sâengage »16. 17 Ămile Durkheim, De la division du travail, op. cit., p. 371. 9Pourtant, plus on avance dans la lecture de La Division du travail social â ou mĂȘme du Socialisme â et plus il devient clair que, sous lâexpression dâ Ă©galitĂ© dans les conditions extĂ©rieures de la lutte », il y a davantage que la seule notion dâĂ©galitĂ© des chances dans lâaccĂšs aux positions sociales. Il faut en effet ajouter Ă la dimension distributive de ce principe de justice une dimension rĂ©tributive selon laquelle les diffĂ©rentes fonctions sociales ne doivent pas seulement ĂȘtre librement accessibles par chacun indĂ©pendamment de son origine sociale mais doivent en outre recevoir des gratifications matĂ©rielles et symboliques proportionnelles aux services rendus. Durkheim prĂ©cise en effet que cette Ă©galitĂ© dans les conditions extĂ©rieures de la lutte [âŠ] consiste non dans un Ă©tat dâanarchie qui permettrait aux hommes de satisfaire librement toutes leurs tendances bonnes ou mauvaises, mais dans une organisation sociale oĂč chaque valeur sociale, nâĂ©tant exagĂ©rĂ©e ni dans un sens ni dans lâautre par rien qui lui fĂ»t Ă©tranger, serait estimĂ©e Ă son juste prix »17. 18 Ibid., p. 377. 19 Ibid., p. 378. 10Durkheim est infiniment plus disert sur les conditions de la rĂ©alisation de cette derniĂšre exigence que sur celles de la prĂ©cĂ©dente. Pour assurer lâĂ©galitĂ© contractuelle des rapports sociaux, il faut en effet que les valeurs Ă©changĂ©es par les individus des biens et des services les uns contre les autres soient Ă©quivalentes, câest-Ă -dire que le prix de lâobjet Ă©changĂ© soit en rapport avec la peine quâil coĂ»te et les services quâil rend ». Si cette valeur nâest pas mathĂ©matiquement » calculable, la conscience publique » ou encore lâ opinion » possĂšde un sentiment assez prĂ©cis de cette valeur et est donc en mesure de juger sainement du degrĂ© dâĂ©quitĂ© de lâĂ©change. Mais ce nâest heureusement pas tout la thĂšse durkheimienne est que, si le consentement des contractants est libre de toute pression extĂ©rieure sâils sont placĂ©s dans des conditions extĂ©rieures Ă©gales »18, alors lâĂ©change est Ă©quitable et les individus ne reçoivent quâen fonction du coĂ»t rĂ©el de lâobjet Ă©changĂ©. Si, au contraire, une classe de la sociĂ©tĂ© est obligĂ©e, pour vivre, de faire accepter Ă tous prix ses services, tandis que lâautre peut sâen passer grĂące aux ressources dont elle dispose et qui pourtant ne sont pas nĂ©cessairement dues Ă quelque supĂ©rioritĂ© sociale, la seconde fait injustement la loi Ă la premiĂšre. Autrement dit, il ne peut pas y avoir des riches et des pauvres de naissance sans quâil nây ait des contrats injustes »19. 11Ainsi, lâessentiel de lâanalyse de lâanalyse durkheimienne des causes de conflits sociaux tenant aux modalitĂ©s selon lesquelles les mĂ©rites individuels sont Ă la fois reconnus par la maniĂšre dont le processus de la distribution sociale sâeffectue et rĂ©compensĂ©s par le rĂ©sultat de ce processus en termes de stratification sociale tient dans la dĂ©nonciation de la seule institution de lâhĂ©ritage patrimonial, qui interdit lâĂ©galitĂ© des chances et rend les rapports sociaux inĂ©quitables. Le mĂ©rite de cette analyse nâest cependant pas mince, dans la mesure oĂč elle parvient Ă dĂ©passer lâaporie consubstantielle Ă toute idĂ©ologie de lâĂ©galitĂ© des chances lâĂ©galitĂ© des chances dĂ©bouchant sur une inĂ©galitĂ© des conditions qui, dans le mĂȘme temps, en lĂ©gitime le principe, il suffit de faire en sorte que les conditions dâarrivĂ©e dâune gĂ©nĂ©ration ne constituent les conditions de dĂ©part de la suivante. Câest ce que permettrait, en brisant le cercle vicieux de la reproduction socio-Ă©conomique, la suppression de lâhĂ©ritage patrimonial ! II. Les apories de la solution socio-Ă©conomique et le choix de la solution socio-culturelle 20 Ămile Durkheim, La famille conjugale » [1892], in Textes 3. Fonctions sociales et institutions, P ... 12Il est cependant douteux quâil suffise de supprimer les inĂ©galitĂ©s Ă©conomiques de naissance » pour supprimer du mĂȘme coup les contrats injustes ». Dâune part, il existe, Ă cĂŽtĂ© de la seule hĂ©rĂ©ditĂ© Ă©conomique, bien dâautres hĂ©rĂ©ditĂ©s â en particulier sociales et culturelles â susceptibles dâaltĂ©rer la spontanĂ©itĂ© » de la distribution sociale. Dâautre part, les rapports sociaux ne sont pas affectĂ©s seulement par les situations Ă©conomique de dĂ©part dans lesquelles se concluent les contrats mais aussi, et plus significativement encore, par les lâensemble des inĂ©galitĂ©s plus ou moins acquises dont les individus sont affectĂ©s tout au long de leur carriĂšre. Ce qui rend les contrats injustes », câest lâinĂ©galitĂ© mĂȘme des contractants, et pas seulement celle qui rĂ©sulte de la transmission hĂ©rĂ©ditaire des biens. En outre, dans un cours sur la famille conjugale professĂ© en 1892, Durkheim montrait dĂ©jĂ lâextrĂȘme difficultĂ© quâil y aurait Ă supprimer une institution jouant un rĂŽle si efficace de stimulant pour le travail et pour la rĂ©ussite individuelle20 ! 21 Raymond Boudon, LâInĂ©galitĂ© des chances. La mobilitĂ© sociale dans les sociĂ©tĂ©s industrielles, Paris ... 13Mais, la suppression de lâhĂ©ritage assurerait-elle lâĂ©galitĂ© des chances, il resterait que lâinstauration de cette derniĂšre est loin de constituer une solution efficace Ă la problĂ©matique durkheimienne du maintien de lâordre social par la loyautĂ© des acteurs. De fait, la distribution naturelle » des talents et des aspirations parmi les individus a bien peu de chances et, pour dire vrai, aucune de correspondre Ă celle des positions sociales dĂ©finies par la division du travail. La raison en est fort simple la premiĂšre de ces distributions est alĂ©atoire tandis que la seconde est donnĂ©e » ! Dans ces conditions, comme R. Boudon lâa magistralement et dĂ©finitivement montrĂ© dans ses travaux sur la mobilitĂ© sociale21, lâĂ©galisation des chances peut fort bien nâavoir pas les effets mĂ©ritocratiques attendus et, donc, les effets dâintĂ©gration par justice distributive interposĂ©e prĂ©vus par Durkheim. 22 Alessandro Pizzorno, Lecture actuelle de Durkheim », Archives europĂ©ennes de sociologie, 1963, IV ... 14Ainsi le bilan de la mise en Ćuvre durkheimienne de la problĂ©matique en termes dâ Ă©galitĂ© des chances » apparaĂźt bien prĂ©caire â tant au plan des conditions de son application pratique quâĂ celui des effets qui en sont attendus. Aussi peut-on, avec un lecteur aussi attentif quâA. Pizzorno, sâĂ©tonner de voir comment une pensĂ©e sociologique si pĂ©nĂ©trante, aprĂšs avoir recouru Ă ce concept dâĂ©galitĂ© Ă un point fondamental et critique du systĂšme, oublie de se demander quelle en est la signification sociologique »22. Mais sâagissait-il vraiment dâun oubli ? 23 Ămile Durkheim, Le Socialisme, sa dĂ©finition, ses dĂ©buts, la doctrine saint-simonienne [1928], Pari ... 24 Ămile Durkheim, Le Suicide. Ătude de sociologie [1897], Paris, 1973. Sur cet aspect de lâa ... 15Quelques annĂ©es plus tard, dans les derniĂšres pages du Socialisme, Durkheim allait en effet apporter une rĂ©ponse bien diffĂ©rente de la prĂ©cĂ©dente Ă la question agitĂ©e dans le chapitre sur La division du travail contrainte » Ce quâil faut pour que lâordre social rĂšgne, câest que la gĂ©nĂ©ralitĂ© des hommes se contentent de leur sort; mais ce quâil faut pour quâils sâen contentent, ce nâest pas quâils aient plus ou moins, câest quâils soient convaincus quâils nâont pas le droit dâavoir plus. [âŠ] Sâil ne sent pas au-dessus de lui une force quâil respecte et qui lâarrĂȘte, qui lui dise avec autoritĂ© que la rĂ©compense qui lui est due est atteinte, il est inĂ©vitable [que lâindividu] rĂ©clame comme lui Ă©tant dĂ» tout ce quâexigent ses besoins et, comme dans lâhypothĂšse ces besoins sont sans frein, leurs exigences sont nĂ©cessairement sans bornes »23. Le changement de ton est radical. Ici, les besoins » de lâindividus ne sont plus naturellement en rapport avec ses moyens »; ils sont au contraire, comme dĂ©crits dans Le Suicide, infiniment extensibles et, de ce fait, insatiables aussi longtemps que lâintĂ©riorisation de normes sociales adaptĂ©es ne parvient Ă les rĂ©guler et, donc, Ă crĂ©er la possibilitĂ© de leur satisfaction24. Comme on peut sâen convaincre par la lecture des textes ultĂ©rieurs sur lâĂ©ducation, Durkheim vient de marquer quâil abandonne la solution socio-Ă©conomique de la question de lâordre social au bĂ©nĂ©fice dâune solution socio-culturelle. 25 Ămile Durkheim, Ăducation et sociologie [1922], Paris, 1966, p. 91. 16De fait, contrairement Ă toute attente, la conception durkheimienne de lâĂ©ducation ne fait pas de lâinstitution scolaire un instrument dâĂ©galisation des chances permettant la rĂ©alisation dâune distribution sociale mĂ©ritocratique. Le rĂŽle de lâĂ©cole est dâabord de rĂ©pondre Ă une demande structurelle dĂ©terminĂ©e en amont du processus Ă©ducatif par lâĂ©tat de la division du travail et, dans ce but, dây conformer les individus qui lui sont confiĂ©s. Elle cherche moins Ă sanctionner les mĂ©rites individuels quâĂ produire des individus adaptĂ©s aux besoins collectifs, câest-Ă -dire Ă la demande sociale. Ă cet Ă©gard, les propos de Durkheim sont sans ambiguĂŻtĂ© Bien loin que lâĂ©ducation ait pour objet unique ou principal lâindividu et ses intĂ©rĂȘts, elle est avant tout le moyen par lequel la sociĂ©tĂ© renouvelle perpĂ©tuellement les conditions de sa propre existence »25. 26 Pitirim A. Sorokin, Social and Cultural Mobility [1927], Glencoe, Illinois, The Free Press, 1959. V ... 27 Ămile Durkheim, Ăducation et sociologie, op. cit., p. 41 câest nous qui soulignons. 17On est donc bien loin de la thĂšse selon laquelle la seule Ă©valuation des mĂ©rites individuels dans une situation dâĂ©galitĂ© des chances permettrait de rĂ©aliser lâharmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales ». Ici, plus un mot sur lâĂ©galitĂ© des chances lâĂcole, qui a pour fonction premiĂšre comme Sorokin le soulignera plus tard26 de distribuer dans les diffĂ©rentes positions sociales des individus aux caractĂ©ristiques appropriĂ©es, a donc essentiellement pour charge de leur donner les compĂ©tences nĂ©cessaires Ă leur efficacitĂ© dans leurs fonctions respectives â bref, Ă susciter et [âŠ] dĂ©velopper chez lâenfant un certain nombre dâĂ©tats physiques, intellectuels et moraux que rĂ©clament de lui la sociĂ©tĂ© politique dans son ensemble et le milieu spĂ©cial auquel il est particuliĂšrement destinĂ© »27. Ăvidemment, rien nâest dit des raisons pour lesquelles un individu donnĂ© serait destinĂ© » Ă embrasser telle carriĂšre plutĂŽt que telle autre ! Il ne peut plus, en effet, sâagir de goĂ»ts ou autres aptitudes innĂ©s depuis Le Suicide, le lecteur de Durkheim sait quâil nây a dâautre nature humaine » que celle que la sociĂ©tĂ©, par la socialisation, crĂ©e de toutes piĂšces en nous. 18Dans cette perspective, il devient alors Ă©vident que lâĂ©galitĂ© des chances nâa plus grand rĂŽle Ă jouer. Lâessentiel Ă©tant de placer les individus convenables lĂ oĂč la sociĂ©tĂ© rĂ©clame quâils soient placĂ©s, câest cette demande » qui doit ĂȘtre satisfaite en prioritĂ© â et quelles que soient a priori les exigences de lâoffre individuelle. 28 Ce thĂšme, on le sait, occupe une place centrale dans les thĂ©ories françaises de la reproduction s ... 29 Ămile Durkheim, Ăducation et sociologie, op. cit., p. 90. 19Mais que devient alors lâimpĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© de faire en sorte que la gĂ©nĂ©ralitĂ© des hommes se contentent de leur sort » ? Câest lĂ que lâinstitution Ă©ducative rĂ©vĂšle le caractĂšre providentiel de son action â en forme de vĂ©ritable sociodicĂ©e »28. De fait, si le systĂšme Ă©ducatif joue un rĂŽle fonctionnel dâinduction susciter » et de dĂ©veloppement des qualitĂ©s individuelles diverses et variĂ©es que requiĂšrent les fonctions créées par la division du travail, il joue aussi, et dans le mĂȘme temps, un rĂŽle moral de socialisation, dâadaptation et dâintĂ©gration de lâindividu. Sâil parvient Ă rĂ©aliser lâ harmonie » attendue entre ce que les individus sont moralement et ce quâils font socialement â entre aspirations et destins individuels â, ne devient-il pas alors assez indiffĂ©rent que cette distribution sociale rĂ©sulte dâune situation dâĂ©galitĂ© des chances ? Le discours durkheimien est ici sans dĂ©tour Lâhomme que lâĂ©ducation doit rĂ©aliser en nous, ce nâest pas lâhomme tel que la nature lâa fait, mais tel que la sociĂ©tĂ© veut quâil soit; et elle le veut tel que le rĂ©clame son Ă©conomie intĂ©rieure »29. 20En derniĂšre analyse, Durkheim semble donc avoir estimĂ© que le scandale moral » que constitue lâinĂ©galitĂ© des chances serait plus efficacement Ă©vitĂ© en prĂ©parant les individus Ă ce quâils seront et ce quâils seront reproduira sans doute ce quâils sont, câest-Ă -dire leur origine sociale⊠quâen leur permettant de devenir ce quâils ont la capacitĂ©, la volontĂ© ou le goĂ»t dâĂȘtre. Cela expliquerait en effet, dâune part, la prĂ©caritĂ© de la rĂ©flexion de notre auteur sur les conditions de lâĂ©galisation des chances sociales et, dâautre part, lâaccent mis par celui-ci sur le rĂŽle essentiellement socialisateur et intĂ©grateur de lâinstitution scolaire, au dĂ©triment de son rĂŽle de promotion sociale des individus. 21La raison dâune telle Ă©volution tient sans doute au fait que, dans cette Ćuvre de jeunesse quâest La Division du travail social, le paradigme durkheimien nâest pas encore entiĂšrement Ă©laborĂ©. Et ce sont ces incomplĂ©tudes qui, sans doute, ont conduit Durkheim Ă se fourvoyer dans des pistes de recherches dont il a dĂ» constater trop tard quâelles conduisaient Ă des impasses. Si la thĂšse selon laquelle les conflits sociaux ont leur source essentielle dans lâillĂ©gitimitĂ© de lâordre social ce nâest pas la nature objective des rapports sociaux qui risque rompre le consensus mais le caractĂšre dĂ©favorable de la perception quâen ont les acteurs reste inchangĂ©e, Durkheim est rapidement passĂ© dâune conception selon laquelle cette lĂ©gitimitĂ© pouvait ĂȘtre obtenue par lâorganisation dĂ©mocratique du systĂšme social Ă une conception plus radicale pour laquelle le mĂȘme rĂ©sultat serait plus efficacement atteint par lâinculcation systĂ©matique et institutionnalisĂ©e de valeurs et de normes â bref, dâune solution socio-Ă©conomique Ă une solution socio-culturelle. Haut de page Notes 1 Philippe Besnard, Les pathologies des sociĂ©tĂ©s modernes », in Ph. Besnard, M. Borlandi et P. Vogt Ăd., Division du travail et lien social. Durkheim un siĂšcle aprĂšs, Paris, 1993, pp. 197-198 passim. 2 Le texte qui suit est partiellement repris et adaptĂ© de Charles-Henry Cuin, Durkheim et lâinĂ©galitĂ© sociale les avatars et les leçons dâune entreprise », Recherches sociologiques, 223, 1991, pp. 17-32. 3 Ămile Durkheim, De la division du travail [1893], Paris, 1973. Il sâagit du chapitre II du Livre III, intitulĂ© La division du travail contrainte ». 4 Ibid., p. 369. 5 Ibid., p. 368. 6 Ibid., p. 370. 7 Voir Philippe Besnard, LâAnomie; ses usages et ses fonctions dans la discipline sociologique depuis Durkheim, Paris, 1987. 8 Ibid., p. 356. 9 Ibid., p. 369. 10 Ibid., p. 369. 11 Ămile Durkheim, La Science sociale et lâaction, Textes rĂ©unis et prĂ©sentĂ©s par Jean-Claude Filloux, Paris, 1970, p. 24. 12 Au mĂȘme moment, dans la premiĂšre tradition sociologique nord-amĂ©ricaine, ces deux options opposĂ©es sont respectivement dĂ©fendues par Sumner What Social Classes Owe to Each Other, New York, Harper Brothers, 1883 et par Ward La diffĂ©renciation sociale et lâintĂ©gration sociale une utopie sociologique, Paris, 1903. Voir Charles-Henry Cuin, Les Sociologues et la mobilitĂ© sociale, Paris, 1993. 13 Ămile Durkheim, De la division du travail, Op. cit., p. 371. 14 [âŠ] les progĂšs de la division du travail impliquent [âŠ] une inĂ©galitĂ© toujours croissante [âŠ] », Ibid., p. 371. 15 Ibid., p. 370. 16 Ibid., pp. 371-372. 17 Ămile Durkheim, De la division du travail, op. cit., p. 371. 18 Ibid., p. 377. 19 Ibid., p. 378. 20 Ămile Durkheim, La famille conjugale » [1892], in Textes 3. Fonctions sociales et institutions, Paris, Minuit, 1975, p. 47. 21 Raymond Boudon, LâInĂ©galitĂ© des chances. La mobilitĂ© sociale dans les sociĂ©tĂ©s industrielles, Paris, A. Colin, 1973. 22 Alessandro Pizzorno, Lecture actuelle de Durkheim », Archives europĂ©ennes de sociologie, 1963, IV, pp. 1-36. 23 Ămile Durkheim, Le Socialisme, sa dĂ©finition, ses dĂ©buts, la doctrine saint-simonienne [1928], Paris, 1971, p. 227. 24 Ămile Durkheim, Le Suicide. Ătude de sociologie [1897], Paris, 1973. Sur cet aspect de lâanalyse durkheimienne, voir Cuin, Durkheim et la mobilitĂ© sociale », Revue française de sociologie, 1987, XXVIII, 1, pp. 43-65. 25 Ămile Durkheim, Ăducation et sociologie [1922], Paris, 1966, p. 91. 26 Pitirim A. Sorokin, Social and Cultural Mobility [1927], Glencoe, Illinois, The Free Press, 1959. Voir Ă©galement Charles-Henry Cuin, Sorokin et le Social Mobilityâ de 1927 naissance et mise en Ćuvre dâune problĂ©matique sociologique », LâannĂ©e sociologique, 38, 1988, p. 275-308. 27 Ămile Durkheim, Ăducation et sociologie, op. cit., p. 41 câest nous qui soulignons. 28 Ce thĂšme, on le sait, occupe une place centrale dans les thĂ©ories françaises de la reproduction sociale » Voir Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La Reproduction; Ă©lĂ©ments pour une thĂ©orie du systĂšme dâenseignement, Paris, Ed. de Minuit, 1970 et Christian Baudelot et Roger Establet, LâĂcole capitaliste en France, Paris, Maspero, 1971. 29 Ămile Durkheim, Ăducation et sociologie, op. cit., p. de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence papier Charles-Henry Cuin, Division du travail, inĂ©galitĂ©s sociales et ordre social. Note sur les tergiversations de lâanalyse durkheimienne », Revue europĂ©enne des sciences sociales, XLII-129 2004, 95-103. RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Charles-Henry Cuin, Division du travail, inĂ©galitĂ©s sociales et ordre social. Note sur les tergiversations de lâanalyse durkheimienne », Revue europĂ©enne des sciences sociales [En ligne], XLII-129 2004, mis en ligne le 05 novembre 2009, consultĂ© le 24 aoĂ»t 2022. URL ; DOI de page Auteur Charles-Henry Cuin UniversitĂ© Victor Segalen â Bordeaux Articles du mĂȘme auteur Paru dans Revue europĂ©enne des sciences sociales, 49-2 2011 Paru dans Revue europĂ©enne des sciences sociales, XXXIX-120 2001 Paru dans Revue europĂ©enne des sciences sociales, XL-124 2002 Haut de page Droits dâauteur Tous droits rĂ©servĂ©sHaut de page
DumĂȘme auteur Education et sociologie / Emile Durkheim. Ăditeur : , 1922 (livre du domaine public) Education et sociologie / Emile Durkheim L'Ă©volution pĂ©dagogique en France / Emile Durkheim Les formes Ă©lĂ©mentaires de la vie religieuse / Emile Durkheim Introduction Ă la morale / Emile Durkheim De la division du travail social / Ămile Durkheim. Ăditeur :
Mais si les sociĂ©tĂ©s supĂ©rieures ne reposent pas sur un contrat fondamen- tal qui porte sur les principes gĂ©nĂ©raux de la vie politique, elles auraient ou tendraient Ă avoir pour base unique, [...] le vaste systĂšme de contrats particuliers qui lient entre eux les individus. Ceux-ci ne dĂ©pendraient du 5 groupe que dans la mesure oĂč ils dĂ©pendraient les uns des autres, et ils ne dĂ©pendraient les uns des autres que dans la mesure marquĂ©e par les conventions privĂ©es et librement conclues. La solidaritĂ© sociale ne serait donc autre chose que l'accord spontanĂ© des intĂ©rĂȘts individuels, accord dont les contrats sont l'expression naturelle. Le type des relations sociales serait la relation Ă©conomique, 10 dĂ©barrassĂ©e de toute rĂ©glementation et telle qu'elle rĂ©sulte de l'initiative entiĂšrement libre des parties. En un mot, la sociĂ©tĂ© ne serait que la mise en rapport d'individus Ă©changeant les produits de leur travail, et sans qu'aucune action proprement sociale vienne rĂ©gler cet Ă©change. Est-ce bien le caractĂšre des sociĂ©tĂ©s dont l'unitĂ© est produite par la division du travail ? S'il en Ă©tait ainsi, on pourrait avec raison douter de leur stabilitĂ©. Car si l'in-tĂ©rĂȘt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; il ne peut crĂ©er entre eux qu'un lien extĂ©rieur. Dans le fait de l'Ă©change, les divers agents res-tent en dehors les uns des autres, et l'opĂ©ration terminĂ©e, chacun se retrouve et se reprend tout entier. Ămile DURKHEIM, De la division du travail social, 1893. Coll. Quadrige », PUF, 1996, pp. 180-181.
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explication de texte durkheim de la division du travail social
activitésproductives entre des groupes spécialisés dans des''Explication de texte DURKHEIM de la division du travail social April 27th, 2020 - Corrigé de la dissertation Explication de texte DURKHEIM de la division du travail social Si richement doués que nous soyons il nous manque toujours quelque chos'
Liban âą Mai 2018 explication de texte âą SĂ©rie ES Durkheim â¶ Expliquer le texte suivant Si l'intĂ©rĂȘt rapproche les hommes, ce n'est jamais que pour quelques instants ; il ne peut crĂ©er entre eux qu'un lien extĂ©rieur. Dans le fait de l'Ă©change, les divers agents restent en dehors les uns des autres, et l'opĂ©ration terminĂ©e, chacun se retrouve et reprend tout entier. Les consciences ne sont que superficiellement en contact ; ni elles ne se pĂ©nĂštrent, ni elles n'adhĂšrent fortement les unes aux autres. Si mĂȘme on regarde au fond des choses, on verra que toute harmonie d'intĂ©rĂȘts recĂšle un conflit latent1 ou simplement ajournĂ©2. Car, lĂ oĂč l'intĂ©rĂȘt rĂšgne seul, comme rien ne vient refrĂ©ner les Ă©goĂŻsmes en prĂ©sence, chaque moi se trouve vis-Ă -vis de l'autre sur le pied de guerre et toute trĂȘve Ă cet Ă©ternel antagonisme ne saurait ĂȘtre de longue durĂ©e. L'intĂ©rĂȘt est, en effet, ce qu'il y a de moins constant au monde. Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir Ă vous ; demain la mĂȘme raison fera de moi votre ennemi. Une telle cause ne peut donc donner naissance qu'Ă des rapprochements passagers et Ă des associations d'un jour. Ămile Durkheim, De la division du travail social, 1893. 1. Latent cachĂ©. 2. AjournĂ© reportĂ©. Les clĂ©s du sujet DĂ©gager la problĂ©matique du texte Qu'est-ce qui assure la cohĂ©sion sociale ? A priori, c'est la force de l'intĂ©rĂȘt qui nous pousse Ă vivre en sociĂ©tĂ© par les Ă©changes, chaque individu dĂ©passe les limites de sa propre puissance, si bien que la vie collective lui apparaĂźt profitable. Mais la recherche de l'avantage personnel est aussi ce qui menace en permanence cette sociĂ©tĂ© de dissolution comment, dĂšs lors, penser que sur lui puisse se construire l'unitĂ© de la sociĂ©tĂ© ? C'est ce problĂšme qu'examine Durkheim dans ce texte, en analysant les effets de la logique de l'intĂ©rĂȘt l'intĂ©rĂȘt des individus ne suffit pas Ă crĂ©er de la cohĂ©sion sociale dans la mesure oĂč, seul, il ne produirait qu'une collection prĂ©caire d'individus Ă©goĂŻstes. RepĂ©rer la structure du texte et les procĂ©dĂ©s d'argumentation L'intĂ©rĂȘt ne crĂ©e entre les hommes que des liens superficiels et prĂ©caires Durkheim se demande d'abord de quelle nature sont les liens produits par la logique de l'intĂ©rĂȘt est-il vrai que l'intĂ©rĂȘt crĂ©e entre nous des liens indĂ©fectibles ? La logique de l'intĂ©rĂȘt est une logique conflictuelle Et si ce n'est pas le cas, l'intĂ©rĂȘt ne nous conduit-il pas, du moins, Ă pacifier nos relations ? Durkheim se demande alors si envisager l'autre comme une source Ă©ventuelle de profit produit entre nous la paix. Ăviter les erreurs Pour bien comprendre le texte, vous devez repĂ©rer les distinctions qui soutiennent l'argumentation l'intĂ©rĂȘt rapproche les hommes »/ il ne peut crĂ©er entre eux qu'un lien extĂ©rieur » ; dans le fait de l'Ă©change »/ l'opĂ©ration terminĂ©e » ; les divers agents restent en dehors les uns des autres »/ chacun se retrouve et reprend tout entier » ; superficiellement en contact »/ se pĂ©nĂštrent », adhĂšrent fortement les unes aux autres » ; harmonie d'intĂ©rĂȘts »/ conflit latent » ; chaque moi »/ l'autre » ; guerre »/ trĂȘve » ; aujourd'hui il m'est utile de m'unir Ă vous »/ demain la mĂȘme raison fera de moi votre ennemi ». CorrigĂ© Introduction Qu'est-ce qui garantit la cohĂ©sion sociale ? A priori, c'est la force de l'intĂ©rĂȘt personnel qui nous lie aux autres par les Ă©changes, chaque individu dĂ©passe en effet les limites de sa propre puissance. Pourtant, l'individualisme est aussi ce qui menace en permanence cette sociĂ©tĂ© de dissolution comment, dĂšs lors, penser que sur lui repose la cohĂ©sion sociale ? C'est prĂ©cisĂ©ment ce problĂšme qu'examine Durkheim dans ce texte, en analysant les effets de la logique de l'intĂ©rĂȘt et en la ramenant Ă ses limites l'intĂ©rĂȘt des individus, dit-il, ne suffit pas Ă crĂ©er de la cohĂ©sion sociale dans la mesure oĂč, seul, il ne produirait qu'une collection prĂ©caire d'individus Ă©goĂŻstes. Pour dĂ©montrer cela, Durkheim se demande d'abord de quelle nature sont les liens produits par la logique de l'intĂ©rĂȘt crĂ©e-t-il entre nous des liens si solides qu'on puisse voir en lui ce qui fait tenir une sociĂ©tĂ© ? Dans un second temps, il se demande si l'intĂ©rĂȘt produit de la cohĂ©sion sociale en nous poussant Ă pacifier nos relations. info Rousseau distingue, dans Le Contrat social, une agrĂ©gation » prĂ©caire d'une association », seule sociĂ©tĂ© durable, qui suppose que chacun soit capable de penser l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral. 1. L'intĂ©rĂȘt ne produit que des liens superficiels et prĂ©caires A. L'intĂ©rĂȘt ne peut pas crĂ©er de lien durable Durkheim amorce sa dĂ©monstration en nuançant une affirmation gĂ©nĂ©ralement admise certes, l'intĂ©rĂȘt rapproche les hommes », c'est-Ă -dire les pousse Ă sortir de leur solitude. L'intĂ©rĂȘt, c'est ce qui nous avantage, et ce que nous dĂ©terminons au moyen d'une raison calculatrice pesant les avantages et les inconvĂ©nients d'une chose. De fait, si le choix de la vie sociale est trĂšs majoritaire, c'est que chacun d'entre nous y voit son avantage en la comparant Ă la vie solitaire il est plus facile et moins risquĂ© de satisfaire ses besoins en s'appuyant sur les autres. info Dans La RĂ©publique, Platon dĂ©montre ainsi que c'est le besoin et l'impuissance individuelle qui sont au fondement de la vie sociale puisqu'ils crĂ©ent de l'interdĂ©pendance. Pourtant, s'il nous rapproche », dit Durkheim, l'intĂ©rĂȘt ne suffit pas Ă nous souder. En effet, se rapprocher n'est jamais que se cĂŽtoyer l'intĂ©rĂȘt ne produit entre nous qu'un lien extĂ©rieur ». Pour expliquer ce qu'il entend par lĂ , Durkheim dĂ©crit alors ce qui se passe au cours d'un Ă©change. Si l'on admet que la sociĂ©tĂ© naĂźt de l'intĂ©rĂȘt et du besoin, cela implique que l'Ă©change Ă©conomique est au cĆur du lien social. Un Ă©change est une action rĂ©ciproque par laquelle on cĂšde une chose contre une autre de valeur Ă©quivalente mais de quelle nature est le lien ainsi produit entre nous ? Quand nous achetons une chose, par exemple, nous entrons bien dans un rapport, mais nous sommes, client et vendeur, l'un face Ă l'autre puis nous nous sĂ©parons, et ce rapport provisoire ne nous a pas affectĂ©s chacun se retrouve et se reprend tout entier », dit Durkheim. Autrement dit, contrairement au rapport affectif qui ne nous laisse pas indemnes puisque nous nous modifions au contact de l'autre, le rapport Ă©conomique est un lien provisoire qui ne crĂ©e rien de commun entre nous. B. Liens superficiels et liens profonds Durkheim poursuit alors sa description en opposant les liens extĂ©rieurs et prĂ©caires qui se nouent entre les individus dans l'Ă©change Ă d'autres types de liens. Les rapports produits par l'Ă©change sont extĂ©rieurs Ă nous, et en cela, superficiels moins encore que des liens, ils sont des contacts », autrement dit des rapports brefs et de pure surface. De ces consciences superficiellement en contact » dans l'Ă©change se distinguent des consciences qui se pĂ©nĂštrent » mutuellement â dans le rapport amoureux, par exemple, j'accĂ©derais Ă l'intĂ©rioritĂ© de l'autre â ou qui adhĂšrent fortement les unes aux autres ». Comme la pĂ©nĂ©tration, ce type d'adhĂ©sion implique l'accĂšs Ă des profondeurs, autrement dit Ă une intĂ©rioritĂ©. L'amour, l'amitiĂ©, la solidaritĂ© pourraient ĂȘtre des exemples de ces liens profonds et par consĂ©quent durables créés entre les individus. [Transition] Mais si ces liens fondĂ©s sur l'intĂ©rĂȘt sont superficiels, reste qu'ils peuvent sembler efficaces. Ils nous conduisent Ă voir en l'autre un partenaire l'Ă©change Ă©conomique, en particulier, n'est-il pas porteur de paix ? 2. La logique de l'intĂ©rĂȘt est conflictuelle A. Les rapports d'intĂ©rĂȘt produisent une fausse paix De fait, on pourrait penser que l'intĂ©rĂȘt individuel ne permet pas de nouer des liens profonds mais produit du moins de la cohĂ©sion sociale en nous incitant Ă entretenir des rapports pacifiques avec les autres si nous avons intĂ©rĂȘt Ă Ă©changer avec eux, nous avons intĂ©rĂȘt Ă ne pas les dĂ©truire. L'intĂ©rĂȘt serait facteur de paix sociale, et garantirait la pĂ©rennitĂ© et l'unitĂ© d'une sociĂ©tĂ©. Dans Vers la paix perpĂ©tuelle, Emmanuel Kant Ă©voque ainsi l'intĂ©rĂȘt personnel rĂ©ciproque comme le moyen dont se sert la nature pour pousser des peuples Ă vivre en paix. Pourtant, peut-on identifier une harmonie d'intĂ©rĂȘts » Ă la paix ? Bien sĂ»r, dit Durkheim, mon intĂ©rĂȘt peut rencontrer celui de l'autre dans un Ă©change commercial, le client comme le vendeur doivent chacun trouver leur avantage, si bien qu'un accord se produit entre eux. Mais sous cette harmonie d'intĂ©rĂȘts » se cache en rĂ©alitĂ© un conflit latent ou simplement ajournĂ© ». Autrement dit, cette harmonie n'est qu'apparente ce qu'elle recĂšle », c'est-Ă -dire ce qu'elle cache, c'est le conflit » essentiel entre deux intĂ©rĂȘts qui veulent se satisfaire par ou malgrĂ© l'autre. B. Les rapports d'intĂ©rĂȘt produisent une paix prĂ©caire Durkheim explique alors pourquoi l'intĂ©rĂȘt ne peut jamais produire la paix c'est que si nos rapports sont purement intĂ©ressĂ©s, nous nous trouvons face Ă face comme des ennemis. Envisager l'autre du point de vue de mon seul intĂ©rĂȘt, c'est l'envisager comme un Ă©goĂŻsme placĂ© sur la route de mon propre Ă©goĂŻsme. Ainsi, une harmonie d'intĂ©rĂȘts » ne sera jamais qu'une trĂȘve », et ne pourra pas ĂȘtre la paix. En effet, cette harmonie ne peut ĂȘtre durable pour la simple raison que l'intĂ©rĂȘt est, comme le note Durkheim, ce qu'il y a de moins constant au monde ». De fait, ce qui m'avantage m'apparaĂźt au terme d'un calcul et de comparaisons portant sur des circonstances et des dĂ©sirs toujours fluctuants. C'est pourquoi se rapporter aux autres du point de vue de notre intĂ©rĂȘt, c'est-Ă -dire en se demandant en quoi ils nous sont utiles, c'est Ă©tablir un rapport extrĂȘmement fluctuant Ă eux Aujourd'hui, il m'est utile de m'unir Ă vous ; demain la mĂȘme raison fera de moi votre ennemi ». Conclusion info Pour Durkheim, aux solidaritĂ©s des sociĂ©tĂ©s traditionnelles solidaritĂ© mĂ©canique » se substituent, dans le cadre de sociĂ©tĂ©s modernes individualistes, les solidaritĂ©s organiques » favorisĂ©es par la division du travail. Durkheim dĂ©veloppe la critique de deux affirmations convenues ce n'est pas l'intĂ©rĂȘt qui tisse des liens solides entre les individus d'une sociĂ©tĂ©, et ce n'est pas lui non plus qui dĂ©samorce leurs conflits. Au contraire, l'individu mĂ» par l'intĂ©rĂȘt seul noue des liens superficiels, prĂ©caires, et fondamentalement hostiles avec les autres. L'intĂ©rĂȘt est donc impuissant Ă crĂ©er des liens profonds. Ă partir de lĂ , reste Ă savoir ce qui, dans le cadre d'une sociĂ©tĂ© moderne exaltant les diffĂ©rences et les dĂ©sirs individuels, peut garantir la cohĂ©sion du corps social.
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Texte Citation Auteur Texte intĂ©gral 1 . Archiv fĂŒr systematische Philosophie 2, 1896, pp. 497â499 ; repris in F. Tönnies, Soziologische S ... 1Pour de plus amples informations sur le contenu de ce livre, voir les indications fournies par Gustav Schmoller Schmollerâs Jachbuch, XIII, p. 286 sq., et Paul Barth Vierteljahrsschrift f. wiss. Philosophie, 1895, p. 101 sq..1 2Il y a quelques annĂ©es, Monsieur Durkheim a Ă©crit en faisant rĂ©fĂ©rence Ă mes thĂ©ories Revue Philosophique, XXVII, p. 421 Comme lâauteur, je crois quâil y a deux grandes espĂšces de sociĂ©tĂ©s et les mots dont il se sert pour les dĂ©signer en indiquent assez bien la nature il est regrettable quâils soient intraduisibles. Comme lui jâadmets que la Gemeinschaft est le fait premier et la Gesellschaft la fin dĂ©rivĂ©e. Enfin jâaccepte dans ses lignes gĂ©nĂ©rales lâanalyse et la description quâil nous fait de la Gemeinschaft. » En outre, Durkheim objecte Ă mon concept â pas trĂšs bien compris â de Gesellschaft Est-il dâailleurs vraisemblable que lâĂ©volution dâun mĂȘme ĂȘtre, la sociĂ©tĂ©, commence par ĂȘtre organique pour aboutir ensuite Ă un pur mĂ©canisme ? Il y a entre ces deux maniĂšres dâĂȘtre une telle solution de continuitĂ© quâon ne conçoit pas comment elles pourraient faire partie dâun mĂȘme dĂ©veloppement. » Quelle ne fut donc pas ma surprise de trouver dans ce livre une distinction entre solidaritĂ© » primitive et solidaritĂ© » dĂ©rivĂ©e, la premiĂšre reposant sur la similaritĂ© des modes de penser ou sur des idĂ©es et tendances communes p. 138, lâautre sur les diffĂ©rences entre les individus et par consĂ©quent sur la division du travail ; et il est encore plus surprenant de constater que la premiĂšre est dite mĂ©canique » parce que les individus qui le composent sont censĂ©s se comporter comme des molĂ©cules dans un corps inorganique, et lâautre organique » , en raison de lâindividualisation marquĂ©e des parties, Ă la maniĂšre des organes chez les animaux les plus dĂ©veloppĂ©s p. 140. Barth fait remarquer sur ce point op. cit., p. 105 que la relation que jâĂ©tablis va dans le sens inverse, que je tiens les organisations primitives pour des organismes, et les formes ultĂ©rieures les plus dĂ©veloppĂ©es pour des mĂ©canismes, mais lĂ encore, je ne peux pas entiĂšrement souscrire Ă cette prĂ©sentation. Je faisais rĂ©fĂ©rence aux relations positives quâil Ă©tait possible dâĂ©tablir entre les hommes, et du mĂȘme coup aux relations que les individus entretenaient Ă lâunitĂ© sociale. Mes types sont les suivants lâunitĂ© est perçue et pensĂ©e comme une fin, câest-Ă -dire comme un tout naturel ; ou elle est perçue et pensĂ©e comme un moyen pour des fins particuliĂšres et par consĂ©quent comme quelque chose de construit, comme un instrument. Je comprends ces deux types dâorganisation dans un sens entiĂšrement diffĂ©rent de celui dĂ©veloppĂ© par Durkheim, Barth et tous les autres sociologues de ma connaissance. Je les comprends en premier lieu dâaprĂšs leur esse objectivum pour employer une ancienne formule et je dĂ©cris la progressive rationalisation et externalisation des relations qui dĂ©rivent de cet esse objectivum et qui trouvent leur apogĂ©e dans les concepts de sociĂ©tĂ© universelle ou dâĂtat universel. La position que je dĂ©fends est essentiellement diffĂ©rente de la thĂ©orie qui pense comme organique » le esse formale de la sociĂ©tĂ© ou de la Gesellschaft. Je nâai jamais doutĂ© que les relations rĂ©ciproques existant au sein dâune Ă©conomie dĂ©veloppĂ©e puissent se laisser comparer aux relations rĂ©ciproques qui sâĂ©tablissent dans un organisme. Ma propre conceptualisation nâexclut en aucune façon le fait quâune corporation ou que des individus qui ont quelque pouvoir ou qui sont dâune autre maniĂšre actifs aussi bien dans une grande nation que une communautĂ© villageoise ou urbaine puissent se comporter par rapport Ă la totalitĂ© oĂč ils sâinscrivent comme les organes par rapport Ă lâorganisme oĂč ils se trouvent. Mais je ne trouve pas trĂšs instructive la maniĂšre dont Monsieur Durkheim prĂ©sente les types sociaux et leurs relations. Il procĂšde de maniĂšre scolastique en ce qui concerne la division du travail et en manquant de lâanalyse critique dont il se vante dans ses livres. Du reste, je me suis exprimĂ© Ă diverses reprises sur le cĂŽtĂ© nĂ©gatif de toute cette Ă©volution dont Durkheim ne tient pas compte. Le vĂ©ritable objet de lâouvrage de Durkheim, câest la valeur morale de la division du travail ; il pense que lâopinion publique progresse de plus en plus jusquâau point de considĂ©rer la division du travail comme un devoir moral ; et que la division du travail, relevant dâune morale positive et Ă©tablie, manifeste ainsi sa vĂ©ritable naturelle valeur morale ; lâauteur se dĂ©fend contre le reproche qui pourrait lui ĂȘtre fait, selon lequel la division du travail amoindrit la personnalitĂ©. Toute la sociologie de Durkheim nâest quâune modification de la sociologie de Spencer et je suis dâaccord avec lui sur un certain nombre dâidĂ©es concernant la façon dont il critique Spencer, comme sur plusieurs autres considĂ©rations exposĂ©es dans le livre. Haut de page Notes 1 . Archiv fĂŒr systematische Philosophie 2, 1896, pp. 497â499 ; repris in F. Tönnies, Soziologische Studien und Kritiken, III, op. cit., pp. 215â de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Ferdinand Tönnies, Compte rendu dâĂmile Durkheim, De la division du travail social, Paris, 1893 traduction par Sylvie Mesure », Sociologie [En ligne], N°2, vol. 4 2013, mis en ligne le 25 septembre 2013, consultĂ© le 24 aoĂ»t 2022. URL de page Droits dâauteur © tous droits rĂ©servĂ©sHaut de page
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explication de texte durkheim de la division du travail social
DĂ©veloppementde la division du travail social, gĂ©nĂ©ralitĂ© du phĂ©nomĂšne. D'oĂč le problĂšme: Faut-il nous abandonner au mouvement ou y rĂ©sister, ou question de la valeur morale de la division du travail. Incertitude de la conscience morale sur ce point; solutions contradictoires simultanĂ©ment donnĂ©es. MĂ©thode pour faire cesser cette
Introduction Les faits que nous avons Ă©tudiĂ©s sont tous, quâon nous permette lâexpression, des faits sociaux totaux ou, si lâon veut â mais nous aimons moins le mot â gĂ©nĂ©raux câest-Ă -dire quâils mettent en branle, dans certains cas, la totalitĂ© de la sociĂ©tĂ© et de ses institutions potlatch, clans affrontĂ©s, tribus se visitant, etc. et, dans dâautres cas, seulement un trĂšs grand nombre dâinstitutions⊠» M. Mauss, Sociologie et Anthropologie, IIe partie Essai sur le don. Forme et raison de lâĂ©change dans les sociĂ©tĂ©s archaĂŻques », PUF, coll. Quadrige », 1989, p. 275. Ă part A. Gorz en France, en particulier MĂ©tamorphoses du travail. QuĂȘte du sens, GalilĂ©e, 1988 ; Vincent, Critique du travail, PUF, coll. Pratiques thĂ©oriques », 1987, ou certains auteurs qui se sont intĂ©ressĂ©s Ă©pisodiquement Ă lâhistoire du travail voir par exemple A. Cotta, LâHomme au travail, Fayard, 1987, les auteurs sont surtout allemands et correspondent Ă des disciplines croisĂ©es â philosophie, sociologie, sciences sociales â qui sont regroupĂ©es sous lâappellation sciences de la sociĂ©tĂ© » et qui nâont pas dâĂ©quivalent en France. Jâappelle âidĂ©ologieâ lâensemble des idĂ©es et des valeurs communes dans une sociĂ©tĂ©. Comme il y a dans le monde moderne un ensemble dâidĂ©es et de valeurs qui est commun Ă de nombreuses sociĂ©tĂ©s, pays ou nations, nous parlerons dâune âidĂ©ologie moderneâ en contraste avec lâidĂ©ologie de telle sociĂ©tĂ© traditionnelle », L. Dumont, Homo aequalis I, GenĂšse et Ă©panouissement de lâidĂ©ologie Ă©conomique, Gallimard, 1985, p. 16. L. Dumont emploie ici le terme dâidĂ©ologie dans son sens le plus tardif. Voir note 6 infra. Sciences de la nature et sciences de lâesprit se sont opposĂ©es, quant Ă leur mĂ©thode, Ă leur objet et Ă leur lĂ©gitimitĂ© respectives, Ă plusieurs reprises, en particulier entre 1880 et 1914, puis du milieu des annĂ©es 1950 au milieu des annĂ©es 1960. Il sâagit de savoir quel est le statut des sciences de lâesprit vis-Ă -vis des sciences de la nature. Voir, pour ces controverses, W. Dilthey, Introduction Ă lâĂ©tude des sciences humaines. Essai sur le fondement quâon pourrait donner Ă lâĂ©tude de la sociĂ©tĂ© et de lâhistoire, PUF, 1942 ; M. Weber, Essai sur la thĂ©orie de la science, Plon, 1965, et, pour le xxe siĂšcle et la querelle du positivisme entre Adorno et Popper, puis Habermas et Albert, De Vienne Ă Francfort. La querelle des sciences sociales, Ăditions Complexe, 1979. DĂšs 1892, Frege, dans un article cĂ©lĂšbre, propose que la valeur de vĂ©ritĂ© constitue la rĂ©fĂ©rence des assertions et des Ă©noncĂ©s, qui ont par ailleurs un sens. Les Principia mathematica de Russell et Whitehead marquent le dĂ©but du positivisme logique. La caractĂ©ristique majeure des auteurs qui se situent dans cette lignĂ©e, câest dâĂ©liminer du discours les phrases sans sens, comme celles dont est truffĂ©e la mĂ©taphysique, disent-ils. Comme lâexprime lapidairement A. Ayer dans Truth, Language and Logic 1936 Un Ă©noncĂ© est littĂ©ralement dotĂ© de sens si, et seulement si, il est vĂ©rifiable de maniĂšre analytique ou empirique. » Pour lâhistoire de cette pĂ©riode, voir P. Jacob, De Vienne Ă Cambridge, Gallimard, 1980, et M. Canto-Sperber, La Philosophie morale britannique, PUF, 1994. La notion a considĂ©rablement Ă©voluĂ© depuis les idĂ©ologues », dont Destutt de Tracy 1754-1836, Cabanis ou Volney, pour lesquels lâidĂ©ologie est la thĂ©orie de la constitution des idĂ©es Ă partir des sens, en passant par le moment marxien oĂč lâidĂ©ologie est la reprĂ©sentation â fausse â que la sociĂ©tĂ© se fait dâelle-mĂȘme Si, dans toute idĂ©ologie, les hommes et leur condition apparaissent sens dessus dessous comme dans une camera obscura, ce phĂ©nomĂšne dĂ©coule de leur procĂšs de vie historique, tout comme lâinversion des objets sur la rĂ©tine provient de leur processus de vie directement physique », Marx, LâIdĂ©ologie allemande, in Ćuvres, tome III, Gallimard, coll. La PlĂ©iade », 1982, p. 1056. Voir la Lettre sur lâhumanisme, Ă©crite en 1946 par Heidegger pour se dĂ©marquer de lâexistentialisme français et de lâutilisation qui Ă©tait faite de sa philosophie en France, par Sartre notamment. Heidegger, Lettre sur lâhumanisme, Aubier, 1989. LâĂ©cole de Francfort est le nom donnĂ© Ă ce courant de pensĂ©e qui a rassemblĂ©, de 1923, date de la crĂ©ation dâun Institut de recherches sociales Ă Francfort, Ă la fin des annĂ©es 1970, des auteurs allant dâAdorno et Horheimer Ă Habermas, en passant par Marcuse, Fromm et Benjamin. Ils ont pour caractĂ©ristique commune dâĂȘtre les hĂ©ritiers critiques du marxisme et de revendiquer une approche non pas mĂ©taphysique mais critique des problĂšmes sociaux et politiques. Voir Vincent, La ThĂ©orie critique de lâĂ©cole de Francfort, GalilĂ©e, 1976 ; Assoun, LâĂcole de Francfort, PUF, coll. Que sais-je ? », 1990, pour une bibliographie plus complĂšte. Par exemple les ouvrages de L. Dumont, assez lus dans ce milieu. Ose savoir », câest le grand dĂ©fi que Kant lance Ă lâhomme. Selon Kant, lâhomme est sorti de sa minoritĂ©, de lâobscurantisme, de la croyance aveugle en lâautoritĂ© ; il doit dĂ©sormais se comporter en individu majeur en se conduisant selon sa raison. Voir E. Kant, RĂ©ponse Ă la question Quâest-ce que les LumiĂšres ?, GF-Flammarion, 1992. Chapitre premier. Lâactuel paradoxe des sociĂ©tĂ©s fondĂ©es sur le travail Sur toutes les questions traitant des politiques de lâemploi et de la protection sociale, on pourra consulter pour plus de dĂ©tails Join-Lambert, A. Bolot-Gittler, C. Daniel, D. Lenoir, D. MĂ©da, Politiques sociales, FNSP/Dalloz, 1994. Les catĂ©gories Ă travers lesquelles sont apprĂ©hendĂ©s travail et non-travail nâont pas Ă©tĂ© considĂ©rablement modifiĂ©es depuis la fin du xixe siĂšcle. Voir N. Baverez, R. Salais, B. Reynaud, LâInvention du chĂŽmage, PUF, 1986. 12,6 % de la population active, 3,3 millions de personnes officiellement, 5 millions si lâon compte toutes les personnes Ă la recherche dâun emploi, sorties du marchĂ© du travail, en formation, en contrats trĂšs prĂ©caires. On consultera, pour avoir une idĂ©e des diffĂ©rents auteurs qui dĂ©fendent depuis quelques annĂ©es des positions assez proches sur le travail, les ouvrages et articles suivants A. Supiot, Critique du droit du travail, PUF, 1994 livre remarquable dont il sera frĂ©quemment question ici ; A. Supiot, Le travail, libertĂ© partagĂ©e », in Droit social, octobre 1993 et la rĂ©ponse, D. MĂ©da, Travail et politiques sociales », in Droit social, avril 1994 ; C. Dubar, La Socialisation, PUF, 1991 ; une sĂ©rie dâarticles dans la revue Projet no 236, intitulĂ©e Le Travail Ă sa place et dans la revue Esprit no 204, aoĂ»t-septembre 1994, en particulier ceux consacrĂ©s Ă La France et son chĂŽmage, le partage du travail dans lâimpasse » ; le rapport de lâInstitut du travail intitulĂ© Les Attitudes devant le travail, septembre 1993. Le Centre des jeunes dirigeants est une association de dirigeants dâentreprises qui a souvent pris des positions avancĂ©es en matiĂšre sociale. La citation est extraite dâun texte intitulĂ© Lâillusion du plein emploi », publiĂ© dans le numĂ©ro de janvier 1994 de la revue Futuribles. H. Bartoli, Ă©conomiste et humaniste chrĂ©tien, a Ă©crit en particulier deux ouvrages trĂšs lus Ă lâĂ©poque Science Ă©conomique et travail, Dalloz, 1957, dont est extraite la prĂ©sente citation, p. 49, et La Doctrine Ă©conomique et sociale de Karl Marx, Seuil, 1947. Voir principalement J. Lacroix, Personne et amour, Seuil, 1956, et La notion du travail », in XXIXes JournĂ©es universitaires catholiques, Lyon, 1942 ; R. P. Chenu LâHomo Ćconomicus et le chrĂ©tien », in Ăconomie et humanisme, mai-juin 1945, et La ThĂ©ologie au xiie siĂšcle, Paris, 1957 ; E. Mounier, Le Personnalisme, Seuil, 1949 ; J. Vialatoux, La signification humaine du travail », Bulletin des sociĂ©tĂ©s catholiques de Lyon, juillet-dĂ©cembre 1948, et H. Bartoli, Science Ă©conomique et travail, op. cit., chapitre ii, Le travail catĂ©gorie finalisante ». Voir Ă©galement la lettre encyclique Laborem exercens du souverain pontife Jean-Paul II, 1981, publiĂ©e in Jean-Paul II parle des questions sociales, Livre de Poche, 1994. Par exemple Un ĂȘtre nâest un ĂȘtre authentique, câest-Ă -dire un ĂȘtre libre, que dans la mesure oĂč il fait un effort laborieux. » R. Ruyer, citĂ© par Bartoli. Le travail arrache lâhomme Ă lâextĂ©rioritĂ©, il pĂ©nĂštre dâhumanitĂ© la nature. Jailli de la nĂ©cessitĂ©, il rĂ©alise lâĆuvre de la libertĂ© et affirme notre puissance. [âŠ] Lâacte ontologique du travail ne peut sâeffectuer quâen transcendant les bornes de lâenvironnement animal vers la totalitĂ© du monde humain le travail est lâacte ontologique constituant du monde. [âŠ] Le travail, câest la vĂ©ritĂ© de lâidĂ©alisme et du matĂ©rialisme, câest lâhomme au principe de la matiĂšre et câest la conscience Ă©mergeant du vide vers la plĂ©nitude de la joie », Vuillemin, LâĂtre et le travail, PUF, 1949. A. Supiot, Critique du droit du travail, op. cit., p. 3. Y. Schwarz, ExpĂ©rience et connaissance du travail, Messidor-Ăditions sociales, 1988 ; du mĂȘme auteur, Travail et philosophie, convocations mutuelles, Octares Ăditions, 1992 ; et articles du mĂȘme auteur, dans les nos 10 et 16 de Futur antĂ©rieur, consacrĂ©s au travail ; J. Bidet, auteur en particulier de Que faire du Capital ?, MĂ©ridiens Klincksieck, 1985, et de Marx et le marchĂ© essai sur la modernitĂ©, PUF, 1990, et codirecteur de la revue Actuel Marx. Voir aussi Le travail fait Ă©poque », Politis, no 7, p. 75 ; Vincent, op. cit., et codirecteur de la revue Futur antĂ©rieur, dĂ©jĂ citĂ©e. Politis, no 7, op. cit., p. 75. Science Ă©conomique et travail, op. cit., p. 51 et 52. Le TraitĂ© de sociologie du travail, de G. Friedmann et P. Naville, A. Colin, 1972, qui a formĂ© des gĂ©nĂ©rations de sociologues, commence ainsi Le travail est le trait spĂ©cifique de lâespĂšce humaine. Lâhomme est un animal social essentiellement occupĂ© de travail. Le travail est le commun dĂ©nominateur et la condition de toute vie humaine en sociĂ©tĂ©. » Les auteurs se rĂ©fĂšrent Ă Bergson pour indiquer que le travail humain consiste Ă crĂ©er de lâutilitĂ© et Ă Mayo, pour qui lâhomme, animal social et essentiellement occupĂ© par le travail, ne peut sâexprimer et sâĂ©panouir que dans la collectivitĂ© oĂč il exerce son activitĂ© professionnelle ». Le titre de lâouvrage de Sainsaulieu est Ă©galement significatif dans LâIdentitĂ© au travail, FNSP, 1977, il Ă©crit Sâil y a des identitĂ©s collectives, câest que les individus ont en commun une mĂȘme logique dâacteur dans les positions sociales quâils occupent. » Voir en particulier p. 318 Ă 341. Nos sociĂ©tĂ©s ont instaurĂ© de nouvelles formes de sociabilitĂ© en inventant des solutions techniques Ă leurs problĂšmes dâorganisation. [âŠ] DĂšs le dĂ©but des annĂ©es soixante, lâorganisation Ă©tait ainsi clairement dĂ©signĂ©e comme lieu dâimplication trĂšs forte des individus dans un milieu humain complexe. La scĂšne des rapports de travail habituellement envisagĂ©e sous le double angle des rapports fonctionnels de production et des rapports collectifs de lutte sociale acquĂ©rait ainsi une troisiĂšme dimension celle des Ă©changes humains quotidiens de production, oĂč le fonctionnel, lâinterpersonnel et le collectif pouvaient, en se mĂȘlant, contribuer Ă donner une nouvelle signification au monde du travail », ibid. C. Dejours, Entre souffrance et rĂ©appropriation, le sens du travail », Politis, no 7, p. 23. On lira aussi du mĂȘme auteur, Travail usure mentale. De la psychopathologie Ă la psychodynamique du travail, Bayard, 1993. H. Bartoli, Science Ă©conomique et travail, op. cit., p. 53 et 54. Ibid., p. 55. Le travail humain porte en lui la double exigence dâun Ă©panouissement de la personne et de la communautĂ© et dâune spiritualisation de la nature, mais il est lâoccasion dâaliĂ©nations sans cesse renaissantes. [âŠ] Lâappropriation privĂ©e des moyens de production et la prĂ©sence dâhommes sans aucun avoir, la sĂ©paration du capital et du travail rendue inĂ©luctable par la nĂ©cessitĂ© de la possession de gros capitaux pour le lancement dâune grosse affaire en temps de rĂ©volution industrielle, entraĂźnent la double apparition dâune classe vendeuse et dâune classe acheteuse de travail. Le travail est ainsi ravalĂ© au rang dâune marchandise objet de trafic », Ă©crit Bartoli dans le mĂȘme chapitre. Habermas, Le Discours philosophique de la modernitĂ©, Gallimard, 1988, p. 97. C. Offe, Le travail comme catĂ©gorie de la sociologie », Les Temps modernes, 1985, no 466, p. 2058 Ă 2095. Voir aussi, du mĂȘme auteur, plusieurs articles dans le cahier spĂ©cial no 24 de la Kölner Zeitschrift fĂŒr Soziologie und Sozialpsychologie, 1982, et un ouvrage codirigĂ© par C. Offe, Arbeitszeitpolitik, Formen und Folgen einer Neuverteilung der Arbeitszeit, Campus, 1982. R. Dahrendorf, Im Entschwinden der Arbeitsgesellschaft », Merkur, no 8, 1980. B. Guggenberger, Wenn uns die Arbeit ausgeht [Quand le travail vient Ă manquer], Hanser, 1988. Chapitre II. Des sociĂ©tĂ©s sans travail ? P. Descola, citĂ© par Chamoux, SociĂ©tĂ©s avec et sans concept de travail remarques anthropologiques », in Actes du colloque interdisciplinaire Travail recherche et prospective », Pirrtem-CNRS, Lyon, dĂ©cembre 1992, Groupe transversal concept de travail », p. 21, document ronĂ©otĂ©. PubliĂ© depuis dans la revue Sociologie du travail, hors-sĂ©rie, 1994. M. Sahlins, Ăge de pierre, Ăąge dâabondance, Gallimard, 1976, et Au cĆur des sociĂ©tĂ©s raison utilitaire et raison culturelle, Gallimard, 1991. On lira Ă©galement de P. Clastres, La SociĂ©tĂ© contre lâĂtat, Ăd. de Minuit, 1986, en particulier le chapitre xi. B. Malinowski, Les Argonautes du Pacifique occidental, Gallimard, coll. Tel », 1989, p. 177. Ibid., p. 118. Ibid. M. Sahlins, LâĂconomie tribale », in M. Godelier, Un domaine contestĂ©, lâanthropologie Ă©conomique, recueil de textes, Mouton, 1974, p. 245. Les hommes rivalisent entre eux Ă qui ira le plus vite, Ă qui fera la meilleure besogne, soulĂšvera le plus de fardeaux pour amener au jardin de gros piquets ou transporter des ignames rĂ©coltĂ©es. [âŠ] En pratique donc, le jardinier ne tire aucun bĂ©nĂ©fice personnel, au sens utilitaire, de sa rĂ©colte, mais la qualitĂ© et la quantitĂ© de sa production lui valent des Ă©loges et une rĂ©putation qui lui sont dĂ©cernĂ©s dâune maniĂšre directe et solennelle. [âŠ] Chacun dans sa propre parcelle expose le fruit de son travail Ă lâĆil critique des groupes qui dĂ©filent devant les jardins, admirant, comparant et vantant les meilleurs rĂ©sultats », in B. Malinowski, op. cit., p. 118. Ibid., p. 119. Aristote, MĂ©taphysique, A, 2, 982b, Vrin, 1986. Quelques lignes plus haut, Aristote Ă©crit Ainsi donc, si ce fut bien pour Ă©chapper Ă lâignorance que les premiers philosophes se livrĂšrent Ă la philosophie, câest quâĂ©videmment ils poursuivaient le savoir en vue de la seule connaissance, et non pour une fin utilitaire. [âŠ] De mĂȘme que nous appelons libre celui qui est Ă lui-mĂȘme sa fin et nâexiste pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit une discipline libĂ©rale, puisque seule elle est Ă elle-mĂȘme sa propre fin. » En particulier dans la RĂ©publique, livres III, IV, V. Aristote, La Politique, livre I, chapitres iii, iv, v, vi, Vrin, 1982. Ibid., livre VIII, chapitre ii. Ibid., livre III, chapitre v. Platon, Protagoras, 320c-322d, GF-Flammarion, 1967. Ibid. La vie de loisir a en elle-mĂȘme le plaisir et le bonheur de la vie bienheureuse. Mais cela nâappartient pas Ă ceux qui ont une vie laborieuse, mais Ă ceux qui ont une vie de loisir, car lâhomme laborieux accomplit son labeur en vue de quelque fin quâil ne possĂšde pas, mais le bonheur est une fin qui ne sâaccompagne pas de peine, mais de plaisir », Aristote, La Politique, op. cit., livre VIII, chapitre iii. Ainsi ArchimĂšde sâest-il servi de certaines de ses inventions pour dĂ©fendre sa patrie et non pas pour produire avec un effort moindre. Voir Schuhl, Machinisme et philosophie, PUF, 1947. Sur toute cette pĂ©riode, on pourra consulter les nombreux ouvrages de P. Vidal-Naquet et Vernant, en particulier Travail et esclavage en GrĂšce ancienne, Ăditions Complexe, 1988 ; Mythe et PensĂ©e chez les Grecs, Maspero-La DĂ©couverte, 1985 ; Mythe et sociĂ©tĂ© en GrĂšce ancienne, Maspero-La DĂ©couverte, 1974 ; voir aussi Hannah Arendt, Condition de lâhomme moderne, Calmann-LĂ©vy, coll. Agora », 1988. Voir Ă©galement les nombreux ouvrages de M. I. Finley, dont Ăconomie et sociĂ©tĂ© en GrĂšce ancienne, La DĂ©couverte, 1984, et Le Monde dâUlysse, Seuil, coll. Points », 1990. On pourra complĂ©ter par H. Wallon, Histoire de lâesclavage dans lâAntiquitĂ©, R. Laffont, coll. Bouquins », 1988, et Rostovtseff, Histoire Ă©conomique et sociale du monde hellĂ©nistique, Robert Laffont, coll. Bouquins », 1989. Voir Ă©galement les articles du Journal de psychologie normale et pathologique, annĂ©es 1947, 1948 et 1955, en particulier lâarticle dâA. Aymard, LâidĂ©e de travail dans la GrĂšce archaĂŻque », 1948. CicĂ©ron, De Officiis. Voir la discussion qui suit lâarticle dâA. Aymard citĂ© in Journal de psychologie normale et pathologique, op. cit., 1948. Sur toute cette partie, voir J. Le Goff, Pour un autre Moyen Ăge. Temps, travail et culture en Occident, Gallimard, coll. Tel », 1991. GenĂšse, iii, 19, traduction L. Segond, SociĂ©tĂ© biblique française. Ibid., ii, 2. Saint Paul, IIe ĂpĂźtre aux Thessaloniciens, 3, 10. Ibid., iii, 11-12. Saint Augustin Ă©crit ainsi dans les Confessions Mais tout cela Ă©tait presque le nĂ©ant, Ă©tant encore complĂštement informe, et pourtant cela Ă©tait apte Ă recevoir une forme [âŠ] Quant Ă cette terre mĂȘme, votre Ćuvre, elle nâĂ©tait quâune matiĂšre informe, Ă©tant invisible, chaotique et les tĂ©nĂšbres rĂ©gnant sur lâabĂźme. Câest de cette terre invisible, chaotique, de cette masse informe, de ce presque nĂ©ant, que vous deviez former tout ce par quoi subsiste et ne subsiste pas ce monde muable », livre 12, chapitre viii. Nous vous exhortons, frĂšres, [âŠ] Ă mettre votre honneur Ă vivre tranquilles, Ă vous occuper de vos propres affaires, et Ă travailler de vos mains, comme nous vous lâavons recommandĂ©, en sorte que vous vous conduisiez honnĂȘtement envers ceux du dehors, et que vous nâayez besoin de personne », IIe Thess., op. cit., iv, 11-12. Voir E. Delaruelle, Le travail dans les rĂšgles monastiques occidentales du ive au ixe siĂšcle », Journal de psychologieâŠ, op. cit., 1948. Les citations de saint Augustin sont extraites de la lettre CCXL, appelĂ©e RĂšgle de saint Augustin et du De opere monachorum, que nous nâavons pas directement consultĂ©s. RĂšgle de saint BenoĂźt, chapitre xlviii, in Journal de psychologie, op. cit. Un des ouvrages essentiels pour mieux comprendre le rĂŽle de la notion dâĆuvres dans les religions catholique et protestante est Ă©videmment LâĂthique protestante et lâesprit du capitalisme de Weber, Presses-Pocket, coll. Agora », 1990. Sur le rapport au temps qui va sâinverser, voir le texte de Benjamin Franklin citĂ© par Weber p. 44, et sur les Ćuvres tout le chapitre ii Le Dieu du calvinisme rĂ©clamait non pas des bonnes Ćuvres isolĂ©es, mais une vie tout entiĂšre de bonnes Ćuvres Ă©rigĂ©es en systĂšme », p. 134. J. Le Goff, op. cit. Voir MĂ©tiers licites et mĂ©tiers illicites dans lâOccident mĂ©diĂ©val », in Pour un autre Moyen Ăge, op. cit., p. 92. Ibid., p. 96. Cf. G. Duby, Les Trois Ordres ou lâimaginaire du fĂ©odalisme, Gallimard, 1978. Saint Thomas, Somme thĂ©ologique, question 77. MalgrĂ© tout, le travail ne fait pas lâobjet dâune valorisation. Voir lâinterprĂ©tation que donne Weber de saint Thomas dans LâĂthique protestanteâŠ, op. cit., p. 192 Pour lui, ce nâest que naturali ratione que le travail est nĂ©cessaire Ă la subsistance de lâindividu et de la communauté⊠[La prescription] est valable pour lâespĂšce, non pour lâindividu. » Surtout, lâidĂ©e de dĂ©velopper ses capacitĂ©s, par exemple intellectuelles, pour les vendre, demeure inconcevable. Il nâen reste pas moins que le principe Deo placere vix potest est considĂ©rĂ© comme ayant force de loi, de mĂȘme que les paroles de saint Thomas qualifiant de turpitudo la recherche du profit. F. Brunot, Histoire de la langue française, tome VI, Ire partie, fascicule I, p. 1349. L. Febvre, Travail Ă©volution dâun mot et dâune idĂ©e », in Journal de psychologieâŠ, op. cit., 1948, p. 19-28. Ibid. Pour toute cette partie, voir Ă©galement I. Meyerson, Le travail, fonction psychologique », in Journal de psychologieâŠ, op. cit., 1955, p. 3-17. Chapitre III. Acte I Lâinvention du travail A. Smith, Recherches sur les causes de la richesse des nations, GF-Flammarion, 1991. B. Mandeville, La Fable des Abeilles, ou les vices privĂ©s font le bien public, publiĂ© en 1714, Vrin, 1974. B. Franklin, Advice to a Young Tradesman, citĂ© in Weber, LâĂthique protestante et lâesprit du capitalisme, Presses-Pocket, coll. Agora », 1990, p. 46. Cf. C. LarrĂšre, LâInvention de lâĂ©conomie au xviiie siĂšcle, PUF, 1992. Voir p. 36 et suivantes. Th. Malthus, Principes dâĂ©conomie politique considĂ©rĂ©s sous le rapport de leur application pratique, Calmann-LĂ©vy, coll. Perspectives Ă©conomiques », 1969. Say, TraitĂ© dâĂ©conomie politique, Calmann-LĂ©vy, coll. Perspectives Ă©conomiques », 1972. Le terme physiocrates » dĂ©signe un ensemble dâauteurs essentiellement français, dont Quesnay 1694-1774, Le Mercier de la RiviĂšre 1721-1793, Turgot 1727-1781, Dupont de Nemours 1739-1817. Ils considĂšrent que seule la terre est productive, que seule la nature physis est capable de crĂ©er de la valeur, du surplus. Lâindustrie et le commerce sont, quant Ă eux, non productifs. Pour une analyse de leurs idĂ©es, voir C. LarrĂšre, LâInvention de lâĂ©conomie au xviiie siĂšcle, op. cit. La manufacture dâĂ©pingles est prise comme lâexemple type du lieu oĂč sâexerce Ă plein la division du travail. Un ouvrier, quelque adroit quâil fĂ»t », pourrait peut-ĂȘtre Ă peine faire une Ă©pingle toute sa journĂ©e sâil Ă©tait seul alors quâĂ dix, et si chacun ne sâoccupe que dâune opĂ©ration particuliĂšre, chacun parvient Ă en faire quatre mille huit cents. Cf. RecherchesâŠ, op. cit., p. 72. Ibid., op. cit., p. 100. Ibid., p. 102. Ibid., p. 75. Ibid., p. 73. ⊠qui ne se fixe ou ne se rĂ©alise sur aucun objet, sur aucune chose quâon puisse vendre ensuite [âŠ] ses services pĂ©rissant Ă lâinstant mĂȘme oĂč il les rend », ibid., p. 418. PrincipesâŠ, op. cit., p. 5. Il est Ă©vident que nous ne pouvons aborder, sous le point de vue pratique, aucune discussion sur lâaccroissement relatif de la richesse chez les diffĂ©rentes nations si nous nâavons un moyen quelconque, quelque imparfait quâil soit, dâĂ©valuer la somme de cet accroissement », ibid. Ibid., p. 13 ; câest nous qui soulignons. Ibid., p. 14. Locke, TraitĂ© du gouvernement civil, chapitre v, De la propriĂ©tĂ© des choses », § 27, GF-Flammarion, 1992, p. 163. Le TraitĂ© du Gouvernement civil a Ă©tĂ© publiĂ© en 1690. Tout ce quâil a tirĂ© de lâĂ©tat de nature, par sa peine et son industrie, appartient Ă lui seul », ibid. La plus sacrĂ©e et la plus inviolable de toutes les propriĂ©tĂ©s est celle de son propre travail, Ă©crit Smith, parce quâelle est la source originaire de toutes les autres propriĂ©tĂ©s. Le patrimoine du pauvre est dans sa force et dans lâadresse de ses mains », RecherchesâŠ, op. cit., p. 198. Dans cet Ă©tat primitif qui prĂ©cĂšde lâappropriation des terres et lâaccumulation des capitaux, le produit entier du travail appartient Ă lâouvrier. Il nây a ni propriĂ©taire ni maĂźtre avec qui il doive partager [âŠ] Mais cet Ă©tat primitif, dans lequel lâouvrier jouissait de tout le produit de son propre travail, ne put pas durer au-delĂ de lâĂ©poque oĂč furent introduites lâappropriation des terres et lâaccumulation des capitaux », ibid., p. 135-136. Et qui apparaissait dâailleurs comme tel Ă un auteur comme Polanyi ; voir La Grande Transformation, Gallimard, 1983. Labor est le terme technique qui dĂ©signe les ĂȘtres humains du moment quâils ne sont pas employeurs mais employĂ©s », p. 111, et Weber, Histoire Ă©conomique, esquisse dâune histoire universelle de lâĂ©conomie et de la sociĂ©tĂ©, Gallimard, 1991, en particulier le chapitre ix, La naissance du capitalisme moderne », § 1 concepts et prĂ©supposĂ©s du capitalisme. Pour distinguer les diffĂ©rentes formes dâutilisation de la main-dâĆuvre en vigueur de la fin du Moyen Ăge Ă la RĂ©volution industrielle, voir Weber, Histoire Ă©conomiqueâŠ, op. cit., en particulier le chapitre ii. Voir ce que Camerlynck dit de Pothier dans Le Contrat de travail, Dalloz, 1982, et cette affirmation de Polanyi dans La Grande Transformation, op. cit., p. 242 Dans lâavĂšnement du marchĂ© du travail, le droit coutumier a jouĂ© en gros un rĂŽle positif. Ce sont les juristes, non les Ă©conomistes, qui ont Ă©tĂ© les premiers Ă Ă©noncer avec force la thĂ©orie du travail marchandise. » Le TraitĂ© du contrat de louage date de 1764. Voir Camerlynck, Le Contrat de travail, op. cit., chapitre i, p. 3 Le contrat de louage de services chez Pothier ». La loi Le Chapelier, qui date, elle, du 14 juin 1791, interdit toute coalition en sâinspirant ainsi trĂšs fortement de la condamnation que Rousseau avait portĂ©e contre les associations dans le Contrat social livre II, chapitre iii, 1762. Le rapporteur de la loi Le Chapelier indique Il faut remonter au principe que câest aux conventions libres dâindividu Ă individu de fixer la journĂ©e de travail pour chaque ouvrier, Ă lâouvrier de maintenir la convention qui a Ă©tĂ© faite avec celui qui lâoccupe. Quant au salaire, seules les conventions libres et individuelles peuvent le fixer. » Les conventions lĂ©galement formĂ©es tiennent lieu de loi Ă ceux qui les ont faites », Code civil, article 1134. Câest par la convention qui se fait habituellement entre ces deux personnes, dont lâintĂ©rĂȘt nâest nullement le mĂȘme, que se dĂ©termine le taux commun des salaires. Les ouvriers dĂ©sirent gagner le plus possible ; les maĂźtres, donner le moins quâils peuvent ; les premiers sont disposĂ©s Ă se concerter pour Ă©lever les salaires, les seconds pour les abaisser. Il nâest pas difficile de prĂ©voir lequel des deux partis, dans toutes les circonstances ordinaires, doit avoir lâavantage dans le dĂ©bat et imposer forcĂ©ment Ă lâautre toutes ses conditions ; les maĂźtres, Ă©tant en plus grand nombre, peuvent se concerter plus aisĂ©ment ; et de plus, la loi les autorise Ă se concerter entre eux, ou du moins ne leur interdit pas, tandis quâelle lâinterdit aux ouvriers⊠», RecherchesâŠ, op. cit., p. 137. Weber est dâailleurs extrĂȘmement prudent il ne prĂ©tend pas dĂ©duire » un phĂ©nomĂšne historique dâune transformation des reprĂ©sentations. Voir LâĂthique protestanteâŠ, op. cit., p. 103-104. Weber sâattarde sur la notion de Beruf, qui signifie en allemand Ă la fois mĂ©tier, tĂąche et vocation et qui a pris ce sens avec Luther. Le fait que le travail a Ă©tĂ© soudainement perçu comme une vocation, un devoir imposĂ© par Dieu, nâest pas un produit de la nature. Il ne peut ĂȘtre suscitĂ© uniquement par de hauts ou de bas salaires. Câest le rĂ©sultat dâun long, dâun persĂ©vĂ©rant processus dâĂ©ducation. » Weber tente de retrouver les grandes Ă©tapes qui ont conduit de la condamnation de lâici-bas Ă sa valorisation. Voir en particulier p. 95 et suivantes et p. 123 et suivantes de lâĂthique protestante⊠Câest cette condamnation qui explique en particulier les hĂ©sitations de Malthus au dĂ©but de ses Principes dâĂ©conomie politique tous les moralistes, dit-il, nous ont bien enseignĂ© quâil fallait prĂ©fĂ©rer la vertu Ă la richesse. Si la vertu constitue la richesse, pourquoi la fuir, etc. ? Cf. p. 11 et suivantes. A. Hirschman, Les Passions et les intĂ©rĂȘts, PUF, coll. Sociologies », 1980, p. 15. Montesquieu, LâEsprit des lois, introduction. L. Dumont, Homo aequalis, op. cit. Voir MĂ©ditations mĂ©taphysiques, GF-Flammarion, 1979, et Les Principes de la philosophie, Vrin, 1970. Voir en particulier les PensĂ©es, et, dans celles-ci, Ire partie Lâhomme sans Dieu », chapitre i La place de lâhomme dans la nature les deux infinis » et chapitre ii MisĂšre de lâhomme », Le Livre de poche, 1962. Descartes, Discours de la mĂ©thode. F. Bacon, Du progrĂšs et de la promotion des savoirs, Gallimard, coll. Tel », 1991 ; La Nouvelle Atlantide, GF-Flammarion, Ă paraĂźtre. Voir sur ce point les commentaires de H. Achterhuis dans La responsabilitĂ© entre la crainte et lâutopie », in Hans Jonas, Nature et responsabilitĂ©, Vrin, 1993. Cet auteur interprĂšte la transmutation de la peur en enthousiasme Ă cette Ă©poque par la croyance subite dans les vertus du progrĂšs et de la production La situation de raretĂ© toujours menaçante oĂč chacun se bat pour possĂ©der les quelques biens disponibles pourrait ĂȘtre rĂ©solue par la production de plus de biens », op. cit., p. 43. Saint Paul, ĂpĂźtre aux Romains, xiii, 1, 2, 5. Hobbes Ă©crit ses Ćuvres politiques entre 1640 et 1670. Voir Le Citoyen ou les fondements de la politique, GF-Flammarion, 1982, et le LĂ©viathan, Sirey, 1971. Il faut Ă©galement prendre en compte les travaux de lâĂ©cole moderne du droit naturel, machine de guerre contre la conception classique du droit naturel. Grotius, Pufendorf, Burlamaqui en sont les principaux reprĂ©sentants. On trouvera une analyse de ces pensĂ©es dans R. DerathĂ©, Rousseau et la science politique de son temps, Vrin, 1988. Les reprĂ©sentants de lâĂ©cole moderne du droit naturel imaginent comme Hobbes une gĂ©nĂ©alogie qui leur permet de distinguer un avant et un aprĂšs, mais ils se donnent », Ă la diffĂ©rence de Hobbes, la sociabilitĂ©. Grotius et Pufendorf, en particulier, dĂ©duisent lâĂ©tat civil de la sociabilitĂ© naturelle aux hommes. Ce avec quoi Hobbes, et plus tard Rousseau, rompent. Cf. C. LarrĂšre, LâInvention de lâĂ©conomieâŠ, op. cit. Câest lâinterprĂ©tation quâen donne en particulier Hegel, voir infra chapitre ix. Il sâagit dâune autre maniĂšre de prĂ©senter le principe de raison, grĂące Ă sa raison, lâindividu trouve en lui-mĂȘme le principe qui lui donne son unitĂ©, qui peut guider ses actions et les expliquer. Les thĂ©oriciens du contrat sont lĂ©gion Grotius, Pufendorf, Burlamaqui, Hobbes, Locke, Rousseau sont les plus connus. Les thĂ©ories du contrat admettent de nombreuses variantes. Voir R. DerathĂ©, Rousseau et la science politique de son temps, op. cit., et Rousseau, Contrat social, op. cit., I, vi. A. Smith, RecherchesâŠ, op. cit., p. 82. Cf. MĂ©taphysique λ, 7, 1072a 25-30 et 1072b 10-15, Vrin, 1986, p. 680. A. Smith, RecherchesâŠ, op. cit., p. 79. P. Rosanvallon, Le LibĂ©ralisme Ă©conomique. Histoire de lâidĂ©e de marchĂ©, Seuil, coll. Points », 1989, et L. Dumont, Homo aequalis, op. cit., et Essais sur lâindividualisme, Seuil, 1991. P. Rosanvallon, Le LibĂ©ralisme Ă©conomique, op. cit., p. II-III La naissance du libĂ©ralisme Ă©conomique [âŠ] doit dâabord ĂȘtre comprise comme une rĂ©ponse aux problĂšmes non rĂ©solus par les thĂ©oriciens politiques du contrat social [âŠ] Câest le marchĂ© Ă©conomique et non pas le contrat politique qui est le vrai rĂ©gulateur de la sociĂ©tĂ©. » Rosanvallon explique ainsi que la rĂ©gulation Ă©conomique, caractĂ©risĂ©e par lâautomaticitĂ© des relations, succĂšde aux explications plus politiques, qui auraient Ă©chouĂ©. Nous ne partageons pas cette thĂšse. Il nous semble au contraire que les deux solutions vont continuer de se dĂ©velopper ensemble, ou du moins quâil existe deux solutions parfaitement envisageables du mĂȘme problĂšme, et qui prĂ©sentent des caractĂ©ristiques diffĂ©rentes. Câest parce quâil ne fait pas cette diffĂ©rence que Rosanvallon se prive de mettre en Ă©vidence la considĂ©rable originalitĂ© de la pensĂ©e allemande du xixe siĂšcle, en particulier celle de Hegel. Nous y reviendrons. ComitĂ© de mendicitĂ© de la Constituante, 1790, Premier rapport. Voir aussi Barthe, PauvretĂ©s et Ătat-providence », Revue française des affaires sociales, no 3, juillet 1991. Chapitre IV. Acte II Le travail, essence de lâhomme EncyclopĂ©die, article Travail », tome XVI, col. 567b, 1765. Sur ce bouleversement conceptuel, et en particulier sur le brutal changement de signification que subit le terme de travail dans les quinze premiĂšres annĂ©es du xixe siĂšcle, on pourra consulter I. Meyerson, Le travail, fonction psychologique », art. cit., p. 7 ; Câest au cours du xixe siĂšcle â siĂšcle dâune vie industrielle et sociale dense â que lâimage psychologique du travail tel que nous le connaissons va se dessiner et se prĂ©ciser. » LâidĂ©alisme allemand nâest pas une Ă©cole au sens propre, câest un moment de lâhistoire philosophique allemande, qui commence avec Kant et se termine avec les successeurs de Hegel. On parle Ă propos de la philosophie kantienne dâidĂ©alisme transcendantal, car Kant dĂ©montre que notre connaissance des objets ne consiste pas en une rĂ©ception passive mais en une construction dont nous sommes partie prenante Ă travers les formes a priori de la sensibilitĂ© et de lâentendement. Voir article Kant », in Gradus philosophique, L. Jaffro, M. Labrune Ă©d., GF-Flammarion, 1994. De lâAbsolu, il faut dire quâil est essentiellement rĂ©sultat, câest-Ă -dire quâil est Ă la fin seulement ce quâil est en vĂ©ritĂ©. [âŠ] LâEsprit nâest jamais en repos, mais il est toujours emportĂ© dans un mouvement continuellement progressif. [âŠ] La substance est essentiellement sujet, câest ce qui est exprimĂ© dans la reprĂ©sentation qui annonce lâAbsolu comme Esprit seul le spirituel est effectif », Hegel, PhĂ©nomĂ©nologie de lâesprit, traduction J. Hyppolite, Aubier, 1941, p. 18-19. Ibid., p. 12. Il y a dans les philosophies de Fichte, Schelling et Hegel une vĂ©ritable volontĂ© de rĂ©duire au sens de faire disparaĂźtre » la nature, pour que rien ne rĂ©siste Ă la formidable puissance de lâEsprit, esprit de Dieu et esprit humain. Câest au mĂȘme moment que Goethe parle de lâesprit qui toujours nie ». On pourra voir en particulier la Philosophie de la nature de Schelling. LâidĂ©e fondamentale est bien quâil est incomprĂ©hensible que quelque chose », appelĂ© la nature, puisse ĂȘtre, avoir Ă©tĂ© et continuer Ă ĂȘtre diffĂ©rent de et dĂ©finitivement Ă©tranger Ă Dieu, qui est Esprit. Hegel, La Philosophie de lâesprit, 1805, PUF, 1982. Ibid., p. 32 Travail, instrument, ruse », et p. 53. Sur la premiĂšre pĂ©riode de Hegel, voir P. Chamley, La doctrine Ă©conomique de Hegel et la conception hĂ©gĂ©lienne du travail », in Hegel-Studien, 1965, et, du mĂȘme auteur, Ăconomie politique et philosophie chez Steuart et Hegel, Dalloz, 1963. De Hegel, voir PhĂ©nomĂ©nologieâŠ, op. cit. ; PrĂ©cis de lâEncyclopĂ©die des sciences philosophiques, Vrin, 1970 ; Principes de la philosophie du droit, Vrin, 1982. Voir aussi J. Hyppolite, Introduction Ă la philosophie de lâhistoire de Hegel, Seuil, coll. Points », 1983 ; K. Papaioannou, Hegel, Presses-Pocket, coll. Agora », 1987 ; E. Weil, Hegel et lâĂtat, Vrin, 1974. Principes de la philosophieâŠ, op. cit., § 198, p. 224. Ibid., § 245, traduction J. Hyppolite, in IntroductionâŠ, op. cit., p. 121. Principes de la philosophieâŠ, op. cit., § 198 De plus, lâabstraction de la façon de produire rend le travail de plus en plus mĂ©canique et offre aussi finalement Ă lâhomme la possibilitĂ© de sâen Ă©loigner et de se faire remplacer par la machine », p. 224. Câest ce que montre la structure mĂȘme de lâEncyclopĂ©die des sciences philosophiques, manuel qui comprend lâensemble du systĂšme philosophique de Hegel et qui se prĂ©sente en trois parties la logique, la philosophie de la nature et la philosophie de lâesprit. Cette derniĂšre prĂ©sente elle-mĂȘme trois moments lâesprit subjectif, lâesprit objectif, lâesprit absolu. Le travail abstrait et industriel appartient au moment de lâesprit objectif lâEsprit sâest incarnĂ© dans des formes particuliĂšres et prend la forme de la moralitĂ© sociale, dâabord dans la famille, puis dans la sociĂ©tĂ© civile, et enfin dans lâĂtat. Mais dans son moment le plus pur et le plus haut, lorsquâil est esprit absolu, lâEsprit sâexprime par lâart, la religion et la philosophie. Marx, Ăbauche dâune critique de lâĂ©conomie politique, Communisme et propriĂ©tĂ© », in Ćuvres, Ăconomie, Gallimard, coll. La PlĂ©iade », tome II, 1979, p. 89. Ce communisme est un naturalisme achevĂ©, et comme tel un humanisme ; en tant quâhumanisme achevĂ©, il est un naturalisme. Il est la vraie solution du conflit de lâhomme avec la nature, de lâhomme avec lâhomme », op. cit., p. 79. Voir toute la page 61 de ĂbaucheâŠ, op. cit., sur le travail aliĂ©nĂ© et les fonctions animales. Ibid., p. 62. Ibid., p. 126. Câest exactement ici que sâopĂšre le retournement majeur Marx se saisit du concept hĂ©gĂ©lien de travail, au sens de travail de lâEsprit, mais lâapplique Ă lâhomme Le seul travail que Hegel connaisse et reconnaisse, câest le travail abstrait de lâEsprit », ibid., p. 126. Marx sâempare de ce concept de travail et fait de lâhomme, de chaque homme, son sujet. Marx, Notes de lecture », in Ăconomie et philosophie, Ćuvres, Ăconomie, tome II, op. cit., p. 22. Il y aurait lĂ , si P. Chamley a raison, une sorte de rĂ©gression de Marx vis-Ă -vis de lâavancĂ©e conceptuelle de Hegel. Il semble bien en effet que Hegel, qui a lu trĂšs tĂŽt Locke, reprenne de celui-ci une conception Ă©nergĂ©tique et dynamique du travail lâhomme met quelque chose de lui-mĂȘme dans lâobjet, ce qui est au fondement des hĂ©sitations de Smith et du choix de Ricardo pour la valeur-travail. Mais Hegel abandonnera, dâaprĂšs P. Chamley, cette conception, et passera rapidement Ă cette autre idĂ©e fondamentale selon laquelle ce qui importe dans le travail nâest pas ce que lâhomme met de lui-mĂȘme dans lâobjet, mais le fait que lâhomme travaille pour obtenir de la reconnaissance, Ă travers lâĂ©change. Notes de lecture », in Ăconomie et philosophie, op. cit., § 17, Le travail lucratif », p. 27. Ăbauche dâune critiqueâŠ, op. cit., p. 63-64. Travail forcĂ©, il nâest pas la satisfaction dâun besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. [âŠ] On en vient donc Ă ce rĂ©sultat que lâhomme nâa de spontanĂ©itĂ© que dans ses fonctions animales le manger, le boire, la procrĂ©ation [âŠ] et que dans ses fonctions humaines, il ne se sent plus quâanimalitĂ© ; ce qui est animal devient humain, et ce qui est humain devient animal », ibid., p. 61. Câest la critique fondamentale de Marx contre lâĂ©conomie politique elle fait semblant de considĂ©rer comme naturel ce qui nâest quâhistorique ; cf., par exemple, Ăconomie et philosophie, op. cit., p. 37, 44, 56, 67, 71, etc. Ibid., p. 72. Marx, Principes dâune critique de lâĂ©conomie politique, Le travail comme sacrifice et le travail libre », in Ćuvres, Ăconomie, tome II, op. cit., p. 289. ConsidĂ©rer le travail simplement comme un sacrifice, donc comme source de valeur, comme prix payĂ© par les choses et donnant du prix aux choses suivant quâelles coĂ»tent plus ou moins de travail, câest sâen tenir Ă une dĂ©finition purement nĂ©gative. [âŠ] Le travail est une activitĂ© positive, crĂ©atrice », ibid., p. 291-292. Ibid., p. 305, commentĂ© par Habermas dans LâidĂ©e dâune thĂ©orie de la connaissance », in Connaissance et intĂ©rĂȘt, Gallimard, coll. Tel », 1991, p. 82. Principes dâune critique de lâĂ©conomieâŠ, op. cit., p. 303. Ibid., p. 310. On lira avec profit les pages qui prĂ©cĂšdent et, notamment, p. 306 La rĂ©duction du temps de travail nĂ©cessaire permettra le libre Ă©panouissement de lâindividu. En effet, grĂące aux loisirs et aux moyens mis Ă la portĂ©e de tous, la rĂ©duction au minimum du travail social nĂ©cessaire favorisera le dĂ©veloppement artistique, scientifique, etc., de chacun. » Marx et Engels, Critique des programmes de Gotha et dâErfurt, Ăditions sociales, 1981. Ibid., p. 154. Ibid., p. 32. Principes dâune critique de lâĂ©conomieâŠ, op. cit., p. 311. Ibid., p. 308. Le Capital, livre III, Conclusion, in Ćuvres, Ăconomie, tome II, op. cit., p. 1487. A. de Laborde, De lâesprit dâassociation dans tous les intĂ©rĂȘts de la communautĂ©, Paris, 1818, p. 3-4, citĂ© in I. Meyerson, Le travail, fonction psychologique », art. cit. Lâindustrie comprend ainsi tous les genres du bien-ĂȘtre, elle rĂ©unit Ă©galement tous les moyens de lâobtenir ; tout est de son domaine et participe Ă ses avantages. [âŠ] On pourrait la dĂ©finir par lâintelligence, la sagacitĂ© dans le travail, la simplification dans la main-dâĆuvre, la hardiesse dans les entreprises, le gĂ©nie dâutilitĂ© de la sociĂ©tĂ© », ibid., p. 5. Ibid., p. 9. Lâobligation est imposĂ©e Ă chacun de donner constamment Ă ses forces personnelles une direction utile Ă lâhumanitĂ©. Les bras du pauvre continueront Ă nourrir le riche, mais le riche reçoit commandement de faire travailler sa cervelle et si sa cervelle nâest pas propre au travail, il sera bien obligĂ© de faire travailler ses bras », Saint-Simon, Lettres dâun habitant de GenĂšve Ă ses contemporains, Pereire, 1925, p. 41, citĂ© in J. Dautry, La notion de travail chez Saint-Simon et Fourier », Journal de psychologieâŠ, op. cit., 1955, p. 64. Saint-Simon, Introduction aux travaux scientifiques du xixe siĂšcle, citĂ© in J. Dautry, art. cit., p. 65. Ibid., p. 67. Le travail est dâordre moral et humain, donnĂ© dans la conscience, avant mĂȘme que la nĂ©cessitĂ© lâimpose. En consĂ©quence, il est libre de sa nature, dâune libertĂ© positive et intĂ©rieure, et câest en raison de cette libertĂ© intĂ©rieure quâil a le droit de revendiquer sa libertĂ© extĂ©rieure, en dâautres termes, la destruction de tous les empĂȘchements, obstacles et entraves que peuvent lui susciter le gouvernement et le privilĂšge », Ă©crit Proudhon in Ćuvres complĂštes, BouglĂ©-Moysset, 1932, tome VIII, 3, p. 89, citĂ© in I. Meyerson, Le travail, fonction psychologique », art. cit., p. 90. Que Proudhon ait beaucoup Ă©tudiĂ© ou non Hegel, en particulier par lâintermĂ©diaire de GrĂŒn voir P. Haubtmann, Proudhon, Marx et la pensĂ©e allemande, PUG, 1981, p. 59 et suivantes, le rĂ©sultat est que les deux penseurs tiennent Ă peu prĂšs le mĂȘme discours, ou du moins que le schĂšme du travail de lâEsprit chez Hegel est dĂ©sormais Ă©galement celui de Proudhon Lâintelligence humaine fait son dĂ©but dans la spontanĂ©itĂ© de son industrie et câest en se contemplant elle-mĂȘme dans son Ćuvre quâelle se trouve » I. Meyerson, art. cit., p. 11. Lâhomme, crĂ©ateur Ă travers le travail Le travail, un et identique dans son plan, est infini dans ses applications, comme la crĂ©ation elle-mĂȘme », dĂ©tient ainsi un pouvoir presque magique de transfiguration du monde, dans quoi il trouve son bonheur Je me demande pourquoi la vie entiĂšre du travailleur ne serait pas une rĂ©jouissance perpĂ©tuelle, une procession triomphale. » Marx a insistĂ© Ă de nombreuses reprises, en bon Ă©lĂšve de Hegel, sur le caractĂšre Ă la fois nĂ©gatif et positif du travail abstrait moderne La dissolution de tous les produits et de toutes les activitĂ©s en valeurs dâĂ©change suppose la dĂ©composition de tous les rapports de dĂ©pendance personnels figĂ©s historiques au sein de la production [âŠ] Dans la valeur dâĂ©change, la relation sociale des personnes entre elles est transformĂ©e en un rapport social des choses, le pouvoir des personnes en un pouvoir des choses⊠», Principes dâune critique de lâĂ©conomieâŠ, op. cit., p. 208-209. Ces trois passions mĂ©canisantes doivent ĂȘtre convenablement mĂ©langĂ©es pour former des sĂ©ries Ă©quilibrĂ©es. La papillonne, câest le besoin de variĂ©tĂ© pĂ©riodique, situations contrastĂ©es, incidents piquants⊠La cabaliste est la manie de lâintrigue. La composite, la plus romantique des passions, crĂ©e les accords dâenthousiasme cf. chapitre v. Câest Ă condition de savoir bien combiner ces passions que le travail pourra devenir attrayant. C. Fourier, Le Nouveau Monde industriel et sociĂ©taire ou invention du procĂ©dĂ© dâindustrie attrayante et naturelle distribuĂ©e en sĂ©ries passionnĂ©es, Flammarion, 1973. Ibid., p. 37. Sur ces Ă©volutions majeures, voir H. Hatzfeld, Du paupĂ©risme Ă la SĂ©curitĂ© sociale, PUN, 1989, et A. Soboul, ProblĂšmes de travail en lâan II », Journal de psychologieâŠ, op. cit., 1955, p. 39-58. Voir Ă©galement F. Tanghe, Le Droit au travail entre histoire et utopie, 1789-1848-1989 de la rĂ©pression de la mendicitĂ© Ă lâallocation universelle, Publications Fac. univ. St-Louis, 1989. Voir, du mĂȘme auteur, Le droit du travail en 1848 », in Le Droit au travail, Institut des sciences du travail, dossier no 13, UniversitĂ© catholique de Louvain, novembre 1991. Turgot, citĂ© par Tanghe, op. cit., p. 47. Rapport sur lâorganisation gĂ©nĂ©rale des secours publics, prĂ©sentĂ© Ă lâAssemblĂ©e nationale le 13 juin 1792, BibliothĂšque nationale, p. 9. L. Blanc, citĂ© par Tanghe, op. cit., p. 61. Le droit considĂ©rĂ© de façon abstraite est ce qui, depuis 1789, tient le peuple abusĂ©. [âŠ] Le droit, stĂ©rilement et pompeusement proclamĂ© dans les chartes, nâa servi quâĂ masquer ce que lâinauguration dâun rĂ©gime individualiste avait dâinjuste », ibid., p. 64. Par le droit au travail, on crĂ©e en mĂȘme temps un droit et une obligation. On suppose un contrat entre lâindividu et la sociĂ©tĂ©, aux termes duquel la sociĂ©tĂ© devrait lâexistence Ă chacun de ses membres, contrat non synallagmatique et qui nâengagerait quâune des parties », L. Faucher, in J. Garnier Ă©d., Le Droit au travail Ă lâAssemblĂ©e nationale, Recueil complet de tous les discours prononcĂ©s dans cette mĂ©morable discussion, Paris, Guillaumin, 1848, p. 344-345. Tandis que lâĂtat devrait fournir aux individus, sur leur demande, les moyens de travailler, il ne serait pas armĂ© du pouvoir de les contraindre Ă chercher dans le travail leur subsistance habituelle. On proclamerait ainsi la supĂ©rioritĂ© de la force, du droit personnel sur le droit social. Lâindividu deviendrait le maĂźtre, le tyran, et la sociĂ©tĂ©, le serviteur, lâesclave. [âŠ] Le droit au travail est une servitude que lâon impose Ă la communautĂ© tout entiĂšre, dans lâintĂ©rĂȘt de quelques-uns », ibid. Ibid., p. 345-346. Lamartine, ibid., p. 286-287. L. Faucher, ibid., p. 350 ; L. Wolowski, ibid., p. 360. Cette ligne sĂ©pare les anciens tenants du travail-nĂ©cessitĂ©, conçu comme moyen de subvenir aux besoins, de ceux qui ont dĂ©jĂ assimilĂ© lâidĂ©e que le travail est la plus haute maniĂšre pour un individu de se rĂ©aliser. Le premier droit de lâhomme est le droit de vivre. Ce droit en implique un autre, celui de lâentier dĂ©veloppement et du complet exercice des facultĂ©s physiques, morales et intellectuelles de lâhomme ; câest ce droit qui constitue la libertĂ© », Manifeste des sociĂ©tĂ©s secrĂštes, in 1848 la rĂ©volution dĂ©mocratique et sociale, Ăditions dâhistoire sociale, 1984. L. Wolowski, in J. Garnier Ă©d., Le Droit au travail Ă lâAssemblĂ©eâŠ, op. cit., p. 365. Proudhon, MĂ©moires sur la propriĂ©tĂ©, Premier mĂ©moire, p. 215-217, in Ćuvres complĂštes, Nouvelle Ădition RiviĂšre. Ibid. L. Blanc, Le Socialisme, Droit au travail. RĂ©ponse Ă M. Thiers, Paris, Bureau du Nouveau monde, 1849, p. 45-46. CitĂ© par HumilliĂšre, Louis Blanc, Les Ăditions ouvriĂšres, 1982, p. 75. Habermas, La crise de lâĂtat-providence », in Ăcrits politiques, Culture, droit, histoire, Cerf, 1990, p. 109-110. Cette phrase doit ĂȘtre replacĂ©e dans son contexte Habermas Ă©crit quelques lignes plus haut Quant aux Ă©nergies utopiques, elles ne se sont pas absolument retirĂ©es de la conscience historique. Câest bien plutĂŽt une certaine utopie qui est arrivĂ©e Ă sa fin, celle qui dans le passĂ© sâĂ©tait cristallisĂ©e autour du potentiel qui rĂ©sidait dans la sociĂ©tĂ© du travail. » Chapitre V. Acte III De la libĂ©ration du travail au plein emploi Pour les horaires et les conditions de travail, voir les trĂšs nombreux rapports officiels et enquĂȘtes de lâĂ©poque, en particulier celle du Dr VillermĂ©, citĂ© in Join-Lambert, Politiques sociales, op. cit. ; Engels, La Situation de la classe laborieuse en Angleterre, Ăditions sociales, 1975 ; voir Ă©galement J. Le Goff, Du silence Ă la parole, Calligrammes-La Digitale, 1985. En cela, le xixe siĂšcle socialiste est trĂšs ricardien. Dans Des principes de lâĂ©conomie politique et de lâimpĂŽt, GF-Flammarion, 1993, Ricardo Ă©crit, dĂšs le chapitre i, que la valeur dâune marchandise dĂ©pend de la quantitĂ© relative de travail nĂ©cessaire Ă sa production ». Un grand nombre de socialistes reprendront ces thĂšses pour revendiquer en particulier que tout le revenu issu de la production revienne aux travailleurs. Ce vocabulaire religieux il sâagit de lâopĂ©ration par laquelle le pain et le vin se transforment en corps et sang de JĂ©sus-Christ, dans la liturgie catholique est assez bien adaptĂ© ici, nous semble-t-il. La Ire Internationale ou Association internationale des travailleurs a Ă©tĂ© fondĂ©e Ă Londres en 1864. On en trouvera les statuts dans La Critique des programmes de Gotha et dâErfurt, op. cit. La IIe Internationale rassemble des courants et des partis trĂšs divers, marxistes, libertaires, syndicalistes, proudhoniens. Le programme dâEisenach, marxiste 1869, est celui du Parti ouvrier social-dĂ©mocrate Le Parti ouvrier social-dĂ©mocrate poursuit lâĂ©tablissement de lâĂtat populaire libre. » E. Bernstein 1850-1932 adhĂšre en 1872 Ă lâInternationale ouvriĂšre. ExilĂ© en Suisse Ă cause des lois antisocialistes, il dirige avec Kautsky le Sozial Democrat et adhĂšre au marxisme. Ă Londres, il devient le secrĂ©taire dâEngels. En 1899, il Ă©crit Socialisme thĂ©orique et social-dĂ©mocratie pratique. E. Bernstein, Les PrĂ©supposĂ©s du socialisme, Seuil, 1974. Seule exception Ă cet unanimisme, la critique radicale de Lafargue, marxiste et guesdiste farouche, en 1883, dans Le Droit Ă la paresse, rĂ©futation du droit au travail de 1848 ; mais elle nâest pas reprĂ©sentative de la pensĂ©e marxiste ni de la pensĂ©e sociale-dĂ©mocrate. Lafargue ouvre ainsi son ouvrage Une Ă©trange folie possĂšde les classes ouvriĂšres des nations oĂč rĂšgne la civilisation capitaliste. Cette folie traĂźne Ă sa suite des misĂšres individuelles et sociales qui, depuis deux siĂšcles, torturent la triste humanitĂ©. Cette folie est lâamour du travail, la passion moribonde du travail, poussĂ©e jusquâĂ lâĂ©puisement des forces vitales de lâindividu et de sa progĂ©niture. Au lieu de rĂ©agir contre cette aberration mentale, les prĂȘtres, les Ă©conomistes, les moralistes, ont sacro-sanctifiĂ© le travail », Le Droit Ă la paresse, Climats, 1992, p. 17. Sur la mise en place des lois de protection sociale et les rapports de celle-ci avec le travail, voir Join-Lambert, Politiques sociales, op. cit., p. 255-490. Le socialisme vulgaire a hĂ©ritĂ© des Ă©conomistes bourgeois lâhabitude de considĂ©rer et de traiter la rĂ©partition comme une chose indĂ©pendante du mode de production et de reprĂ©senter pour cette raison le socialisme comme tournant essentiellement autour de la rĂ©partition », Marx et Engels, Critique des programmes de Gotha et dâErfurt, op. cit., p. 33. Il sâagit lĂ dâune configuration totalement aliĂ©nĂ©e, dans le schĂ©ma marxien par exemple le travail nâest pas voulu pour lui-mĂȘme, mais pour autre chose. En particulier au travers du vote des premiĂšres lois sociales, cf. Join-Lambert, Politiques sociales, op. cit. Habermas, La crise de lâĂtat-providence », in Ăcrits politiques, op. cit., p. 113. Il lui faut intervenir dans le systĂšme Ă©conomique en ayant en vue, tout Ă la fois, dâentretenir la croissance capitaliste, dâaplanir les crises, mais aussi de garantir non seulement les emplois, mais encore la compĂ©titivitĂ© internationale des entreprises, de sorte que des surplus soient dĂ©gagĂ©s qui puissent ĂȘtre redistribuĂ©s, sans que soient dĂ©couragĂ©s les investisseurs privĂ©s. [âŠ] Il faut pour accĂ©der au compromis que suppose lâĂtat-social, et pour parvenir Ă la pacification de lâantagonisme de classe, que le pouvoir dâĂtat, lĂ©gitimĂ© dĂ©mocratiquement, se constitue en prĂ©servateur et en dompteur du processus ânaturelâ de croissance du capitalisme », ibid., p. 112. Chapitre VI. Lâutopie du travail libĂ©rĂ© Les nouvelles valeurs et la notion dâaccomplissement ; rĂ©flexion de philosophie sociale sur lâavenir du travail et des loisirs », H. Lenk, OCDE, in Forum de lâOCDE sur lâavenir, 1994. D. MothĂ©, Le mythe du temps libĂ©rĂ© », Esprit, no 204, 1994. P. Boisard, Partage du travail les piĂšges dâune idĂ©e simple », Esprit, no 204, 1994. D. MothĂ©, Le mythe du temps libĂ©rĂ© », art. cit. Le technicien, le chercheur, lâuniversitaire, le charpentier peuvent procĂ©der Ă des calculs pendant leur temps de loisir, sur la plage, dans leur lit. Ils peuvent travailler dans nâimporte quel lieu. Que peut faire la diminution du temps lĂ©gal de travail sur ces activitĂ©s intellectuelles invisibles ? », D. MothĂ©, ibid. Elles sont aujourdâhui trĂšs peu nombreuses Ă part quelques sondages, on dispose des enquĂȘtes du CREDOC sur les aspirations des Français. Cette enquĂȘte annuelle nâanalyse nĂ©anmoins pas les reprĂ©sentations en tant que telles. On dispose Ă©galement de quelques enquĂȘtes citĂ©es in H. Riffault, Les Valeurs des Français, PUF, 1994, chapitre sur le travail, ou in Lenk, Forum de lâOCDE, op. cit. Mais les reprĂ©sentations le travail est-il considĂ©rĂ© comme Ă©panouissant ? contraignant ? pourquoi ? en tant que telles sont mal connues. Voir, par une entrĂ©e diffĂ©rente, Souffrances et prĂ©caritĂ©s au travail. Paroles de mĂ©decins du travail, Syros, 1994. Weber, Histoire Ă©conomiqueâŠ, op. cit., Gallimard, 1991, p. 296 Une exploitation capitaliste rationnelle est une exploitation dotĂ©e dâun compte de capital, câest-Ă -dire une entreprise lucrative qui contrĂŽle sa rentabilitĂ© de maniĂšre chiffrĂ©e au moyen de la comptabilitĂ© moderne et de lâĂ©tablissement dâun bilan. » Weber renoue ainsi avec ce quâil avait dĂ©montrĂ© dans LâĂthique protestante et lâesprit du capitalisme. Il cite B. Franklin cf. Acte I Tiens un compte exact de tes dĂ©penses et de tes revenus », et ajoute que lâesprit du capitalisme fait Ă chacun un devoir dâaugmenter son capital, ceci Ă©tant supposĂ© une fin en soi, p. 46-47. Histoire Ă©conomiqueâŠ, op. cit., p. 297. K. Polanyi, La Grande Transformation, op. cit., p. 107. Polanyi nous permet de nous Ă©tonner Ă nouveau devant ce qui aujourdâhui ne provoque plus lâĂ©tonnement. Il Ă©crit par exemple p. 70 En fait, la production mĂ©canique, dans une sociĂ©tĂ© commerciale, suppose tout bonnement la transformation de la substance naturelle et humaine de la sociĂ©tĂ© en marchandises. » En particulier, RĂ©flexions sur les causes de la libertĂ© et de lâoppression sociale, Gallimard, coll. IdĂ©es », 1955, et La Condition ouvriĂšre, Gallimard, coll. Espoir », 1951. G. Friedmann, OĂč va le travail humain ?, Gallimard, coll. IdĂ©es », 1978. T. Di Ciaula, Tuta blu bleu de travail, Federop et Actes Sud, 1982. S. Weil, La Condition ouvriĂšre, op. cit. Trois lettres Ă Mme Albertine ThĂ©venon, 1934-1935, p. 18-19. S. Weil, RĂ©flexionsâŠ, op. cit., p. 13. Simone Weil fait certainement allusion aux Principes dâune critique de lâĂ©conomie politique, op. cit., oĂč Marx explique que la tendance Ă crĂ©er un marchĂ© mondial est incluse dans le concept mĂȘme de capital », p. 258 et suivantes. Cf. Camerlynck, Le Contrat de travail, op. cit., p. 52. A. Supiot, Critique du droitâŠ, op. cit., p. 98. Cette contradiction entre autonomie de la volontĂ© et subordination de la volontĂ© aboutit Ă ce que le salariĂ© est Ă la fois apprĂ©hendĂ© dans lâentreprise comme sujet et comme objet du contrat », ibid., p. 123. Pour lâanalyse du droit collectif, voir chapitre iii, particuliĂšrement p. 133 et suivantes. On lira la passionnante analyse de Camerlynck, in Le Contrat de travail, op. cit., qui explique comment P. Durand et une tradition française institutionnaliste ont tentĂ© dâintroduire la conception allemande, p. 14-27. Voir Ă©galement chapitre vii du prĂ©sent ouvrage. A. Supiot, Critique du droitâŠ, op. cit., p. 165. Que penser par ailleurs de cette affirmation Comme le travailleur indĂ©pendant, le salariĂ© a le droit dâarbitrer entre les pĂ©riodes quâil consacre Ă sa vie de travail et celles quâil consacre Ă sa formation ou sa vie sociale, il est juge du danger que prĂ©sente une situation de travail, il peut jouir dâune rĂ©elle libertĂ© dans lâaccomplissement de la tĂąche pour laquelle on le paie⊠», ibid., p. 169 ? Qui peut se reconnaĂźtre dans ces lignes aujourdâhui ? Le statut sâoppose au contrat le statut est ce qui dĂ©termine les droits et obligations des personnes concernĂ©es par celui-ci par exemple statut des fonctionnaires, statut des directeurs dâhĂŽpitauxâŠ. A. Supiot Ă©crit que cette relation prĂ©tendument Ă©galitaire entre employeurs et salariĂ©s est [âŠ] manifestement inĂ©galitaire », mais que lâĂ©dification du droit français peut se lire tout entiĂšre comme une tentative dâenglobement du principe dâĂ©galitĂ© concrĂšte dans un cadre juridique dominĂ© par le principe dâĂ©galitĂ© formelle ». Donc subordination ne signifie pas inĂ©galité⊠Critique du droitâŠ, op. cit., p. 133-136. A. Supiot se rĂ©fĂšre Ă L. Dumont pour cette dĂ©monstration⊠La derniĂšre forme de servitude que prend lâactivitĂ© humaine â travail salariĂ© dâun cĂŽtĂ© et capital de lâautre⊠», Principes dâune critique de lâĂ©conomieâŠ, op. cit., p. 272. Le recrutement des forces de travail pour la nouvelle forme de production telle quâelle se dĂ©veloppe en Angleterre Ă partir du xviiie siĂšcle [âŠ] sâeffectue dâabord par des moyens coercitifs trĂšs incisifs [âŠ] Lâexpropriation des petits paysans dĂ©pendants par de plus gros fermiers a contribuĂ© Ă [âŠ] crĂ©er en excĂ©dent une population qui tombait sous le coup du travail forcĂ©. Quiconque ne se rendait pas spontanĂ©ment Ă©tait expĂ©diĂ© dans un Ă©tablissement de travail oĂč rĂ©gnait une discipline de fer ; celui qui quittait son emploi sans un certificat Ă dĂ©charge dĂ©livrĂ© par le maĂźtre Ă©tait susceptible dâĂȘtre considĂ©rĂ© comme vagabond ; aucun appui nâĂ©tait accordĂ© au chĂŽmeur, autre que sous la ferme contrainte de devoir se rendre dans un Ă©tablissement de travail », Weber, Histoire Ă©conomiqueâŠ, op. cit., p. 326. La Grande Transformation, op. cit., passim dans les chapitres vi, vii et viii ; cf. surtout le rĂŽle de la faim dans le chapitre x et dans le chapitre xiv Le dernier stade a Ă©tĂ© atteint avec lâapplication de âla sanction naturelleâ, la faim. Pour pouvoir la dĂ©clencher, il Ă©tait nĂ©cessaire de liquider la sociĂ©tĂ© organique, qui refusait de laisser lâindividu mourir de faim », p. 222. Voir les deux ouvrages citĂ©s. Dans La Condition ouvriĂšre, Simone Weil parle de ses camarades dâesclavage » p. 159, Lettre Ă un ingĂ©nieur directeur dâusine », juin 1936. Voir Ă©galement ce quâelle dit de lâoppression sociale Cette contrainte inĂ©vitable ne mĂ©rite dâĂȘtre nommĂ©e oppression que dans la mesure oĂč, du fait quâelle provoque une sĂ©paration entre ceux qui lâexercent et ceux qui la subissent, elle met les seconds Ă discrĂ©tion des premiers et fait ainsi peser jusquâĂ lâĂ©crasement physique et moral la pression de ceux qui commandent sur ceux qui exĂ©cutent », RĂ©flexionsâŠ, op. cit., p. 39. Cf. aussi p. 77, 83, 129, 139, 143. RĂ©flexionsâŠ, op. cit., p. 79. Habermas, La crise de lâĂtat-providence », in op. cit., p. 113. Hannah Arendt, Condition de lâhomme moderne, op. cit. Ibid., Prologue, p. 37. Heidegger, Contribution Ă la question de lâĂtre », in Questions I, Gallimard, 1982. E. JĂŒnger, Le Travailleur, Christian Bourgois, 1993. Contribution⊠», op. cit., p. 206. Ibid., p. 217. Câest lâun des grands messages » de la philosophie heideggerienne. Sur ce point, voir La question de la technique », in Essais et ConfĂ©rences, Gallimard, 1973. M. Heidegger interrogĂ© par le journal Der Spiegel, in RĂ©ponses et questions sur lâhistoire et la politique, Mercure de France, 1988, p. 44 et 50. Heidegger, La question de la technique », op. cit., p. 20. Heidegger, Lettre sur lâhumanisme, op. cit. Entretien avec Der Spiegel, op. cit., p. 61. M. Horkheimer, Th. Adorno, La Dialectique de la raison, Gallimard, coll. Tel », 1983. Ibid., Introduction, p. 13. Le vĂ©ritable titre du livre est dâailleurs Dialectique de lâAufklĂ€rung Ibid., p. 23. Ibid., p. 27. Ibid. Ibid., p. 38. Simone Weil ne dit pas autre chose Il semble que lâhomme ne puisse parvenir Ă allĂ©ger le joug des nĂ©cessitĂ©s naturelles sans alourdir dâautant celui de lâoppression sociale, comme par le jeu dâun mystĂ©rieux Ă©quilibre », RĂ©flexionsâŠ, op. cit., p. 77. Horkheimer, Adorno, DialectiqueâŠ, op. cit., p. 44. Ă lâĂ©poque actuelle [âŠ], ce nâest pas dans les sciences de la nature, fondĂ©es sur les mathĂ©matiques prĂ©sentĂ©es comme Logos Ă©ternel, que lâhomme peut apprendre Ă se connaĂźtre lui-mĂȘme, câest dans une thĂ©orie critique de la sociĂ©tĂ© telle quâelle est, inspirĂ©e et dominĂ©e par le souci dâĂ©tablir un ordre conforme Ă la raison », in Horkheimer, ThĂ©orie critique, Payot, 1978. Marx, LâIdĂ©ologie allemande, citĂ© et traduit par Habermas in La crise de lâĂtat-providence », Ăcrits politiquesâŠ, op. cit., p. 110. A. Gorz, Adieux au prolĂ©tariat, GalilĂ©e, 1980, et, plus rĂ©cemment, MĂ©tamorphoses du travailâŠ, op. cit. Simone Weil lâavait parfaitement compris et câest pour cette raison quâelle reprenait Ă son compte la critique marxienne tout en refusant ses consĂ©quences, trop optimistes Ă son goĂ»t La complĂšte subordination de lâouvrier Ă lâentreprise et Ă ceux qui la dirigent repose sur la structure de lâusine et non sur le rĂ©gime de la propriĂ©tĂ© », in Simone Weil, RĂ©flexionsâŠ, op. cit., p. 16. Habermas, La crise de lâĂtat-providence », in Ăcrits politiquesâŠ, op. cit., p. 110. Lâune et lâautre ouvrent en effet leur principal ouvrage sur le travail RĂ©flexionsâŠ, op. cit., et Condition de lâhomme moderne, op. cit. par une critique de Marx. Les livres dâY. Schwarz et Y. Clot en particulier, donnent parfois lâimpression dâune sorte de renouveau de la pensĂ©e stoĂŻcienne. Une partie de leur dĂ©monstration consiste en effet Ă montrer comment, dans lâacte le plus contraint et le plus dĂ©terminĂ©, une part Ă©vidente de libertĂ© et de crĂ©ativitĂ© subsiste dans lâacte de travail, disent-ils, sont convoquĂ©s les traditions, les savoir-faire, mais aussi toute lâhabiletĂ© personnelle de chaque travailleur. Dans le travail se dĂ©termine donc une approche particuliĂšrement riche dâouverture au monde et aux autres. Ce qui est mis en Ă©vidence par ces auteurs, câest donc la nĂ©cessitĂ© de lâinitiative du sujet humain Ă la source de toute formalisation. Mais en disant que dans lâacte le plus dĂ©terminĂ©, câest-Ă -dire mĂȘme au cĆur du pire taylorisme, le sujet garde sa crĂ©ativitĂ©, ne risque-t-on pas, dâune certaine maniĂšre, de justifier celui-ci ? Pour Gorz, la libĂ©ration du travail ne peut rĂ©sider que dans la libĂ©ration de lâindustrialisme, dans lâalternative Ă©thique radicale du capitalisme. Redonner son sens au travail signifie pour Gorz chercher du sens dans le non-travail. [âŠ] Mais comment Gorz peut-il ne pas comprendre que câest Ă partir de la profondeur de lâinsertion de la force de travail dans le capital que tout futur prendra forme [âŠ] et quâil vaut mieux rester sur le terrain que nous offre le marxisme celui de la critique du travail ? [âŠ] Ne faut-il pas lutter contre lâhĂ©tĂ©ronomie du travail et utiliser cette lutte comme instrument contre lâautonomie du capital ? », Vincent, T. Negri, Paradoxes autour du travail », Futur antĂ©rieur, no 10, p. 6-8. H. Kern, M. Schumann, La Fin de la division du travail ? La rationalisation dans la production industrielle, Ăd. de la Maison des sciences de lâhomme, Paris, 1989 JusquâĂ prĂ©sent, toutes les formes que prenait la rationalisation capitaliste reposaient sur un principe de base qui concevait le travail vivant comme une barriĂšre sâopposant Ă la production. [âŠ] Le credo des nouveaux modĂšles de production devient maintenant la qualification et la maĂźtrise professionnelle de lâouvrier constituent des capacitĂ©s productives quâil sâagit dâutiliser de maniĂšre accrue », p. 8-9. Câest la grande critique de Hannah Arendt Dans une humanitĂ© complĂštement socialisĂ©e, qui nâaurait dâautre but que dâentretenir le processus vital â et câest lâidĂ©al nullement utopique, hĂ©las ! qui guide les thĂ©ories de Marx â il ne resterait aucune distinction entre travail et Ćuvre ; toute Ćuvre serait devenue travail », ConditionâŠ, op. cit., p. 134. Chapitre VII. Le travail, lien social ? On se souvient de lâimage quâemploie Marx dans les Manuscrits de 44 Nos productions seraient autant de miroirs oĂč nos ĂȘtres rayonneraient lâun vers lâautre. » La Monadologie est lâĆuvre maĂźtresse de Leibniz. Pour celui-ci, le monde est composĂ© de monades qui sâexpriment les unes les autres Ă lâinfini si lâon dĂ©roule chaque monade, pourtant totalement diffĂ©rente de toutes les autres, on trouve le monde entier. Câest en quelque sorte lâunicitĂ© de son point de vue, la maniĂšre unique dont elle exprime toute les autres qui fait la singularitĂ© de chacune. Aristote, Les Ăconomiques, I, 1343a, Vrin, 1993 LâĂconomique et la Politique diffĂšrent non seulement dans la mesure oĂč diffĂšrent elles-mĂȘmes une sociĂ©tĂ© domestique et une citĂ© car ce sont lĂ les objets respectifs de ces disciplines, mais encore en ce que la Politique est lâart du gouvernement de plusieurs et lâĂconomique celui de lâadministration dâun seul. » La polis se distinguait de la famille en ce quâelle ne connaissait que des Ă©gaux, tandis que la famille Ă©tait le siĂšge de la plus rigoureuse inĂ©galitĂ© », Hannah Arendt, Condition de lâhomme moderne, op. cit., p. 70. Concernant cette analyse, voir Hannah Arendt, ibid. Tel est, Ă©tymologiquement, le sens dâ Ă©conomie » lâadministration du domaine. Hannah Arendt, ConditionâŠ, op. cit., p. 66. Hannah Arendt Ă©crit aussi p. 71 Depuis lâaccession de la sociĂ©tĂ©, autrement dit du mĂ©nage oikia ou des activitĂ©s Ă©conomiques, au domaine public, lâĂ©conomie et tous les problĂšmes relevant jadis de la sphĂšre familiale sont devenus des prĂ©occupations âcollectivesâ. » Hegel, SystĂšme de la vie Ă©thique, Payot, 1976. Voir les ouvrages de P. Chamley citĂ©s dans le chapitre iv dont Ăconomie politique et philosophie chez Steuart et Hegel, op. cit. Hegel, Principes de la philosophie du droit, op. cit., § 183. Ibid., § 258. Le Droit naturel, Gallimard, coll. IdĂ©es », 1972. Habermas, Travail et interaction, Remarques sur la philosophie de lâesprit de Hegel Ă Iena », in La Technique et la science comme idĂ©ologie », DenoĂ«l, 1973. Voir aussi Connaissance et intĂ©rĂȘt, op. cit., chapitre ii, et AprĂšs Marx, Fayard, 1985. Voir par exemple les ouvrages de R. Sainsaulieu dĂ©jĂ citĂ©s ou le plus rĂ©cent ouvrage de C. Dubar, La Socialisation, op. cit. E. Durkheim, La Division sociale du travail, PUF, coll. Quadrige », 1991. A. Supiot, Critique du droitâŠ, op. cit., p. 31. Voir les nombreuses Ă©tudes de B. Reynaud, en particulier Le Salaire, la RĂšgle, et le MarchĂ©, Christian Bourgois, 1991, et ThĂ©orie des salaires, La DĂ©couverte, 1993. Il sâagit de lâagrĂ©ment ou du dĂ©sagrĂ©ment des emplois en eux-mĂȘmes, de la facilitĂ© avec laquelle on peut les apprendre ou de la difficultĂ© et de la dĂ©pense quâils exigent pour cela, de lâoccupation constante quâils procurent ou des interruptions auxquelles ils sont exposĂ©s, du plus ou moins de confiance dont il faut que soient investis ceux qui les exercent, et enfin de la probabilitĂ© ou de lâimprobabilitĂ© dây rĂ©ussir. Voir Smith, RecherchesâŠ, op. cit., chapitre x, section I. Sur ces points, voir Hatzfeld, op. cit., et Join-Lambert, Politiques sociales, op. cit. Ibid. Lâentreprise est en passe de prendre rang parmi les grandes institutions de notre Ă©poque, aprĂšs lâĂglise, lâArmĂ©e, la justice, lâĂcole, la commune, lâUniversitĂ© », Ă©crit R. Sainsaulieu dir. in LâEntreprise, une affaire de sociĂ©tĂ©, Presses de la FNSP, 1990. Cf. D. Flouzat, Ăconomie contemporaine, PUF, 1981, p. 148 Lâentreprise apparaĂźt ainsi comme un processus qui consomme certains facteurs de production terre, capital, travail pour les transformer en produits vendables. » LâidĂ©e est que le travail humain nâest pas quâun coĂ»t et que le travail peut constituer un apport de productivitĂ© majeur la formation, la qualification, la motivation, la confiance constituent des atouts majeurs pour lâentreprise et une source dâaugmentation de la productivitĂ©. On remarquera dâailleurs le paradoxe qui consiste Ă ne prendre en considĂ©ration le travail humain que lorsquâil est traitĂ© comme du capital⊠Ainsi se rĂ©aliserait, dâune maniĂšre dĂ©tournĂ©e, la prĂ©diction de Marx, pour qui le destin du capitalisme est que tout travail devienne du capital. Voir Principes dâune critique de lâĂ©conomieâŠ, op. cit., le chapitre intitulĂ© Le travailleur devant lâautomation ». Marx Ă©crit en particulier Ainsi, toutes les forces du travail sont transposĂ©es en forces du capital. » ConformĂ©ment Ă la thĂ©orie contractuelle de lâentreprise Par contrat, le propriĂ©taire se procure la main-dâĆuvre dont il a besoin. Dans les limites fixĂ©es par le droit du travail, le chef dirige comme il lâentend », Ă©crit P. Sudreau, in La RĂ©forme de lâentreprise, La Documentation française, 1975. Lâentreprise nâest que la somme des contrats individuels de travail. Cf. H. Bartoli, Science Ă©conomique et travail, op. cit., p. 227 Il ne suffit pas dâĂ©tablir des comitĂ©s dâentreprise pour que la participation des travailleurs Ă la gestion des entreprises soit acquise. Trop faibles pour pouvoir limiter effectivement lâautocratie patronale et technocratique, nâayant pratiquement pas de pouvoir de dĂ©cision en matiĂšre Ă©conomique, soumis Ă trop de manĆuvres de la part des conseils dâadministration, mal informĂ©s de la marche de lâentreprise, les comitĂ©s dâentreprise se sont rĂ©vĂ©lĂ©s incapables de modifier la nature de lâentreprise. Elle est demeurĂ©e de style et de procĂ©dĂ© capitalistes. [âŠ] Les comitĂ©s dâentreprise ne pouvaient pas devenir les organes dâune vraie dĂ©mocratie industrielle. » Voir le rapport Bruhnes, Choisir lâemploi, Commissariat gĂ©nĂ©ral du Plan, La Documentation française, 1993. H. Bartoli, Science Ă©conomique et travail, op. cit., p. 54. Il ajoute Maintes fois il a Ă©tĂ© dit que lâappropriation privĂ©e des moyens de production constitue lâun des moyens indispensables Ă la dĂ©fense des valeurs de la propriĂ©tĂ© personnelle. Longtemps on a jugĂ© prĂ©fĂ©rable lâappropriation privĂ©e, parce que, disait-on, elle stimule lâardeur au travail, garantit lâordre social, pousse lâhomme Ă mieux comprendre lâexcellence de lâĂ©tat social et Ă sây dĂ©vouer. [âŠ] Dans le capitalisme, ces justifications sâestompent. [âŠ] Ce nâest pas le corporatisme, simple masque au rĂ©gime de lâargent, qui se trouve appelĂ© par lâexigence dâune gestion commune des moyens de production, mais bien une Ă©conomie du travail. [âŠ] Le droit Ă la libertĂ© du travail est le droit de travailler dans une Ă©conomie dotĂ©e dâorganisations juridiques positives, celles que requiert le droit naturel du travail humain, non le droit dâĆuvrer dans une Ă©conomie anarchique, sans lois, sans institutions sociales. Le droit du travail est un droit social. La libertĂ© du travail dont parlent les libĂ©raux nâen est que la caricature. » P. Durand, citĂ© par Camerlynck, in Le Contrat de travail, op. cit., p. 17. A. Supiot, Critique du droit, op. cit., p. 16. Voir chapitre ix. Privatrecht, volume I, 1895, p. 116-117. Sur Gierke, voir L. Dumont, Essais sur lâindividualisme, op. cit., et G. Gurvitch, LâIdĂ©e du droit social, notion et systĂšme du droit social, Sirey, 1932. A. Supiot, Critique du droit, op. cit., p. 18. Camerlynck, Le Contrat de travail, op. cit., p. 17. Le contrat de travail lui-mĂȘme, quâon nous prĂ©sente comme le fait juridique primaire et irrĂ©ductible, nâest quâun fait secondaire et dĂ©rivĂ©. Ă y regarder de prĂšs en effet, il implique, outre un commencement de division du travail, une organisation sociale relativement complexe et suffisamment stable pour que des individus puissent envisager en sĂ©curitĂ© lâavenir dans un acte de prĂ©vision. [âŠ] Ă cĂŽtĂ© des contrats, oĂč les ouvriers interviennent comme parties, il y a lâinstitution organique dont ils deviennent membres membres solidaires dont la collaboration active et intelligente Ă une Ćuvre commune et la soumission Ă une mĂȘme discipline font de vĂ©ritables associĂ©s », ThĂšse de E. Gounot, Lyon, 1910, citĂ©e par Camerlynck, in Le Contrat de travail, op. cit., p. 15. Camerlynck, Rapport de synthĂšse Ă©tabli pour le compte de la CECA, 1964, p. 147. Il est certes normal dâinsister sur le caractĂšre personnel du lien obligatoire, sur lâintuitus personae qui prĂ©side parfois Ă la formation de ce lien et sur certaines obligations accessoires en dĂ©coulant. Mais le vinculum juris reste essentiellement un lien dâobligation traditionnel, tel quâon le rencontre dans les contrats dâĂ©change », ibid. Ibid., p. 148. Voir le chapitre ix. Chapitre VIII. Critique de lâĂ©conomie Depuis que lâĂ©conomie politique est devenue la simple exposition des lois qui prĂ©sident Ă lâĂ©conomie des sociĂ©tĂ©s, les vĂ©ritables hommes dâĂtat ont compris que son Ă©tude ne pouvait leur ĂȘtre indiffĂ©rente. On a Ă©tĂ© obligĂ© de consulter cette science pour prĂ©voir les suites dâune opĂ©ration, comme on consulte les lois de la dynamique et de lâhydraulique, lorsquâon veut construire avec succĂšs un pont ou une Ă©cluse », citĂ© par F. Fourquet, Richesse et puissance, une gĂ©nĂ©alogie de la valeur, La DĂ©couverte, 1989, chapitre xvii, La naissance de la science Ă©conomique ». Cet ouvrage magistral analyse lâĂ©conomie dans sa dimension politique » et conceptuelle. Je remercie Christine Afriat dâavoir attirĂ© mon attention sur lui. A. Cournot, TraitĂ© de lâenchaĂźnement des idĂ©es fondamentales, 1911. L. Walras, Principes dâune thĂ©orie mathĂ©matique de lâĂ©change, mĂ©moire lu Ă lâAcadĂ©mie des sciences morales et politiques les 16 et 23 aoĂ»t 1873. L. Walras, ĂlĂ©ments dâĂ©conomie pure, Paris, F. Pichon, 1900. Ibid., p. 27. Ibid. C. LarrĂšre, LâInvention de lâĂ©conomieâŠ, op. cit. Voir le chapitre i, Droit naturel et sociabilitĂ© ». J. Bentham, An Introduction to the Principles of Morals and Legislation, 1789, in The Works of Jeremy Bentham, John Browning ed., Edinburgh, W. Tait, 1838, I, i, 2, p. 1. J. Stuart Mill, Autobiography, 1873, citĂ© in M. Canto-Sperber, La PhilosophieâŠ, op. cit., p. 19. J. Stuart Mill, LâUtilitarisme, Flammarion, coll. Champs », 1993, p. 54. W. S. Jevons est considĂ©rĂ© comme lâautre grand thĂ©oricien de lâĂ©cole nĂ©oclassique. Mais alors que L. Walras fait partie de lâĂ©cole de Lausanne quâil a fondĂ©e, Jevons 1835-1882 appartient Ă lâĂ©cole anglaise. Ce type dâanalyse, que lâon a appelĂ© la rĂ©volution marginaliste, est appliquĂ© par les nĂ©oclassiques Ă de trĂšs nombreux domaines. Voir les Principes dâĂ©conomie politique de A. Marshall pour sa description. Marshall donne lâexemple des mĂ»res une personne cueille des mĂ»res pour les manger. Cette action lui donne du plaisir pendant un moment. Mais, aprĂšs en avoir mangĂ© une certaine quantitĂ©, le dĂ©sir diminue et la fatigue sâaccroĂźt. Lorsque le dĂ©sir de se rĂ©crĂ©er et son Ă©loignement pour le travail de cueillir des mĂ»res contrebalancent le dĂ©sir de manger, lâĂ©quilibre est atteint. » L. Walras, ĂlĂ©ments dâĂ©conomie pure, op. cit. LâĆuvre de Nietzsche nâest quâun long dĂ©veloppement de cette idĂ©e les valeurs, Ă©crit par exemple Nietzsche, sont le rĂ©sultat de certaines perspectives dâutilitĂ© bien dĂ©finies, destinĂ©es Ă maintenir et Ă fortifier certaines formes de domination humaine » VolontĂ© de puissance, Gallimard, 1947, tome I, livre II, § 58, p. 218. Il nây a pas une vĂ©ritĂ© unique que nous pourrions atteindre, mais un pluralisme des points de vue qui correspond au pluralisme foncier du monde lui-mĂȘme. On lira sur ce point J. Granier, Le ProblĂšme de la vĂ©ritĂ© dans la philosophie de Nietzsche, Seuil, 1966. Elle est composĂ©e de personnages comme C. Menger 1840-1921, E. Böhm-Bawerk 1851-1914, F. von Hayek. F. von Hayek, Scientisme et sciences sociales, Presses-Pocket, coll. Agora », 1986, p. 54. Voir en particulier Droit, lĂ©gislation, libertĂ©, oĂč cette approche est particuliĂšrement dĂ©veloppĂ©e, avec la notion des ordres construits ou fabriquĂ©s taxis et des ordres spontanĂ©s ou mĂ»ris kosmos, PUF, 1985. Walras est connu pour avoir trouvĂ© le thĂ©orĂšme de lâĂ©quilibre gĂ©nĂ©ral, câest-Ă -dire dĂ©montrĂ© quâil existait une solution au systĂšme dâĂ©quations reprĂ©sentant les relations dâĂ©change sur le marchĂ© ou les marchĂ©s des produits, des facteurs de production et de la monnaie, ou encore quâil existe un systĂšme de prix qui permet dâatteindre un Ă©tat dâĂ©quilibre stable, et donc une autorĂ©gulation de lâactivitĂ© Ă©conomique. LâĂ©cole de Vienne ira encore plus loin dans cette maniĂšre de considĂ©rer quâil existe un ordre naturel il y a, profondĂ©ment inscrit dans la pensĂ©e libĂ©rale, lâidĂ©e quâil existe un ordre naturel ; y toucher » reviendrait Ă ouvrir la boĂźte de Pandore⊠Cette idĂ©e trouve une expression presque caricaturale chez Hayek, lorsquâil explique que jamais aucun ordre construit ne parviendra Ă Ă©galer la prĂ©cision et la justesse de lâordre naturel. Cf. Droit, lĂ©gislation, libertĂ©, op. cit. Comme lâĂ©crit F. Fourquet, in Richesse et puissance, op. cit., p. 262. Lâhabit dâĂ©conomiste revĂȘt donc un observateur comme un autre. Tous les Ă©conomistes classiques ont eu une intuition primordiale sur un ordre de prioritĂ©. Les catĂ©gories comptables ou Ă©conomiques nâont Ă©tĂ© que les moyens intellectuels pour traduire et communiquer cette intuition dans un langage codifiĂ© dâapparence scientifique. Ce qui les conduit, câest un critĂšre sur la nature de la bonne utilitĂ©. [âŠ] LâidĂ©al historique opĂšre le partage entre le bon grain productif et lâivraie improductive. » Ainsi doit-on comprendre le fait que câest la production dâobjets matĂ©riels devant ĂȘtre vendus qui est valorisĂ©e. Sur le rapport entre le concept de nation et lâĂ©conomie, voir F. Fourquet, Richesse et puissance, op. cit. Il suffit de relire Malthus dĂšs le dĂ©but de sa recherche, câest lâĂ©change qui est au centre de la question. Il ne sâagit que de savoir si lâĂ©change doit porter sur des objets matĂ©riels ou immatĂ©riels. Pour cela, il est nĂ©cessaire de postuler une harmonie des intĂ©rĂȘts telle que, lorsque je poursuis mon intĂ©rĂȘt, soit je poursuis en mĂȘme temps celui des autres fusion des intĂ©rĂȘts, grĂące Ă la bienveillance, par exemple, soit le bien des autres en rĂ©sulte conformĂ©ment Ă lâordre naturel identitĂ© naturelle des intĂ©rĂȘts, la main invisible, soit le bien de tous en rĂ©sulte par une construction identification artificielle des intĂ©rĂȘts, cf. J. Bentham. Pour toutes ces questions, voir E. HalĂ©vy, La Formation du radicalisme philosophique, Felix Alcan, 1903, Ă©puisĂ©, Ă paraĂźtre aux PUF, coll. Philosophie morale », et en particulier le premier volume La Jeunesse de Bentham. Voir sur ces questions A. Sen, Ăthique et Ă©conomie, PUF, 1994 ; Dupuy, Le Sacrifice et lâenvie, Calmann-LĂ©vy, 1992 ; Ph. Van Parijs, Quâest-ce quâune sociĂ©tĂ© juste ?, Seuil, 1991 ; S. C. Kolm, Philosophie de lâĂ©conomie, Seuil, 1985 ; et, Ă©videmment, J. Rawls, ThĂ©orie de la justice, Seuil, 1987, en particulier le chapitre v, consacrĂ© Ă lâutilitarisme. Ou encore plus simplement Si, et seulement si, il est impossible dâaccroĂźtre lâutilitĂ© dâune personne sans rĂ©duire celle dâune autre personne », A. Sen, Ăthique et Ă©conomie, op. cit., p. 32. Le produit intĂ©rieur brut se calcule en additionnant les valeurs ajoutĂ©es par toutes les branches, câest-Ă -dire en additionnant les valeurs des biens et services de chaque branche, dont ont Ă©tĂ© retranchĂ©es les valeurs des consommations intermĂ©diaires. Le SECN a Ă©largi le concept de production adoptĂ© dans lâancien systĂšme 1976 la production Ă©tait considĂ©rĂ©e comme lâensemble des biens et services Ă©changĂ©s sur un marchĂ© ou susceptibles de sây Ă©changer. Ainsi lâapport des administrations Ă©tait-il exclu puisque les services quâelles rendent ne font en gĂ©nĂ©ral pas lâobjet dâune vente. On continue nĂ©anmoins de distinguer entre le PIB marchand et le PIB non marchand. Mais, comme les prestations correspondant Ă des fonctions collectives, le plus souvent prises en charge par des administrations, ne sont pas marchandes, elles sont mesurĂ©es par les dĂ©penses quâelles reprĂ©sentent salaires et consommations intermĂ©diaires. Dans cette mesure, les services rendus par les administrations sont conçus comme nâĂ©tant Ă lâorigine dâaucun enrichissement pour la collectivitĂ©. La mĂȘme activitĂ©, en revanche, si elle Ă©tait exercĂ©e par une entreprise privĂ©e et Ă©tait vendue pour une valeur supĂ©rieure Ă son coĂ»t de revient, ce qui est habituellement le cas, serait considĂ©rĂ©e comme ayant enrichi la collectivitĂ© de cette diffĂ©rence. Bien quâĂ©tant Ă lâorigine dâune dĂ©pense totale plus grande coĂ»t de revient plus valeur ajoutĂ©e, lâactivitĂ© privĂ©e est donc considĂ©rĂ©e comme enrichissant la collectivitĂ©, mais ce nâest pas le cas de la prestation rĂ©alisĂ©e par lâadministration. La production est lâactivitĂ© Ă©conomique socialement organisĂ©e qui consiste Ă crĂ©er des biens et services sâĂ©changeant habituellement sur le marchĂ© et/ou obtenus Ă partir de facteurs de production sâĂ©changeant sur le marchĂ© », SystĂšme Ă©largi de comptabilitĂ© nationale. Cf. A. Chadeau, A. Fouquet, Peut-on mesurer le travail domestique ? », Ăconomie et statistiques, no 136, septembre 1981. LâĂ©tude avait montrĂ© que les Français consacraient plus de temps au travail domestique quâau travail rĂ©munĂ©rĂ©. Pigou, LâĂconomie du bien-ĂȘtre, 1920. Comme lorsque par exemple nous consommons des ressources naturelles non reproductibles ou trĂšs longues Ă reproduire et que nous nâĂ©tablissons pas de bilan entre cette disparition et la production dâune richesse, ou que nous transformons des relations sociales denses en services marchands. Le PIB est lâagrĂ©gat le plus utilisĂ© pour comparer la croissance des Ă©conomies nationales. Or, sa signification reste limitĂ©e, car il ne reprĂ©sente pas le gain Ă©conomique net rĂ©alisĂ© dans le processus de production, puisquâil peut ĂȘtre obtenu par usure du capital existant. [âŠ] LâagrĂ©gat le plus apte Ă mesurer le bien-ĂȘtre semble donc ĂȘtre le produit national net, mais celui-ci nâintĂšgre pas tous les Ă©lĂ©ments permettant une Ă©valuation prĂ©cise des gains nets dâutilitĂ©. Certains Ă©lĂ©ments ne font pas lâobjet de comptabilisation alors quâils augmentent lâutilitĂ© globale, il en est ainsi des services gratuits de lâĂ©conomie domestique. Plus importants encore, les inconvĂ©nients, nĂ©s des nuisances de la sociĂ©tĂ© industrielle, ne figurent pas en gĂ©nĂ©ral dans les tableaux comptables comme flux nĂ©gatifs. Bien plus, quand les dĂ©sutilitĂ©s externes qui accompagnent la croissance sont comptabilisĂ©es, elles ne sont retenues que par le biais des dĂ©penses de reconstitution partielle de lâenvironnement et sont considĂ©rĂ©es comme un accroissement du produit », D. Flouzat, Ăconomie contemporaine, PUF, 1981, tome I, p. 70. SystĂšme Ă©largi de comptabilitĂ© nationale, base 1980, MĂ©thodes, collections de lâInsee, C. 140-141, juin 1987, et O. Arkhipoff, Peut-on mesurer le bien-ĂȘtre national ?, collections de lâInsee, C. 41, mars 1976. Malthus, PrincipesâŠ, op. cit., p. 26. S. C. Kolm, Philosophie de lâĂ©conomie, op. cit., p. 250. Les douze pages que consacre Malthus Ă la recherche de ce quâest la richesse sont extraordinaires. Tous les arguments de lâĂ©poque en faveur dâune conception extensive de la richesse sont examinĂ©s. Il Ă©crit Tout savoir, fruit dâune Ă©ducation soignĂ©e ou de talents supĂ©rieurs, aurait le droit dâĂȘtre compris dans cette estimation de la richesse [âŠ] Pour ce qui regarde les objets immatĂ©riels, la difficultĂ© paraĂźt ĂȘtre insurmontable. OĂč pourrait-on sâen procurer un inventaire ? Ou comment pourrait-on en dresser un de la quantitĂ©, de la qualitĂ© de cette immense masse de savoir et de talents rĂ©servĂ©e Ă lâusage et Ă la consommation personnels de ceux qui les possĂšdent, aussi bien quâĂ celle de leurs amis ? En supposant mĂȘme quâil fĂ»t possible de faire un tel inventaire, comment pourrions-nous arriver Ă obtenir une Ă©valuation, mĂȘme approximative, des articles quâelle pourrait contenir ? », PrincipesâŠ, op. cit., p. 3-14. La prise en compte de lâĂ©change mutuellement avantageux comme source essentielle de richesses a certes constituĂ© un progrĂšs » par rapport Ă la conception exclusivement patrimoniale, au sens de possessions de terres, de biens meubles⊠et est allĂ©e de pair avec lâĂ©mergence de lâindividu. Mais aujourdâhui, de mĂȘme que nous avons Ă dĂ©passer le stade de la reconnaissance de lâindividu, nous devons inventer une conception de la richesse qui prenne en compte lâĂ©change mais ajoute cette dimension patrimoniale richesses des individus ne faisant pas nĂ©cessairement lâobjet dâun Ă©change, patrimoine collectif. Câest le capital quâon emploie en vue de retirer un profit qui met en mouvement la plus grande partie du travail utile dâune sociĂ©tĂ© », RecherchesâŠ, op. cit., p. 335. A. Smith, Ibid., p. 334-335. Malthus, PrincipesâŠ, op. cit., chapitre i. Dans Philosophie de lâĂ©conomie, op. cit., Kolm explique que le PNB a Ă©tĂ© inventĂ© en pĂ©riode de guerre et dâaprĂšs-guerre, câest-Ă -dire Ă un moment, en effet, oĂč lâessentiel Ă©tait de recommencer Ă produire Cet indice a Ă©tĂ© inventĂ© pour rĂ©aliser la politique keynĂ©sienne, calculĂ© dâabord en Angleterre pendant la guerre par Stone et Meade lâinventeur de lâexpression âproduit national brutâ comme arme secrĂšte pour lâorganisation de lâeffort de dĂ©fense, puis aux Ătats-Unis et dans les autres pays en France vers 1951. Son objectif initial Ă©tait de raisonner sur lâactivitĂ© et la production Ă©conomiques de sous-emploi. Il a ensuite Ă©tĂ© utilisĂ© pour mesurer les capacitĂ©s de production globales et leur croissance » p. 250. Voir plus gĂ©nĂ©ralement le chapitre xii La pensĂ©e Ă©conomique bouleverse le monde le vol dâIcare du keynĂ©sianisme ». A. Sen, Ăthique et Ă©conomie, op. cit., p. 32. J. Rawls, ThĂ©orie de la justice, op. cit., chap. v. E. HalĂ©vy, Les principes de la distribution des richesses », Revue de mĂ©taphysique et de morale, 1906, p. 545-595. Je remercie Jean Saglio dâavoir attirĂ© mon attention sur ce texte. R. Aron, Dix-Huit Leçons sur la sociĂ©tĂ© industrielle, leçon VI, Les types de sociĂ©tĂ© industrielle », Gallimard, coll. Folio », 1986, p. 127. Il Ă©crit aussi, p. 83 Il nây a pas de preuve que lâorganisation la plus efficace pour augmenter le plus vite possible la quantitĂ© de ressources collectives soit simultanĂ©ment lâorganisation qui rĂ©partisse le plus Ă©quitablement les biens disponibles. En termes abstraits, une Ă©conomie efficace nâest pas nĂ©cessairement une Ă©conomie juste. » A. Marshall, dans les Principes dâĂ©conomie politique, op. cit., 1890, analyse la maniĂšre dont les diffĂ©rentes classes sociales investissent de maniĂšre diffĂ©rente dans lâĂ©ducation de leurs enfants Le placement de capitaux en vue de lâĂ©ducation et du premier apprentissage des ouvriers en Angleterre est limitĂ© par les ressources des parents dans les divers rangs de la sociĂ©tĂ©. » Cf. Join-Lambert, Politiques sociales, op. cit. En matiĂšre dâassurance-maladie, par exemple, toutes les cotisations, qui sont proportionnelles aux salaires et non pas aux risques des individus, sont mutualisĂ©es, versĂ©es dans un mĂȘme fond qui sert au financement des soins de tous, donc selon les besoins de chacun. La logique est dâailleurs un peu celle du De chacun selon ses facultĂ©s Ă chacun selon ses besoins ». Il est obligatoire, dĂšs lors que lâon travaille ou que lâon se trouve dans un certain nombre de situations qui se rapprochent artificiellement de la condition de travailleur, de cotiser Ă un rĂ©gime de SĂ©curitĂ© sociale, pour lâemployeur et pour le salariĂ©. La protection ne dĂ©pend donc pas du bon vouloir ou de lâĂ©pargne du salariĂ©. Ceci constitue le meilleur moyen pour que toutes les personnes soient couvertes et pour que lâaccĂšs Ă la protection sociale ne dĂ©pende pas du niveau de ressources. Cf. Join-Lambert, Politiques sociales, op. cit., p. 270 et suivantes. P. Veyne, Comment on Ă©crit lâhistoire, Seuil, coll. Points », 1979. A. Sen, Ăthique et Ă©conomie, op. cit., p. 10. L. Robbins, Essai sur la nature et la signification de la science Ă©conomique, MĂ©dicis, 1947, citĂ© in M. Godelier, RationalitĂ© et irrationalitĂ© en Ă©conomie, Maspero, 1966, p. 19. Cette dĂ©finition est trĂšs cĂ©lĂšbre parce quâelle sera reprise par toute une tradition L. von Mises, P. Samuelson, R. Burling⊠M. Herskovitz, E. LeClair, R. Burling, R. Salisbury, H. Schneider, citĂ©s in M. Godelier, RationalitĂ©âŠ, op. cit., et surtout in M. Godelier, Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit. Ibid., p. xi. R. Burling, ThĂ©ories de la maximisation et anthropologie Ă©conomique », in M. Godelier, Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit., p. 113. E. LeClair Jr, ThĂ©orie Ă©conomique et anthropologie Ă©conomique », in Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit., p. 124-126. Câest nous qui soulignons. Cf. ci-dessus, note 354 concernant L. Robbins. Il nây a pas de techniques ni de buts Ă©conomiques spĂ©cifiques. Câest seulement la relation entre des fins et des moyens qui est Ă©conomique. [âŠ] Si tout comportement impliquant une allocation de moyens est Ă©conomique, alors la relation dâune mĂšre Ă son bĂ©bĂ© est Ă©galement une relation Ă©conomique, ou plutĂŽt a un aspect Ă©conomique, tout autant que la relation dâun employeur avec son ouvrier salariĂ© », R. Burling, in M. Godelier, RationalitĂ©âŠ, op. cit., p. 19. O. Lange, Ăconomie politique, PUF, 1962, citĂ© in M. Godelier, RationalitĂ©âŠ, op. cit., p. 24. K. Polanyi, LâĂ©conomie en tant que procĂšs institutionnalisĂ© », traduit in M. Godelier, Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit., p. 53-54. La mĂ©thode ainsi que le contenu de la thĂ©orie Ă©conomique sont issus de deux caractĂ©ristiques fondamentales de lâAngleterre du xixe siĂšcle la production industrielle en usines et le marchĂ©. En tant que principe dâintĂ©gration de toute lâĂ©conomie, lâĂ©change marchand oblige ses participants Ă se conformer Ă des rĂšgles trĂšs spĂ©ciales. Chacun tire sa subsistance de la vente de quelque chose sur le marchĂ©. [âŠ] Il faudrait souligner que câest lâorganisation marchande qui oblige ses participants Ă rechercher le gain matĂ©riel personnel », G. Dalton, ThĂ©orie Ă©conomique et sociĂ©tĂ© primitive », traduit in M. Godelier, Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit., p. 183. Sur la notion de besoin, voir les extraits et les textes de W. Moore p. 193, J. Boecke p. 241, M. Sahlins p. 243, in M. Godelier, Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit. Dans une Ă©conomie domestique, la motivation Ă©conomique nâagit pas continuellement ; câest pourquoi les gens ne travaillent pas continuellement. En somme, il y a deux voies vers la satisfaction, vers la rĂ©duction de lâĂ©cart entre fins et moyens produire beaucoup ou dĂ©sirer peu. OrientĂ©e comme elle lâest vers une modeste production des moyens de subsistance, lâĂ©conomie domestique choisit la seconde solution, la voie du Zen. Les besoins, disons-nous, sont limitĂ©s. Leur activitĂ© Ă©conomique ne se fragmente pas en un troupeau galopant de dĂ©sirs aiguillonnĂ©s par un sentiment continu dâinadĂ©quation câest-Ă -dire par une raretĂ© des moyens », M. Sahlins, LâĂ©conomie tribale », traduit in M. Godelier, Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit., p. 243. Voir les textes citĂ©s dans M. Godelier, Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit., p. 183-212 Les hypothĂšses paramĂ©triques de lâanalyse Ă©conomique dâautrefois Ă©taient prĂ©sentĂ©es comme des faits physiques. Les lois de lâĂ©conomie marchande que lâon en dĂ©rivait prenaient de ce fait valeur de lois de la nature. Les processus Ă©conomiques semblaient rĂ©pondre Ă des lois physiques particuliĂšres, distinctes des conventions sociales. Lâapproche Ă©conomistique qui sĂ©parait lâĂ©conomie de la sociĂ©tĂ© et crĂ©ait un corps dâanalyse thĂ©orique de lâindustrialisme marchand trouva une expression plus raffinĂ©e vers la fin du xixe siĂšcle dans les travaux de Jevons, Menger, Clark et Marshall. [âŠ] La nĂ©cessitĂ© institutionnelle pour les individus de poursuivre leur intĂ©rĂȘt privĂ© matĂ©riel au sein dâune Ă©conomie marchande se reflĂ©ta idĂ©ologiquement sous la forme de gĂ©nĂ©ralisations portĂ©es sur la nature de lââhommeâ dans la sociĂ©tĂ©. » Voir lâarticle de M. Sahlins citĂ© in M. Godelier, Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit., en particulier p. 236 et suivantes. Ce qui, dans la sagesse conventionnelle de la science Ă©conomique, constitue des facteurs exogĂšnes ou non Ă©conomiques reprĂ©sente, dans la rĂ©alitĂ© tribale, lâorganisation mĂȘme du processus Ă©conomique. Lâanthropologie Ă©conomique ne peut les concevoir comme extĂ©rieurs, comme empiĂ©tant de quelque part Ă lâextĂ©rieur sur le domaine de lâĂ©conomie. Ils sont lâĂ©conomie, ils sont des Ă©lĂ©ments fondamentaux du calcul Ă©conomique et de toute analyse vĂ©ritable quâon peut en faire. Ă ce sujet, on pourrait dire en gĂ©nĂ©ral ce quâEvans-Pritchard disait Ă propos des Nuer âOn ne peut traiter des rapports Ă©conomiques des Nuer en soi, car ils font toujours partie des rapports sociaux directs de type gĂ©nĂ©ralâ. » Câest cette tradition qui a Ă©tĂ© nommĂ©e institutionnalisme et dont se rĂ©clament aujourdâhui non seulement des juristes, mais aussi des sociologues, dont lâidĂ©e maĂźtresse consiste Ă dire que le marchĂ© nâexiste pas tout seul et ne rĂ©git pas la sociĂ©tĂ©, mais que câest au contraire un ensemble dâinstitutions, produit spĂ©cifiquement humain, culturel et social, qui rĂ©git celle-ci et le marchĂ©. Câest lâinstitution qui est premiĂšre. E. HalĂ©vy, Les principes de la distribution des richesses », art. cit. Câest nous qui soulignons. La Science Ă©conomique en France, ouvrage collectif, La DĂ©couverte, 1989. La citation est extraite de lâintroduction de M. Guillaume, Le sommeil paradoxal de lâĂ©conomie politique », p. 5. O. Lange, Ăconomie politique, citĂ© in M. Godelier, RationalitĂ©âŠ, op. cit., p. 26. M. Allais, Fondements dâune thĂ©orie positive des choix comportant un risque », citĂ© in M. Godelier, RationalitĂ©âŠ, op. cit., p. 43. A. dâAutume, in La Science Ă©conomique en France, op. cit., p. 17. Lors dâune Ă©mission qui faisait dialoguer, sur Arte, A. Gorz et le commissaire gĂ©nĂ©ral au Plan, de Foucault, cet argument avait Ă©tĂ© mis en Ă©vidence. Ă A. Gorz expliquant que lâon pouvait envisager de renoncer Ă une augmentation aveugle de la production, de Foucault rĂ©pondait Mais il reste tant de besoins insatisfaits »⊠Il oubliait, bien sĂ»r, de dire qui exprimait ces besoins et si lâaugmentation de la production avait bien pour but de satisfaire ces besoins-lĂ . Ce nâest pas que dans les sociĂ©tĂ©s socialistes quâil est conçu comme un producteur, ce nâest pas que dans les sociĂ©tĂ©s capitalistes quâil est conçu comme un consommateur ; câest lâimage moderne de lâhomme. Habermas, La crise de lâĂtat providence », in Ăcrits politiques, op. cit., p. 115-116. Il ne faut pas oublier que Keynes a commencĂ© Ă ĂȘtre Ă©coutĂ© lorsquâon sâest aperçu quâil pouvait y avoir un Ă©quilibre de sous-emploi, et donc une anomalie majeure de la rĂ©gulation, laquelle prĂ©suppose le plein emploi. M. Guillaume, in La Science Ă©conomique en France, op. cit., p. 6. Câest le processus que met bien en Ă©vidence P. Rosanvallon dans La Crise de lâĂtat-providence, op. cit., et quâil fait remonter Ă la RĂ©volution française lâĂtat dissout les corps intermĂ©diaires pour nâavoir plus en face de lui que des individus dispersĂ©s, qui nâont pas le droit de se coaliser et en face desquels lâĂtat apparaĂźt tout-puissant. Sur ce point, dĂ©montrĂ© de maniĂšre trĂšs concrĂšte et passionnante, cf. A. M Guillemard, Le DĂ©clin du social, PUF, 1986. Habermas, La Technique et la science comme idĂ©ologie », op. cit., p. 40. La fameuse technostructure dont Galbraith dĂ©crit la puissance Ă cĂŽtĂ© des propriĂ©taires des entreprises. PrononcĂ©e en 1919 et rassemblĂ©e avec une autre Le mĂ©tier et la vocation de savant » sous le titre gĂ©nĂ©ral Le Savant et le Politique, qui manque la signification essentielle du propos. On se rĂ©fĂšre ici Ă lâĂ©dition de poche, M. Weber, Le Savant et le Politique, 10/18, 1971. M. Weber, LâĂthique protestanteâŠ, op. cit., p. 81-104. M. Weber, Le Savant et le Politique, op. cit., p. 121 et 123. La comptabilitĂ© nationale fut conçue en France Ă lâimage de celle de lâentreprise. Les anciens Ă©conomistes, mĂȘme Smith, avaient en tĂȘte de diriger la nation productive comme une entreprise, un capital Ă gĂ©rer et Ă faire grandir », F. Fourquet, La Richesse et la Puissance, op. cit., p. 267. J. Rawls, ThĂ©orie de la justice, op. cit., p. 40 et 43. Rawls rappelle plus loin p. 175 que le concept de rationalitĂ© est celui qui est bien connu dans la thĂ©orie du choix rationnel lâindividu rationnel est celui qui a un ensemble cohĂ©rent de prĂ©fĂ©rences face aux options disponibles. Il hiĂ©rarchise ces options selon la façon dont elles rĂ©alisent ses buts. Cet individu ne souffre ni de lâenvie, ni de lâhumiliation, ni de la jalousie. Ibid., op. cit., p. 30. R. Burling, ThĂ©ories de la maximisation et anthropologie Ă©conomique », citĂ© in Godelier, Un domaine contestĂ©âŠ, op. cit., p. 110. Cf. la fin du chapitre iii du prĂ©sent ouvrage. Les thĂ©ories politiques du contrat se sont rĂ©vĂ©lĂ©es impuissantes Ă fonder une sociĂ©tĂ© conçue autrement que comme un agrĂ©gat. Hobbes et Rousseau parviennent nĂ©anmoins Ă donner une unitĂ© organique Ă la sociĂ©tĂ© quâils dĂ©crivent, le premier grĂące Ă la quantitĂ© de pouvoir que les individus transfĂšrent au souverain, le second grĂące au caractĂšre presque sacrĂ© du pacte qui transforme dâun coup la multitude en corps Et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout [âŠ] Ă lâinstant [âŠ], cet acte dâassociation produit un corps moral et collectif [âŠ], lequel reçoit de ce mĂȘme acte son unitĂ©, son moi commun, sa vie et sa volontĂ© » Contrat social livre I, chapitre iv ; câest nous qui soulignons. Mais cette transmutation initiale est tout aussi miraculeuse que celle qui permet de passer de la multiplicitĂ© des volontĂ©s particuliĂšres Ă la volontĂ© gĂ©nĂ©rale cf. Contrat social, livre II, chapitre iii. MalgrĂ© les nombreuses explications convaincantes qui ont Ă©tĂ© donnĂ©es de ces deux opĂ©rations cf. R. DerathĂ©, Rousseau et la science politique de son temps, op. cit., A. Philonenko, Jean-Jacques Rousseau et la pensĂ©e du malheur, Vrin, 1984, on ne peut nier que la pensĂ©e de Rousseau demeure aporĂ©tique, en raison de son point de dĂ©part individualiste, ainsi que le met en Ă©vidence lâintervention du lĂ©gislateur Contrat social, livre II, chapitre vii. Il nous semble quâen revanche Hegel Ă©vite cette impasse parce que son point de dĂ©part est situĂ© dans lâhistoire et dans la sociĂ©tĂ©. Comme câest le cas chez Rousseau. Câest parce quâil croit que lâhomme nâest pas essentiellement, originellement et exclusivement producteur, mais aussi un ĂȘtre parlant homo loquax, que Habermas a consacrĂ© une grande partie de sa philosophie Ă la communication et Ă lâhermĂ©neutique. Il sâintĂ©resse non seulement Ă la maniĂšre dont les signes renvoient au sens, mais Ă©galement Ă la façon dont une communautĂ© peut voir son rapport Ă son histoire ou Ă elle-mĂȘme obscurci, et au fait quâelle a besoin, pour se parler, de sâaccorder sur un certain nombre de rĂšgles qui permettent lâexercice mĂȘme de la parole. Câest encore une fois le schĂšme de lâĂ©quilibre qui domine, Ă©quilibre adĂ©quat entre des revendications concurrentes », ThĂ©orie de la justice, op. cit., p. 36. Ce schĂšme est Ă©videmment profondĂ©ment Ă©conomique. La notion mĂȘme de voile dâignorance et de justice procĂ©durale renvoie Ă lâĂ©conomie, comme le montre cette rĂ©fĂ©rence Ă Hayek, citĂ© par Dupuy dans Le Sacrifice et lâEnvie, op. cit., p. 227 Câest seulement parce que nous ne pouvons prĂ©dire le rĂ©sultat effectif de lâadoption dâune rĂšgle dĂ©terminĂ©e que nous pouvons admettre lâhypothĂšse quâelle augmentera les chances de tous Ă©galement. Que ce soit lâignorance du rĂ©sultat futur qui rend possible lâaccord sur les rĂšgles [âŠ], câest ce que reconnaĂźt la pratique frĂ©quente qui consiste Ă rendre dĂ©libĂ©rĂ©ment imprĂ©visible un rĂ©sultat, afin de rendre possible lâaccord sur une procĂ©dure⊠» J. Rawls, ThĂ©orie de la justice, op. cit., p. 38. Câest nous qui soulignons. Parmi toutes les conceptions traditionnelles, je crois que câest celle du contrat qui se rapproche le mieux de nos jugements bien pesĂ©s sur la justice et qui constitue la base morale qui convient le mieux Ă une sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique », Ă©crit Rawls, ibid., p. 20. La justice sociale est lâapplication du principe de prudence rationnelle Ă une conception du bien-ĂȘtre du groupe considĂ©rĂ© comme un agrĂ©gat », ibid., p. 50. Câest parce quâil proposait une synthĂšse tellement dĂ©licate que Rawls a Ă©tĂ© introduit et surtout trĂšs commentĂ© en France, en particulier aprĂšs la publication dâun rapport du CERC, en 1989, montrant que les inĂ©galitĂ©s avaient fortement augmentĂ© en France dans les annĂ©es 1980 Les Revenus des Français, le tournant des annĂ©es 80, Documents du CERC, no 94. Rawls fut opportunĂ©ment citĂ© dans un document de travail du Commissariat gĂ©nĂ©ral du Plan intitulĂ© InĂ©galitĂ©s 90, lâannĂ©e suivante, pour illustrer le fait que certaines inĂ©galitĂ©s Ă©taient tout Ă fait supportables, alors que dâautres ne lâĂ©taient pas Des rĂ©flexions thĂ©oriques rĂ©centes, pouvait-on lire dans ce document, permettent de porter un regard nouveau sur les inĂ©galitĂ©s considĂ©rĂ©e avant la crise comme un bien en soi, la rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s apparaĂźt aujourdâhui comme une question plus complexe. » Toutes les inĂ©galitĂ©s ne doivent pas ĂȘtre combattues, bien au contraire. Sur lâintroduction de Rawls en France et les diverses interprĂ©tations dont il a Ă©tĂ© lâobjet, on pourra lire B. ThĂ©ret, âLe Rawlsismeâ Ă la françaiseâ, le marchĂ© contre lâĂ©galitĂ© dĂ©mocratique ? », Futur antĂ©rieur, no 8, hiver 1991, et Y. Roucaute, Rawls en France », in LâĂvolution de la philosophie du droit en Allemagne et en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, PUF, 1991. Ce dernier Ă©crit, p. 213 Câest lâĂ©poque oĂč lâon commence Ă croire, sur fond de ruine des dĂ©rivĂ©s du lĂ©ninisme, que Rawls pourrait ĂȘtre un atout non nĂ©gligeable pour penser dans le âlibĂ©ralismeâ devenu hĂ©gĂ©monique, mais Ă gauche. » Il poursuit, p. 223 Les intellectuels âde gaucheâ nâacceptaient pas avant 1982 une thĂ©orie qui lĂ©gitimait lâinĂ©galitĂ© sociale, marquĂ©e du sceau du lieu culturel de sa production nord-amĂ©ricaine ; les libĂ©raux français voyaient dans le principe de diffĂ©rence celui de la redistribution, et donc lâinterventionnisme de lâĂtat. [âŠ] DâoĂč le succĂšs la rĂ©fĂ©rence Ă Rawls nâest guĂšre dissociable dâune double crise qui coĂŻncide en quelques annĂ©es. » Sur tous ces auteurs, on pourra lire Dupuy, Ph. Van Parijs, A. Sen, dĂ©jĂ citĂ©s, et aussi Kervegan, Y a-t-il une philosophie libĂ©rale ? Remarques sur les Ćuvres de J. Rawls et F. von Hayek », Rue Descartes, no 3, 1992, ainsi que Individu et justice sociale, autour de John Rawls, Seuil, coll. Points », 1988. F. von Hayek, Droit, lĂ©gislation, libertĂ©, tome I, PUF, 1986, chapitre v. K. Polanyi, La Grande Transformation, op. cit., chapitre v. Dans ce chapitre, ainsi que dans les deux prĂ©cĂ©dents, Polanyi met bien en Ă©vidence que câest ce schĂšme autorĂ©gulateur qui caractĂ©rise lâĂ©conomie. Il Ă©crit, p. 88 La sociĂ©tĂ© est gĂ©rĂ©e en tant quâauxiliaire du marchĂ©. [âŠ] Au lieu que lâĂ©conomie soit encastrĂ©e dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrĂ©es dans le systĂšme Ă©conomique. » P. Batifoulier, L. Cordonnier, Y. Zenou, Le don contre-don, approche Ă©conomique et approche de la sociologie », Revue Ă©conomique, septembre 1992 ; B. Reynaud, ThĂ©orie des salaires, op. cit., et Le Salaire, la RĂšgle et le MarchĂ©, op. cit. Ibid. Voir les ouvrages de J. Elster, Leibniz et la formation de lâesprit capitaliste, Aubier, 1975 ; Karl Marx, une interprĂ©tation analytique, PUF, 1989 ; et la revue Actuel Marx, no 7 Le marxisme analytique anglo-saxon ». Pour une bibliographie et une analyse de lâinstitutionnalisme amĂ©ricain, voir L. Bazzoli, T. Kirat, Villeval, Contrat et institutions dans la relation salariale pour un renouveau institutionnaliste », Travail et Emploi, no 58, 1994. Sur Commons, voir note ronĂ©otĂ©e, L. Bazzoli, La crĂ©ation nĂ©gociĂ©e et pragmatique de rĂšgles. Apport de lâanalyse institutionnaliste de Commons et enjeux dâune action collective rĂ©gulatrice du rapport salarial », avril 1993. Voir par exemple M. Lallement, ThĂ©orie des jeux et Ă©quilibres sociaux », Revue du Mauss, no 4, second semestre 1994. A. Sen, Ăthique et Ă©conomie, op. cit., voir tout le chapitre ii, Jugements sur lâĂ©conomie et philosophie morale ». A. Sen Ă©crit, p. 45 Par consĂ©quent, puisque la thĂšse de lâutilitĂ© en tant que seule source de valeur repose sur lâassimilation de lâutilitĂ© et du bien-ĂȘtre, on peut la critiquer pour deux raisons 1. parce que le bien-ĂȘtre nâest pas la seule valeur ; 2. parce que lâutilitĂ© ne reprĂ©sente pas correctement le bien-ĂȘtre. » F. Fourquet, Richesse et puissance, op. cit., p. 261. Il sâagit lĂ dâune formule bien connue de Jean Bodin. Chapitre IX. RĂ©inventer la politique sortir du contractualisme Il est de lâintĂ©rĂȘt public de corriger par une bienfaisance rĂ©flĂ©chie les maux rĂ©sultant des mauvaises institutions qui ont maintenu et propagĂ© la pauvretĂ© », ComitĂ© de mendicitĂ© de la Constituante, QuatriĂšme rapport, 1790. Voir aussi Barthe, PauvretĂ©s et Ătat-providence », art. cit. Le rapport de la Commission de lâassistance et de la prĂ©voyance publique, rĂ©digĂ© par A. Thiers en 1850, est un bon exemple de cette doctrine officielle. Par exemple Il importe que cette vertu [la bienfaisance], quand elle devient, de particuliĂšre, collective, de vertu privĂ©e, vertu publique, conserve son caractĂšre de vertu, câest-Ă -dire reste volontaire, spontanĂ©e, libre enfin de faire ou de ne pas faire, car autrement elle cesserait dâĂȘtre une vertu pour devenir une contrainte. » Voir aussi Join-Lambert, Politiques sociales, op. cit., p. 258-270. E. Durkheim, La Division sociale du travail, op. cit. Et, en particulier, Ă©videmment les dĂ©chirements » de notre systĂšme de protection sociale entre deux conceptions, lâune relevant de lâassurance et lâautre de la solidaritĂ©, cf. Join-Lambert, Politiques sociales, op. cit., p. 255. P. Laroque nous a confirmĂ© quâil sâagissait bien, en 1945, de mettre en place un vĂ©ritable systĂšme de sĂ©curitĂ© sociale couvrant la totalitĂ© de la population. Voir des extraits de lâexposĂ© des motifs de lâordonnance du 4 octobre 1945, in Join-Lambert, Politiques sociales, op. cit., p. 276. On y lit notamment Le problĂšme qui se pose alors est celui dâune redistribution du revenu national destinĂ©e Ă prĂ©lever sur le revenu des individus favorisĂ©s les sommes nĂ©cessaires pour complĂ©ter les ressources des travailleurs ou des familles dĂ©favorisĂ©es. [âŠ] EnvisagĂ©e sous cet angle, la sĂ©curitĂ© sociale obligatoire appelle lâamĂ©nagement dâune vaste organisation dâentraide obligatoire. » P. Rosanvallon, La Crise de lâĂtat-providence, op. cit. Lâopposition Gesellschaft/Gemeinschaft a Ă©tĂ© analysĂ©e par F. Tönnies, in CommunautĂ© et sociĂ©tĂ©. CatĂ©gories fondamentales de la sociĂ©tĂ© pure, Retz, 1977. Voir aussi L. Dumont, Essais sur lâindividualisme, op. cit. Kant, IdĂ©e dâune histoire universelle du point de vue cosmopolitique, opuscule Ă©crit en 1784, repris avec une sĂ©rie dâautres textes dans Opuscules sur lâhistoire, GF-Flammarion, 1990. Lâexpression insociable sociabilitĂ© » est utilisĂ©e par Kant ; elle dĂ©signe lâinclination des hommes Ă entrer en sociĂ©tĂ©, qui est cependant doublĂ©e dâune rĂ©pulsion gĂ©nĂ©rale Ă le faire, menaçant constamment de dĂ©sagrĂ©ger cette sociĂ©tĂ© ». Aristote, La Politique, op. cit., livre I, chapitre i, 1252a. Aristote ajoute dans le livre I, chapitre ii, 1252b-1253a Enfin, la communautĂ© formĂ©e de plusieurs villages est la citĂ© au plein sens du mot. [âŠ] Ainsi formĂ©e au dĂ©but pour satisfaire les seuls besoins vitaux, elle existe pour permettre de bien vivre. Câest pourquoi toute citĂ© est un fait de nature. [âŠ] La citĂ© est au nombre des rĂ©alitĂ©s qui existent naturellement, et lâhomme est par nature un animal politique. Et celui qui est sans citĂ©, naturellement et non par suite des circonstances, est ou un ĂȘtre dĂ©gradĂ© ou au-dessus de lâhumanitĂ©. » On se reportera Ă©galement aux analyses de E. Benveniste consacrĂ©es Ă la diffĂ©rence entre la citĂ© grecque et la civitas romaine la polis grecque est premiĂšre et fonde la relation dâappartenance qui dĂ©finit le citoyen ; la civitas romaine est seconde par rapport aux citoyens, câest la totalitĂ© additive des cives. Elle apparaĂźt donc comme une sommation, Ă©crit Benveniste, et elle rĂ©alise une vaste mutualitĂ©. E. Benveniste, ProblĂšmes de linguistique gĂ©nĂ©rale, tome II, Gallimard, coll. Tel », 1974, chapitre xx, p. 272-280. Voir sur ce point les nombreuses analyses dâI. Berlin, Ăloge de la libertĂ©, Presses-Pocket, 1990 ; Le Bois tordu de lâhumanitĂ©, Albin Michel, 1992, et Ă contre-courant. Essais sur lâhistoire des idĂ©es, Albin Michel, 1988. En 1985, J. Rawls prĂ©cisait sa pensĂ©e, Ă©crivant [La justice politique] doit tenir compte dâune diversitĂ© de doctrines et de la pluralitĂ© des conceptions du bien qui sâaffrontent et qui sont effectivement incommensurables entre elles, soutenues par les membres des sociĂ©tĂ©s dĂ©mocratiques existantes », in Individu et justice sociale, op. cit., p. 281. Sur cette interprĂ©tation, et pour la contredire, voir en particulier sur Hegel, E. Weil, Hegel et lâĂtat, op. cit. ; et sur Marx, la prĂ©face de M. Rubel aux Ćuvres de Marx, Gallimard, coll. La PlĂ©iade », op. cit. ; son ouvrage, Karl Marx, essai de biographie intellectuelle, RiviĂšre, 1971 ; et M. Henry, Marx, 2 tomes, Gallimard, 1976. Ces derniers distinguent fortement la pensĂ©e de Marx du marxisme. Les exemples sont multiples. Parmi les plus fameux, on retiendra les ouvrages de F. von Hayek, et plus encore ceux de K. Popper, en particulier La SociĂ©tĂ© ouverte et ses ennemis, Seuil, 1979, dans lequel Popper fait de Hegel lâancĂȘtre du totalitarisme. Mais, dâune maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, une trĂšs grande partie des travaux philosophico-logiques anglo-saxons sont destinĂ©s, depuis le dĂ©but du xxe siĂšcle, Ă dĂ©montrer lâinanitĂ© des propos de la mĂ©taphysique allemande. Dans ses Essais sur lâindividualisme, L. Dumont propose un lexique dans lequel on peut lire quâ on dĂ©signe comme holiste une idĂ©ologie qui valorise la totalitĂ© sociale et nĂ©glige ou subordonne lâindividu humain ». Or, toute la thĂšse de L. Dumont consiste Ă dire quâune sociĂ©tĂ© qui nâest pas conçue comme une agrĂ©gation est holiste, donc opprime lâindividu⊠L. Dumont dĂ©veloppe dans cet ouvrage comme dans dâautres une interprĂ©tation de Hegel qui passe Ă cĂŽtĂ© de lâapport vĂ©ritable de celui-ci, et qui le confond avec la grande masse des holistes ». Voir en particulier GenĂšses II », in Essais sur lâindividualisme, op. cit., oĂč L. Dumont interprĂšte les tentatives allemandes exclusivement comme une renaissance de lâuniversitas. L. Dumont, Homo aequalis, op. cit., p. 134. Nous nous appuyons largement sur ce livre, car câest, nous semble-t-il, lâun des mieux connus des responsables politiques et administratifs. Câest un classique qui constitue pour beaucoup un bon rĂ©sumĂ© de la thĂ©orie politique actuelle et dont se sont Ă©galement inspirĂ©s un certain nombre dâessayistes. ThĂ©orie de la justice, op. cit., p. 53. Ibid., p. 92. Ibid. Rawls Ă©crit Ă©galement que les institutions les plus importantes sont la protection lĂ©gale de la libertĂ© de pensĂ©e et de conscience, lâexistence de marchĂ©s concurrentiels ; la propriĂ©tĂ© privĂ©e des moyens de production et la famille monogamique en sont des exemples ibid., p. 33. Dupuy, Le Sacrifice et lâEnvie, op. cit. Toute la philosophie hĂ©gĂ©lienne du droit est une critique de lâidĂ©e de contrat, de mĂȘme que de lâindividualisme et du droit abstrait sur lesquels cette idĂ©e se fonde la volontĂ© pleinement autonome et lâindividu du droit romain ou de la philosophie du xviiie siĂšcle ne sont que des abstractions. Il nây a dâindividu que pleinement incarnĂ© dans une sociĂ©tĂ©, de volontĂ© que dĂ©jĂ Ă lâĆuvre dans le monde, de contrat que dans la sociĂ©tĂ©. Hegel, PrĂ©cis de lâEncyclopĂ©die des sciences philosophiques, Vrin, 1970, § 495. Voir aussi Principes de la philosophie du droit, op. cit., 75 et lâarticle de G. Planty-Bonjour, MajestĂ© de lâĂtat et dignitĂ© de la personne selon Hegel », in LâĂvolution de la philosophie du droitâŠ, op. cit., p. 7. Hegel, Principes de la philosophieâŠ, op. cit., § 258. Cf. A. Wellmer, ModĂšles de la libertĂ© dans le monde moderne », Critique, juin-juillet 1989, p. 506 et suivantes. En ce qui concerne Hegel, les exemples sont innombrables. On retiendra Le droit de la particularitĂ© du sujet Ă trouver sa satisfaction ou, ce qui revient au mĂȘme, le droit de la libertĂ© subjective constitue le point critique et central qui marque la diffĂ©rence entre les Temps modernes et lâAntiquitĂ© », in Principes de la philosophieâŠ, op. cit., § 124 ; ou encore Il faut Ă©valuer comme quelque chose de grand le fait quâaujourdâhui lâhomme en tant quâhomme est considĂ©rĂ© comme titulaire de droits en sorte que lâĂȘtre humain est quelque chose de supĂ©rieur Ă son statut. Chez les IsraĂ©lites, avaient des droits, seulement les HĂ©breux, chez les Grecs, seulement les Grecs libres, chez les Romains seulement les Romains et ils avaient des droits dans leur qualitĂ© dâHĂ©breux, de Grecs, de Romains, non en leur qualitĂ© dâhommes en tant que tels. Mais Ă prĂ©sent, comme source du droit, sont en vigueur les principes universels, et ainsi dans le monde a commencĂ© une nouvelle Ă©poque », citĂ© par G. Planty-Bonjour, MajestĂ© de lâĂtat⊠», art. cit. Câest ce que tend Ă dĂ©montrer toute la philosophie de Hegel non seulement lâindividu abstrait que dĂ©crivent les philosophies individualistes ou lâĂ©conomie du xviiie siĂšcle nâexiste pas, lâindividu nâexiste quâincarnĂ© dans une communautĂ©, une langue, un territoire, des institutions politiques, mais, de plus, lâĂtat est ce qui respecte infiniment lâindividu Le principe des Ătats modernes a cette force et cette profondeur prodigieuse de permettre au principe de la subjectivitĂ© de sâaccomplir au point de devenir lâextrĂȘme autonome de la particularitĂ© personnelle et de le ramener en mĂȘme temps dans lâunitĂ© substantielle, et ainsi de conserver en lui-mĂȘme cette unitĂ© substantielle », Principes de la philosophieâŠ, op. cit., § 260. Tocqueville dĂ©passe, lui aussi, lâĂ©tape de la libertĂ© nĂ©gative comme seul principe et tente de la concilier avec lâidĂ©e dâune communautĂ© politique. Câest pour cette raison que sa conception fait place Ă lâidĂ©e dâun bien commun et dâindividus discutant et dĂ©battant de la conception de ce bien commun La libertĂ© nĂ©gative telle quâelle sâincarne dans les structures de la sociĂ©tĂ© civile est ici transformĂ©e dans la libertĂ© positive ou rationnelle de citoyens qui agissent ensemble ; cette libertĂ© positive ou rationnelle revient Ă une forme de restauration de ces liens communautaires entre les individus dont lâabsence dĂ©finit leur existence en tant que propriĂ©taires indĂ©pendants. [âŠ] La libertĂ© seule [peut] retirer les citoyens de lâisolement dans lequel lâindĂ©pendance mĂȘme de leur condition les fait vivre, pour les contraindre Ă se rapprocher les uns des autres. [âŠ] Elle les rĂ©unit chaque jour par la nĂ©cessitĂ© de sâentendre, de se persuader, et de se complaire mutuellement dans la pratique dâaffaires communes. [âŠ] Seule elle fournit Ă lâambition des objets plus grands que lâacquisition des richesses », LâAncien rĂ©gime et la RĂ©volution, GF-Flammarion, 1988, p. 94-95. I. Berlin, Ăloge de la libertĂ©, op. cit., p. 50. Les spĂ©cialistes de Hegel ont montrĂ© depuis longtemps les confusions sur lesquelles sâappuyaient certaines lectures de Hegel il est bien au contraire, le penseur antinationaliste par excellence. Il est Ă©galement le concepteur de lâĂtat moderne, un Ătat fortement centralisĂ© dans son administration, largement dĂ©centralisĂ© en ce qui concerne les intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, avec un corps de fonctionnaires de mĂ©tier, sans religion dâĂtat. On lira sur tous ces points, outre les ouvrages dĂ©jĂ citĂ©s de J. Hippolyte, K. Papaionnou et E. Weil, une sĂ©rie dâarticles dans les Cahiers internationaux de sociologie, 1948, dont celui de J. Hippolyte, La conception hĂ©gĂ©lienne de lâĂtat et sa critique par Marx ». Voir Marx, Critique de la philosophie politique de Hegel, Ă©crit en 1843 et publiĂ© dans le tome I de La PlĂ©iade, qui est un commentaire acĂ©rĂ© des Principes de la philosophie du droit de Hegel et dont le nĆud est prĂ©cisĂ©ment lâarticulation entre sociĂ©tĂ© civile et Ătat. La critique de Marx est extrĂȘmement pertinente elle montre que, chez Hegel, les individus, mĂȘme sâils sont reconnus, ne participent pas rĂ©ellement Ă la dĂ©termination des objectifs de lâĂtat, que les ordres intermĂ©diaires ne servent quâĂ peu de chose et que la sociĂ©tĂ© civile nâa aucun moyen de se protĂ©ger des dĂ©bordements de lâĂtat voir en particulier p. 943. Mais Marx, de ce fait, en dĂ©duit quâil faut supprimer lâĂtat, et non le rĂ©former. Câest la Nation qui, dans le prĂ©ambule de la Constitution de 1946, assure Ă lâindividu et Ă la famille les conditions nĂ©cessaires Ă leur dĂ©veloppement, garantit Ă lâenfant, Ă la mĂšre et au vieux travailleur la protection sociale, le repos et les loisirs, proclame la solidaritĂ© et lâĂ©galitĂ© de tous les Français devant les charges⊠Dans cette tradition, on compte P. Rosanvallon, avec La Crise de lâĂtat-providence, op. cit., mais aussi I. Illich, qui critique lâĂtat au nom des valeurs dâusage ou du domaine vernaculaire ; voir en particulier Le Travail fantĂŽme, Seuil, 1981 ; Le ChĂŽmage crĂ©ateur, Seuil, 1977 ; LibĂ©rer lâavenir, Seuil, coll. Points », 1971 ; La ConvivialitĂ©, Seuil, 1975 ; mais aussi le premier » Habermas, par exemple La Technique et la Science comme idĂ©ologie », Gallimard, 1973. La quatriĂšme de couverture de La Crise de lâĂtat-providence indiquait ainsi Cet essai se propose de substituer une triple dynamique de la socialisation, de la dĂ©centralisation et de lâautonomisation Ă la logique classique de lâĂ©tatisation du social. » Sur le dĂ©veloppement des inĂ©galitĂ©s dans notre pays, voir en particulier Documents du CERC, Les Français et leurs revenus, le tournant des annĂ©es 80, no 94, La Documentation française et le rapport SantĂ© 2010, atelier Les inĂ©galitĂ©s devant la santĂ© », La Documentation française, 1993. Câest lâidĂ©e dĂ©veloppĂ©e depuis trente ans par Habermas et reprise des LumiĂšres accroĂźtre lâespace public, qui est le seul espace rĂ©ellement politique. Sur ce point, voir la thĂšse de Ferry, Habermas. LâĂ©thique de la communication, PUF, 1987, et ce que Ferry dit des premiers travaux de Habermas consacrĂ©s Ă cette notion. Lâexpression est de Habermas, La crise de lâĂtat-providence », in Ăcrits politiques, op. cit., p. 120. Habermas prĂ©cisait auparavant quâil nây avait pas de solution de rechange perceptible Ă lâĂtat social. Voir Nancy, La CommunautĂ© dĂ©sĆuvrĂ©e, Christian Bourgois, 1990. Le projet de la modernitĂ© est le projet dâune telle rĂ©conciliation entre la libertĂ© nĂ©gative et la libertĂ© communautaire. Il faut dire contre Marx et contre Hegel que ce projet est un projet en marche, sans solutions dĂ©finitives. [âŠ] Contre le libĂ©ralisme, il faut dire que, sans la rĂ©alisation dâune libertĂ© communautaire et rationnelle, et donc dâune forme dĂ©mocratique de vie Ă©thique, la libertĂ© nĂ©gative ne peut devenir quâune caricature ou quâun cauchemar », A. Wellmer, ModĂšles de la libertĂ© dans le monde moderne », art. cit. Câest une des grandes idĂ©es de Hannah Arendt que de penser que la sphĂšre de lâaction politique est son propre contenu ; autrement dit, câest en dĂ©battant du bien social que lâon fait le lien social ; cf. Essai sur la rĂ©volution, Gallimard, 1967. Il ne sâagit Ă©videmment pas de ne plus tenir compte des contraintes que nous impose notre intĂ©gration dans un systĂšme dâĂ©changes mondiaux et dans leurs institutions, mais de revoir progressivement la place que tient lâĂ©conomie dans nos sociĂ©tĂ©s modernes et de renverser le rapport Ă©conomie/politique en discutant des critĂšres de richesses considĂ©rĂ©s, du contenu de la croissance, du pĂ©rimĂštre pris en compte pour le calcul de la rentabilité⊠Il ne sâagit pas de rĂȘver » ou de prendre nos dĂ©sirs pour des rĂ©alitĂ©s, mais de redonner Ă lâĂ©conomie sa place celle dâune technique qui fait des calculs et propose diffĂ©rentes solutions, en affichant ses critĂšres, et dont les rĂ©sultats et les hypothĂšses de travail sont ensuite soumis Ă discussion. Et donc dâengager une vĂ©ritable rĂ©forme de notre comptabilitĂ© nationale de la soumettre Ă discussion et Ă examen, de ne pas laisser les Ă©conomistes dĂ©cider de ce qui est ou nâest pas une richesse pour la sociĂ©tĂ©. Dans Le DĂ©senchantement du monde, Gallimard, 1985, M. Gauchet explique que le rĂŽle de lâĂtat est dĂ©sormais de sâadapter totalement aux souhaits des citoyens LâĂtat dĂ©mocratique â bureaucratique â progresse Ă la mesure de son renoncement mĂȘme Ă toute vue prescriptive de lâavenir et de lâaccentuation de son ouverture reprĂ©sentative Ă la multiplicitĂ© mouvante des aspirations et des initiatives de ses administrĂ©s », p. 262. Câest sans doute avoir lĂ une idĂ©e insuffisante de la fonction de lâĂtat. La fonction de mĂ©diation ne peut se rĂ©duire Ă une fonction de reflet. La liste de tous les Ă©lĂ©ments que devrait publier lâĂtat comptes certifiĂ©s, analyses des revenus et de leurs Ă©carts, analyses des dĂ©penses publiques avec des comptabilitĂ©s analytiques intĂ©grĂ©es, etc. serait fixĂ©e dans une loi dâun caractĂšre particulier. Le rĂŽle de lâĂtat en matiĂšre de publicitĂ© » est essentiel publier selon une pĂ©riodicitĂ© donnĂ©e, et en les rendant accessibles, les donnĂ©es nĂ©cessaires au dĂ©bat social, sur la protection sociale, les diffĂ©rentes structures chargĂ©es de la gestion dâun intĂ©rĂȘt public ; publier les mĂȘmes donnĂ©es concernant son propre fonctionnement, de maniĂšre trĂšs prĂ©cise et sans quâaucun gouvernement puisse y Ă©chapper ; donner des informations sur la structure et lâĂ©volution des revenus et des avantages divers des diffĂ©rentes catĂ©gories socioprofessionnelles doit permettre dâamĂ©liorer la participation des citoyens au dĂ©bat public il nây a aucune raison que seuls les fonctionnaires spĂ©cialisĂ©s aient accĂšs Ă ces informations. LâĂtat nâa pas suffisamment recours Ă cette procĂ©dure. Ainsi par exemple, la loi DebrĂ© de 1958 sur les hĂŽpitaux prĂ©voyait que des cliniques privĂ©es pourraient obtenir des concessions de la part de lâĂtat, câest-Ă -dire prendre en charge un intĂ©rĂȘt public, en assurer la gestion, en suivant les objectifs fixĂ©s par lâĂtat. Au lieu de cela, se sont dĂ©veloppĂ©s, soit des hĂŽpitaux publics gĂ©rĂ©s de maniĂšre publique », soit des cliniques privĂ©es, dont les obligations Ă©taient et restent trĂšs peu pesantes et diffĂ©rentes de celles quâavait Ă remplir le public incapacitĂ© de lâĂtat Ă fixer des objectifs et Ă Ă©valuer rĂ©guliĂšrement leur rĂ©alisation, incapacitĂ© des acteurs privĂ©s Ă se plier aux contraintes issues de la prise en charge dâun intĂ©rĂȘt public⊠Qui est responsable ? Un raisonnement identique pourrait ĂȘtre tenu aujourdâhui en ce qui concerne la gestion de la SĂ©curitĂ© sociale distinguer intĂ©rĂȘt public et gestion publique, distinguer responsabilitĂ© gĂ©nĂ©rale et gestion quotidienne, cela est aujourdâhui essentiel. En particulier de lâENA, de maniĂšre Ă ce que cette Ă©cole forme des fonctionnaires et non des hommes politiques. Dans cet ordre dâidĂ©es, Habermas Ă©crit Les sociĂ©tĂ©s modernes disposent de trois ressources Ă partir desquelles elles peuvent subvenir Ă leurs besoins de rĂ©gulations lâargent, le pouvoir et la solidaritĂ©. Il serait nĂ©cessaire quâil y ait un rééquilibrage de leurs sphĂšres dâinfluence », La crise de lâĂtat-providence », in Ăcrits politiques, op. cit., p. 122. H. Bartoli, Science Ă©conomique et travail, op. cit., Le travail, source de droit », p. 51-54. Câest une notion qui a Ă©tĂ© rĂ©pandue en France par la traduction du livre de J. Rawls. Le terme fairness est traduit par Ă©quitĂ© » et J. Rawls parle de la thĂ©orie de la justice comme Ă©quitĂ© » voir p. 29, par exemple. Les sommes dĂ©pensĂ©es pour permettre aux familles disposant des plus hauts revenus dâutiliser une aide Ă domicile pour faire garder leurs enfants sont Ă©videment proportionnellement beaucoup plus Ă©levĂ©es quâune bonne politique dâĂ©quipements publics. Les Ă©quipements publics ont vu leur dĂ©veloppement entravĂ© en France, Ă la diffĂ©rence par exemple des pays scandinaves, parce quâils pĂšsent sur le budget de lâĂtat et obligent Ă recourir Ă lâimpĂŽt. On prĂ©fĂšre les solutions individuelles. Mais, comme on lâa dit, ces services publics ne doivent pas nĂ©cessairement ĂȘtre gĂ©rĂ©s par lâĂtat ; leur inscription comptable peut ĂȘtre revue si ce nâest que cela⊠; enfin, le tabou pesant sur lâimpĂŽt devrait faire aujourdâhui lâobjet dâune pĂ©dagogie active lâimpĂŽt sert Ă financer des fonctions collectives, il faut donc, et il suffit, quâil soit bien utilisĂ©. Pour cela, il reste Ă fixer des rĂšgles dâinformation et Ă amĂ©liorer la participation des citoyens au choix des prioritĂ©s et Ă la connaissance de ce Ă quoi lâargent public a Ă©tĂ© employĂ©. Voir le numĂ©ro spĂ©cial de la revue Droit social, no 3, mars 1990, sur ce thĂšme, et B. ThĂ©ret, Le ârawlsismeâ Ă la française », art. cit. La rĂ©gression Ă lâinfini Ă laquelle se livre Rawls ThĂ©orie de la justice, op. cit., p. 30 et suivantes est la suivante â une situation est Ă©quitable parce quâelle a Ă©tĂ© choisie dans des conditions Ă©quitables. Cette procĂ©dure aboutit, en fait, Ă un rĂ©sultat semblable Ă celui dâun tirage au sort. Ce qui est Ă©vident, câest quâordre naturel ou tirage au sort reviennent au mĂȘme il sâagit dâĂ©viter Ă tout prix le choix et la discussion, ainsi que la constitution dâun intĂ©rĂȘt commun. Chapitre X. DĂ©senchanter le travail Le terme a Ă©tĂ© popularisĂ© par Weber, qui utilise la formule dĂ©senchantement du monde » Ă de nombreuses reprises dans son Ćuvre. Le terme entzaubern, qui signifie dĂ©sensorceler, dĂ©senchanter, briser le charme », Ă©tait utilisĂ© dans le corpus romantique, en particulier par Goethe pour dĂ©signer le rĂ©sultat de lâAufklĂ€rung. Les LumiĂšres, lâutilisation de la raison ont vidĂ© le monde de ses forces magiques et mystĂ©rieuses, ont ĂŽtĂ© la dimension Ă©nigmatique du monde pour le soumettre aux sĂšches catĂ©gories de lâentendement. M. Weber, LâĂthique protestanteâŠ, op. cit., p. 117. Voir aussi C. Colliot-ThĂšlĂšne, Max Weber et lâhistoire, PUF, coll. Philosophies », 1990, p. 52 et suivantes. Habermas, La crise de lâĂtat-providence », in Ăcrits politiques, op. cit., p. 110 ; voir aussi C. Offe, Le travail comme catĂ©gorie de la sociologie », art. cit. Le fait de travailler, en lui-mĂȘme, ne peut guĂšre ĂȘtre pris comme point de dĂ©part de la formation de groupes culturels, organisationnels et politiques », et B. Guggenberger, qui, dans Wenn uns die Arbeit ausgeht, op. cit., p. 94, parle dâ anachronistiche ArbeitszentralitĂ€t », câest-Ă -dire de lâanachronique centralitĂ© du travail ». Il Ă©crit aussi Le travail manque Ă la sociĂ©tĂ© du travail. » Quâil sâagisse de Nietzsche, de Weber, de Freud, de Hannah Arendt, de Benjamin, de Bloch, de Habermas, de Hans Jonas, mais aussi de Heidegger. LâĂ©cole de Francfort, au carrefour des hĂ©ritages marxistes, freudiens et heideggeriens, avait tentĂ© de donner Ă la philosophie une telle ambition celle dâĂȘtre une philosophie sociale, appuyĂ©e sur des Ă©tudes sociologiques et statistiques et capable de dĂ©boucher sur une pratique. Voir en particulier GĂ©nĂ©alogie de la morale. Pour comprendre lâentreprise gĂ©nĂ©alogique qui caractĂ©rise la pensĂ©e de Nietzsche, voir, de J. Granier, Le ProblĂšme de la vĂ©ritĂ© dans la philosophie de Nietzsche, op. cit., en particulier les chapitres ii et iii sur les notions de gĂ©nĂ©alogie et de critique. Nous avons lâart pour ne pas mourir de la vĂ©ritĂ© », Ă©crit Nietzsche, qui dĂ©crit lâart comme un voile jetĂ© sur la vĂ©ritĂ©. CrĂ©er, câest voiler la vĂ©ritĂ© de la nature. Lâart est la catĂ©gorie gĂ©nĂ©rale sous laquelle Nietzsche comprend toutes les formes que prend la facultĂ© artiste, la facultĂ© de crĂ©er de lâhomme lâart, câest lâactivitĂ© plastique de la volontĂ© de puissance. IdentitĂ© de nature entre le conquĂ©rant, le lĂ©gislateur et lâartiste â la mĂȘme façon de se traduire dans la matiĂšre, la plus extrĂȘme Ă©nergie. [âŠ] Transformer le monde, afin de pouvoir tolĂ©rer dây vivre, voilĂ lâinstinct moteur », in VolontĂ© de puissance, tome II, livre IV, § 118, citĂ© par J. Granier, Le ProblĂšme de la vĂ©ritĂ© dans la philosophie de Nietzsche, op. cit., p. 524. On lira Ă©galement le Nietzsche de Heidegger, Gallimard, 1980, qui illustre parfaitement ceci. H. Achterhuis, La responsabilitĂ© entre la crainte et lâutopie », in Hans Jonas, Nature et responsabilitĂ©, op. cit., p. 44. Voir aussi, du mĂȘme auteur, La critique du modĂšle industriel comme histoire de la raretĂ© », Revue philosophique de Louvain, 1989, no 81, p. 47-62. Telle est la genĂšse de la civilisation » que prĂ©sentent Nietzsche ou Freud. Certes, nous nâen sommes pas au point oĂč lâensemble des apprentissages Ă©ducatifs devront ĂȘtre dĂ©terminĂ©s par leur capacitĂ© Ă rendre les facultĂ©s humaines totalement disponibles pour le systĂšme productif ce qui nâest pas grave, nous rĂ©torquera-t-on, puisque le systĂšme productif est productif de tout, y compris des besoins humains les plus Ă©levĂ©s⊠et oĂč les rĂ©sultats issus des recherches en sciences cognitives seront utilisĂ©s Ă grande Ă©chelle pour rendre cette opĂ©ration la plus rentable possible, mais nous sommes sur la bonne voie⊠Voir lâensemble des travaux rĂ©alisĂ©s par le CNAM au moment de son bicentenaire, en particulier le colloque Changement technique, mondialisation, emploi â oĂč allons-nous ? », 17 et 18 novembre 1994, et, dans celui-ci, le support Ă©crit intitulĂ© Une nouvelle dynamique pour lâemploi », dont lâambition est le retour au plein emploi. Voir aussi Banque Indosuez, Conjoncture mensuelle, novembre 1994, no 59, Le chĂŽmage idĂ©es fausses et vraie solution ». Ibid. Club de Rome, note dâO. Giarini, Some Considerations on the Future of Work. Redefining Productive Work », OCDE-ScĂ©nario-Emploi, juin 1994. La logique dâun tel dĂ©veloppement, câest que le temps dâun cadre est infiniment plus prĂ©cieux que le temps dâune personne qui a fait trois ans ou cinq ans de moins dâĂ©tudes, ou dont la qualification est infĂ©rieure. Le cadre prĂ©fĂšre donc consacrer un dixiĂšme ou un vingtiĂšme du salaire quâil gagne en un mois Ă payer une personne Ă disposition chez lui. Les deux temps de ces deux personnes nâont pas la mĂȘme valeur, et pourtant lâĂ©change est considĂ©rĂ© comme Ă©gal. DĂšs lors, on conçoit que lâinvestissement initial importe Ă©normĂ©ment. LâĂ©ducation apparaĂźt comme un investissement qui rapportera vingt ans plus tard. LâidĂ©e dâune sociĂ©tĂ© de serviteurs, dâune nĂ©odomesticitĂ© a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e par A. Gorz Ă de nombreuses reprises. Elle paraĂźt absolument Ă©vidente, sauf si lâon continue Ă considĂ©rer que les personnes disposant de moyens financiers font un cadeau aux personnes moins qualifiĂ©es en leur donnant » un travail. M. Godet, Le Grand Mensonge lâemploi est mort, vive lâactivitĂ© !, Fixot, 1994. Voir C. Dejours, Entre souffrance et rĂ©appropriation, le sens du travail », art. cit. Il serait vain dâessayer de construire une cohĂ©sion vitale, en tant quâunitĂ© subjectivement significative, en partant de la sphĂšre du travail. [âŠ] DiscontinuitĂ© dans la biographie de travail et part de temps de travail diminuĂ©e sur lâensemble de la vie auront probablement pour effet de transformer le travail en fait parmi dâautres et de relativiser sa fonction comme point de repĂšre pour lâidentitĂ© personnelle et sociale », C. Offe, Le travail comme catĂ©gorie de la sociologie », art. cit. Expression de Habermas qui se situe dans la droite ligne du La vie est action, non production » dâAristote, in La Politique, op. cit., livre I, chapitre iv, 1254a. Voir Ă©galement le commentaire de cette expression par G. Markus philosophe de lâĂ©cole de Budapest, Praxis et poeisis au-delĂ de la dichotomie », Actuel Marx, no 10, 1991. Les avis sur ce point sont trĂšs partagĂ©s certains soutiennent que le progrĂšs technique va contribuer, au moins dans un premier temps, Ă supprimer de trĂšs nombreux emplois voir le colloque du CNAM citĂ©, et un numĂ©ro spĂ©cial de Futuribles, consacrĂ© Ă lâallocation universelle et au partage du travail, no 184, fĂ©vrier 1994, Pour ou contre le revenu minimum, lâallocation universelle, le revenu dâexistence ? ». Des industriels affirment que 40 % des emplois seraient en Allemagne susceptibles dâĂȘtre supprimĂ©s dĂšs aujourdâhui, sans compter les rĂ©serves de productivitĂ© dans les services non marchands ; sur ce dernier point, voir lâarticle de B. Bruhnes, Le travail rĂ©inventĂ© », in La France au-delĂ du siĂšcle, LâAube, DATAR, 1994. B. Guggenberger, Wenn uns die Arbeit ausgeht, op. cit., p. 123. Selon la thĂ©orie Ă©conomique classique, le chĂŽmage doit se rĂ©sorber dans la mesure oĂč les personnes qui se trouvent brutalement dĂ©qualifiĂ©es doivent peu Ă peu se porter vers les nouveaux secteurs crĂ©ateurs de produits et demandeurs de main-dâĆuvre. Câest la thĂšse de Sauvy, dite du dĂ©versement ». Un certain nombre dâĂ©tudes macroĂ©conomiques ont montrĂ© quâune rĂ©duction du chĂŽmage Ă©tait possible si certaines conditions Ă©taient rĂ©alisĂ©es, comme une lĂ©gĂšre baisse des salaires, un remaniement de lâorganisation du travail, le caractĂšre massif de la rĂ©duction. Voir les Ă©tudes de lâOFCE et lâintervention de P. Artus, in actes du colloque Les rĂ©ductions du temps de travail », CGP-DARES, La Documentation française, 1995. Il proposera au contraire une allocation universelle. Actuellement, un certain nombre dâauteurs soutiennent que lâimportance de notre chĂŽmage vient de la surprotection qui est accordĂ©e Ă ceux qui ont un statut protecteur et, dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, Ă ceux qui ont un emploi et dont les salaires ont augmentĂ©. Parmi eux, certains ont dĂ©veloppĂ© lâidĂ©e que la diminution des statuts protecteurs accordĂ©s aux salariĂ©s baisse du SMIC, contrats prĂ©caires, petits boulots » trĂšs peu rĂ©munĂ©rĂ©s, qui consisterait en une autre forme de partage dĂ©velopperait une pauvretĂ© Ă lâamĂ©ricaine, câest-Ă -dire tout un pan de la population vivant dâexpĂ©dients. Dans les deux cas, la sociĂ©tĂ© est fortement segmentĂ©e et dans les deux cas aussi, la possession dâun travail permet de doubler la mise plus le travail est intĂ©ressant, bien payĂ©, responsabilisant, etc., plus la protection et les avantages attachĂ©s sont grands. Sur le nombre de personnes en situation fragile » aujour-dâhui, voir Documents du CERC Centre dâĂ©tudes des revenus et des coĂ»ts, PrĂ©caritĂ© et risque dâexclusion en France, no 109, La Documentation française, troisiĂšme trimestre 1993 Au total, le nombre de personnes y compris conjoints et enfants qui Ă©chappent Ă la pauvretĂ© ou Ă la prĂ©caritĂ© grĂące aux diffĂ©rents mĂ©canismes de notre protection sociale est aujourdâhui probablement de lâordre de 12 Ă 13 millions. » Il faut nĂ©anmoins considĂ©rer ces chiffres avec prĂ©caution, car toute une partie de la fragilitĂ© ainsi mise en Ă©vidence nâest pas mesurĂ©e objectivement, mais ressentie subjectivement. De trĂšs nombreuses analyses ont Ă©tĂ© consacrĂ©es Ă lâallocation universelle depuis quelques annĂ©es. On pourra en particulier consulter Y. Bresson, LâAprĂšs-salariat, Economica, 1984 ; un numĂ©ro spĂ©cial de la Revue Nouvelle, Lâallocation universelle », avril 1985 ; Garantir le revenu, une des solutions Ă lâexclusion », Transversales Science Culture, mai 1992, no 3 ; Allocation universelle et plein emploi, lâinĂ©luctable alliance », in Ph. Van Parijs, Reflets et perspectives de la vie Ă©conomique, Bruxelles, 1994 ; et Futuribles, op. cit., fĂ©vrier 94, no 184. Dans les annĂ©es 1970, une partie des critiques contre le travail se faisaient du point de vue de la dignitĂ© de lâindividu et au nom de celui-ci. Habermas, A. Gorz, Illich imaginaient la libĂ©ration du travail aussi comme un retour Ă lâindividu. Habermas et A. Gorz sont largement revenus sur ce point de vue depuis. Voir les ouvrages de J. Dumazedier, W. Grossin et lâensemble des rĂ©flexions sur le temps libre en 1980, qui nâont pas abouti aprĂšs la mise en place Ă©phĂ©mĂšre dâun ministĂšre du mĂȘme nom. B. Guggenberger pose cette question et intitule lâun des chapitres de son livre La paresse des actifs ». Le problĂšme, Ă©crit-il, ce nâest pas lâennui, câest notre impatience, notre incapacitĂ© Ă rester tranquilles. » Câest nous qui traduisons. Ă combien dâheures doit ĂȘtre fixĂ© le temps de travail de chacun ? Il sâagit dâune question qui a occupĂ© beaucoup dâesprits. M. Johada se demande aussi De combien de travail lâhomme a-t-il besoin ? », Braucht das Mensch die Arbeit » [Lâhomme a-t-il besoin du travail], in F. Niess, Leben Wir um zu arbeiten ? Die Arbeitswelt im Umbruch, Köln, 1984. B. Guggenberger pose la mĂȘme question dans Wenn uns die Arbeit ausgeht, op. cit.
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explication de texte durkheim de la division du travail social